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DEVELOPPEMENT-CONGO
Des villages spéciaux pour relever la production agricole
Arsène Séverin

NKOUO, Congo, 26 oct (IPS) - Occupé à ramasser, dans son poulailler, les 660 œufs journaliers, Nazaire Kenamiki, un exploitant agricole, déclare à IPS, sans se retourner: "C'est la réalisation d'un rêve. Je suis ravi d'élever des pondeuses sans avoir dépensé un seul sou".

"Ici, tout le monde est très motivé", ajoute-t-il, entièrement satisfait de son nouveau travail à Nkouo, l'un des trois nouveaux villages agricoles que le gouvernement a déjà bâti dans le bassin agricole d'Ignié, dans le Pool, au nord de Brazzaville, la capitale congolaise. Il reste encore deux villages, en cours de construction.

Plus loin, Standard Koussala, un autre exploitant agricole poussant une brouette pleine de palettes d'œufs, affirme: "Chaque jour, je dois déposer au centre de stockage 22 à 24 palettes d'œufs...et je m'y emploie correctement".

"C'est comme un jeu, le ramassage des œufs. Je suis le premier ici à avoir atteint 27 palettes par jour, soit 810 œufs", se réjouit Julien Mouanda-Mpoungui, son collègue.

Après avoir construit en 2009 et fait expérimenter le village agricole de Nkouo par la Société congolaise de modernisation, filiale d'un groupe agricole israélien, le gouvernement a confié ces exploitations agropastorales aux jeunes congolais.

Il s'agit de 40 familles de jeunes (avec femmes et enfants) sélectionnées parmi 358 demandeurs. "Ce ne sont pas des agents de l'Etat, ils travaillent à titre privé. Ils ont la contrainte des résultats, et nous y tenons", indique à IPS, Jean Claude Elombila, coordonnateur national des villages agricoles.

La production journalière moyenne est de 26.400 œufs, soit environ huit millions d'œufs par an. Un "boom" qui influence déjà le prix de l'œuf sur le marché. Une palette de 30 d'œufs est passée de six à cinq dollars environ. "Là, je viens d'acheter 1.000 œufs frais; il y a deux jours, j'en avais pris 750", affirme Camara Diarra, un commerçant, faisant la queue à un guichet où tous les œufs sont stockés et vendus.

Chaque jour, les commerçants parcourent les 80 kilomètres qui séparent Nkouo de Brazzaville pour se ravitailler en œufs frais. "Avant, je vendais l'œuf à 150 francs CFA (environ 0,32 dollar), maintenant, je le fais à 100 FCFA (O,21 dollar), et je suis toujours gagnant", déclare à IPS, Mujos Bunda, un vendeur ambulant de Brazzaville.

L'Etat a remis à chaque jeune de ces villages 792 pondeuses et deux hectares de maniocs. Et les 40 familles vivent dans des maisons construites par l'Etat, avec un minimum du standing de ville. Toutes les constructions ont coûté au total 26 millions de dollars à l'Etat. "Tout est gratuit ici. Ils ne payeront que l'eau et le courant", souligne Elombila.

Ces jeunes vivent de la vente des produits agricoles en fonction des efforts et du rendement de chacun. Une fiche de pointage est ouverte au dépôt des œufs pour vérifier le travail de chacun, explique-t-il à IPS.

Avec une récolte attendue à la fin-novembre de 2.000 tonnes de manioc, les nouveaux villages agricoles constituent un espoir pour l'Etat dans la réduction de ses importations alimentaires, évaluées à 60 millions de dollars par an. C'est pourquoi il a prévu d'injecter, entre 2011 et 2015, environ 80 millions de dollars par an dans le budget de l'agriculture, soit 1,3 pour cent du budget national.

Mais, suite aux multiples échecs des politiques agricoles, nombreux sont sceptiques. "Il y a d'autres projets, porteurs d'espoir, que l'Etat a abandonnés. Le cas de l'élevage de 3.000 pondeuses à Owando (nord du pays), délaissé en 2007, faute de mécanisme de suivi", déplore à IPS, Kevin Mviri, responsable du suivi budgétaire à l'Association pour les droits de l'Homme et l'univers carcéral, basée à Brazzaville.

"Dans la Likouala (nord), le Projet de développement rural financé à quatre millions de dollars, pour la culture du manioc et le maraîchage, a échoué dans sa première phase cette année, là aussi faute de suivi", souligne-t-il encore.

L'Etat appelle à tirer un trait sur le passé. "Pourquoi voulez-vous que ça échoue? Ces échecs étaient dus aux facteurs extérieurs au ministère de l'Agriculture", affirme Elombila.

"Ces villages sont financés par l'argent du pétrole, or les prix subissent de nombreuses fluctuations. Où le gouvernement trouvera-t-il de l'argent pour soutenir ces villages agricoles en cas d'une crise financière grave?", demande Laudes Martial Mbon, analyste économique de l'hebdomadaire indépendant 'Tam-Tam d'Afrique', paraissant à Brazzaville.

"Cette expérience diffère des autres, en ce que l'Etat n'intervient plus dans la gestion", explique Patrick Yandza, de l'hebdomadaire 'Le Patriote', paraissant à Brazzaville, et proche du pouvoir.

Mais, Kenamiki, l’un des exploitants agricoles de Nkouo, prévient : "La seule crainte en nous, c'est le retard éventuel dans la finalisation des deux autres villages agricoles. Si les délais ne sont pas respectés, notre existence est menacée".

Les travaux de construction des deux autres villages agricoles, à Odziba et Imvouba, ont démarré en octobre 2010 dans le même bassin agricole, pour s’achever en février 2011, selon le gouvernement. Ces villages serviront à l'élevage des poussins et à la fabrication d'aliments de bétail. Les pondeuses actuelles n'ont qu'une durée de 18 mois de ponte, après il faudra les remplacer.

Selon le rapport 2010 de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, basé à Rome, 21 pour cent de Congolais meurent de faim, alors que d'après la Banque mondiale, 70 pour cent des 3,8 millions de Congolais vivent avec moins d'un dollar par jour.

L'agriculture est peu performante dans ce pays d’Afrique centrale. A peine deux pour cent des 10.000 hectares de terres cultivables sont exploités, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO). Le manioc, l'aliment de base, est souvent victime de la mosaïque, une maladie qui détruit cette culture.

En créant les villages agricoles, le gouvernement veut professionnaliser l'agriculture, car presque aucune entreprise ne s'intéresse à ce secteur dans le pays. Les registres officiels ont noté qu’un pour cent seulement d'entreprises créées en 2009 s'intéressent à l'agriculture, alors que 74 pour cent d'entre elles s'occupent de commerce, notamment dans l'importation des produits alimentaires. (FIN/2010)

 

 

 

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