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KENYA
Toujours pas de décision définitive sur les accoucheuses traditionnelles
Susan Anyangu-Amu

NAIROBI, 30 juil (IPS) - Le gouvernement du Kenya encourage les femmes à accoucher à l'hôpital. Les accouchements à domicile par des accoucheuses traditionnelles sont considérés comme étant un facteur majeur des décès maternels.

Les accoucheuses traditionnelles seraient mal équipées pour remarquer les signes d’un danger qui pourrait être fatal. Le gouvernement envisage d'interdire complètement les accoucheuses traditionnelles.

Selon la dernière enquête démographique et de santé, publiée par le gouvernement en 2009, le Kenya présente l'un des taux les plus élevés de mortalité maternelle dans le monde, qui s’élève à 448 pour 100.000 naissances vivantes. Les accouchements à domicile sont considérés comme étant un facteur majeur.

"Lorsqu’une femme entre en couches au milieu de la nuit dans les bidonvilles de Mathare", affirme Elizabeth Sibuor, une accoucheuse traditionnelle à Nairobi, "l’option d'obtenir un taxi est hors de question en raison du coût et de l'insécurité.

"Ces femmes finissent par accoucher avec l'aide des accoucheuses traditionnelles. La grossesse et le travail sont une question de vie ou de mort; je ne resterai pas les bras croisés et laisser une femme et son bébé mourir si je peux offrir de l'aide".

L’enquête démographique et de santé de 2009 montre que moins de la moitié des femmes accouchent sous la surveillance d'une accoucheuse qualifiée au Kenya. Environ 57 pour cent accouchent à domicile avec 28 pour cent assistées par une accoucheuse traditionnelle.

Sibuor prend 500 shillings - près de six dollars - pour un accouchement; par rapport à 4.000 shillings (50 dollars) si une femme accouche dans un hôpital public.

Elle reste souvent impayée par ses clientes; parmi celles qui le font, bon nombre règlent leur facture en petites tranches ou en nature par des dons. Certaines sont incapables de payer, mais elle dit qu'elle ne rejette personne.

Dr Isaak Bashir, le directeur de la santé de la reproduction au ministère de la Santé publique et de l'Assainissement du Kenya, insiste sur le fait que le gouvernement ne devrait pas reconnaître les accoucheuses traditionnelles et que les femmes accouchent avec l'aide de praticiens médicaux.

"Pour qu’une personne soit reconnue comme une accoucheuse qualifiée, elle doit avoir des documents délivrés par une école de formation en médecine reconnue. Le pays ne manque pas d'infirmières et de sages-femmes qualifiées. Les institutions d'enseignement supérieur sont en train de former en série suffisamment de candidats; ce qu’il faut faire, c’est d’embaucher de nouvelles personnes", déclare Bashir.

Mais Monica Ogutu, la directrice exécutive de 'Kisumu Medical and Education Trust (K-MET)', une organisation non gouvernementale, indique que le système de santé a déçu les femmes du Kenya.

"Aucune femme ne veut accoucher à domicile. Le système de santé est en train de décevoir les femmes. Quand une femme est en couches, elle a besoin de quelqu'un pour l'écouter et lui offrir de confort. Une sage-femme s’occupant de 10 femmes à la fois n'aura pas le temps pour une telle femme. C'est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les femmes optent pour les services des accoucheuses traditionnelles", souligne Ogutu.

Alors que l'interdiction du gouvernement sur les accoucheuses traditionnelles peut être bien intentionnée, Ogutu dit que cette mesure est dangereuse.

Au lieu de les diaboliser, Ogutu estime que le gouvernement devrait relancer les efforts antérieurs de former les accoucheuses traditionnelles comme un pont entre la communauté et le système de santé publique.

"Pendant des centaines d'années, les accoucheuses traditionnelles ont aidé les femmes à accoucher dans notre nation et elles sont très appréciées dans certaines communautés, notamment les zones rurales. Leur interdiction n’amènera pas les femmes qui sollicitent leurs services à aller accoucher à l'hôpital", explique Ogutu.

Sibuor insiste que le gouvernement - et les femmes - n'ont rien à craindre des accoucheuses traditionnelles.

"Je ne sais pas le nombre de femmes que j'ai aidées au cours de l'accouchement pendant mes plus de 20 ans d'expérience et aucune femme n’est décédée sous ma garde", dit-elle. "Quand je remarque des signes de danger, j’accompagne la femme au centre de santé le plus proche.

"J'encourage les femmes à fréquenter l’hôpital et aussi à amener leurs enfants pour la vaccination. J'insiste aussi qu’elles doivent faire le test de dépistage du VIH et si elles sont séropositives, je n'accepte pas de faire l’accouchement - elles doivent aller dans un centre de santé".

Sibuor affirme que les femmes des bidonvilles continueront à dépendre fortement des accoucheuses traditionnelles. Au lieu d'être perçues comme incompétentes, elle souhaite que le gouvernement identifie les accoucheuses traditionnelles crédibles et les aide à améliorer leur service.

"La réalité pour une femme dans les banlieues de Mathare est différente de celle d'une femme dans un milieu riche. Puisque le travail commence à n’importe quel moment et peut évoluer très vite, la femme de Mathare continuera par avoir besoin de mes services. Je continuerai à aider les femmes à accoucher dans cette nation".

Le gouvernement kényan, comme d'autres gouvernements africains, est aux prises avec le défi d'étendre les services adéquats afin de respecter son engagement à réduire la mortalité maternelle de deux tiers d'ici à 2015 par rapport aux niveaux de 1990. Le gouvernement reconnaît le rôle important joué par les accoucheuses traditionnelles, déclare Dr Bashir, et est sur le point de parvenir à une charte pour les réorienter comme des compagnes de l’accouchement.

Il sera indispensable d'évaluer avec précision la qualité des soins donnés par des femmes comme Sibuor, et de leur trouver une place appropriée dans le système de santé publique du pays. (FIN/2010)

 

 

 

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