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AFRIQUE
"Le libre-échange dans les ressources naturelles nuit au développement"
Isolda Agazzi

GENEVE, 30 juil (IPS) - Certains pensent que les restrictions sur les exportations des ressources naturelles devraient être supprimées. Mais agir de la sorte pourrait causer une augmentation de ces exportations, ce qui serait préjudiciable à l’environnement et nuisible au développement.

Plusieurs pays africains suivent la stratégie d’exportation autant qu’ils le peuvent et, n’étant pas compétitifs dans la fabrication et les services, ils exportent les matières premières, a déclaré Mark Halle, directeur de l’Institut international de développement durable (IID), dans un entretien avec IPS concernant le rapport 2010 sur le commerce mondial relatif au commerce des ressources naturelles.

L’IID est un institut de recherche basé à Genève qui travaille, entre autres, sur le commerce et les subventions mondiales.

Le rapport, publié par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) le 23 juillet, a montré que les poissons, les eaux et forêts, les combustibles et les produits miniers ont représenté 24 pour cent du commerce mondial en 2008. Les combustibles constituent les trois quarts de ce commerce et ont connu une augmentation rapide depuis 2000.

Le commerce intra-régional entre les pays africains demeure à des niveaux extrêmement bas – cinq pour cent en moyenne – pendant que la plupart des exportations de l’Afrique continuent de se composer de matières premières et surtout de matières premières énergétiques.

Les régions riches en ressources naturelles expédient ces dernières aux pays industrialisés. En 2008, les exportations de ressources naturelles africaines s’élèvent à 406 milliards de dollars, dont 86 pour cent pour les combustibles qui représentent 73 pour cent des exportations totales de matières premières du continent.

Le secteur des ressources naturelles est affecté par les mesures d’exportation plutôt que par celles d’importation, selon Michele Ruta, économiste à la division de la recherche économique de l’OMC.

Les tarifs douaniers d’importation dans les économies plus avancées sont faibles – même s’ils tendent à augmenter avec l’étape de la transformation – mais les grands exportateurs imposent d’habitude des restrictions quantitatives et des taxes d’exportations, a soutenu Ruta.

"L’objectif principal du système de l’OMC a été de réduire les tarifs d’importation; mais dans le cas des ressources naturelles, ce n’est pas la grande question. Peu de pays imposent des droits d’importation sur le pétrole, par exemple", a déclaré Joost Pauwelyn, professeur de droit international à l’Institut supérieur pour les études internationales et de développement à Genève.

"La restriction sur la production, les droits d’exportation et les taxes de consommation ne violent pas tous les règles de l’OMC mais certains sont nuisibles et inefficaces. Un organisme de commerce comme l’OMC doit faire quelque chose à cet effet. Le libre-échange est plus important dans les ressources naturelles que dans d’autres secteurs", a-t-il conclu.

Cette déclaration est juste mais incomplète, a déclaré Halle à IPS. "Les pays en développement ont été obligés de baisser leurs tarifs d’importation à travers différents cycles de négociations commerciales et ils ont perdu des sources de revenu pour leurs gouvernements. Ils doivent essayer de compenser quelque part et les taxes d’exportation sont ce qu’ils appliquent."

Il poursuit son argumentation: "Ces taxes conduisent-elles à une inefficacité économique? Oui, probablement, mais la réponse n’est pas d’exporter plus de ressources naturelles pour compenser la perte de revenu – ce qu’ils seraient tentés de faire – parce que cela conduira à des problèmes environnementaux".

Halle se pose ensuite quelques questions: "Qu’est-ce que vous recherchez? Un meilleur développement de l’Afrique ou une efficacité commerciale maximale?", a-t-il demandé.

Selon le rapport de l’OMC, les politiques intérieures telles que les taxes de consommation, les règles techniques et les subventions sont largement utilisées par les pays exportateurs.

Pour Halle, les subventions sont une autre histoire. La plupart d’elles n’affectent pas le commerce et relèvent d’une question de politique intérieure. "Mais est-ce la meilleure utilisation des fonds publics?", a-t-il demandé. Par exemple, les combustibles fossiles sont subventionnés dans certains pays africains. Les gouvernements fixent un prix pour le carburant et si le prix du marché est plus élevé, ils paient la différence.

"La question est de savoir ce que le gouvernement essaie de faire. Et la plupart du temps, la réponse est: essayer de se faire élire. Mais si votre but est d’améliorer le transport, alors cet argent doit être investi dans le transport public pour aider les plus pauvres. Ils ne conduisent pas des véhicules, ainsi les subventions profitent à la classe moyenne dans la plupart des cas".

Par conséquent, l’argent dont un pays a besoin pour la santé et l’éducation va subventionner la classe moyenne de manière à promouvoir l’énergie à base du carbone. "C’est une très mauvaise stratégie. Mais ce n’est pas un problème propre à l’Afrique. L’UE (Union européenne) et les Etats-Unis font la même chose. Des considérations politiques prévalent presque toujours dans les subventions", a-t-il conclu.

Le rapport de l’OMC a également noté que les ressources naturelles connaissent une volatilité de prix élevé. "On parle beaucoup de la volatilité des prix mais la volatilité des revenus est aussi importante", a déclaré, dans un entretien avec IPS, Claudine Sigam, coordonnatrice de projet de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) sur l’optimisation des ressources naturelles en Afrique.

L’un des dangers de l’excès de dépendance aux ressources naturelles est le prétendu mal hollandais, a-t-il expliqué. Dans les années 1970, une découverte inattendue de gaz en Hollande a entraîné un afflux d’argent qui a fait monter la valeur de la monnaie hollandaise, rendant les exportations plus coûteuses et le secteur de fabrication moins compétitif.

Un point important du mal hollandaise est le laps de temps entre la découverte du minéral et le moment où l’argent entre, poursuit Sigam. Le temps que les contrats soient signés et que les sociétés étrangères commencent à payer des taxes, cinq à sept années se sont déjà écoulées.

"Si les bénéfices du pétrole sont utilisés comme revenu, ils deviennent très volatiles pour trois raisons: la variation du taux d’extraction, le changement du timing de paiement par les compagnies et la fluctuation du prix des ressources naturelles", a expliqué Sigam.

Les Chinois ont suivi une approche différente concernant leur entrée dans le secteur minier de la république démocratique du Congo. Leur modèle "infrastructures pour des ressources" a abordé les questions de variabilité puisqu’ils construisent des infrastructures et des routes tout en exploitant les ressources simultanément.

"C’est un changement total de paradigme qui évite le problème de laps de temps", a déclaré Sigam. (FIN/2010)

 

 

 

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