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SENEGAL
La lutte contre le paludisme connaît des succès mitigés
Souleymane Faye

DAKAR, 9 nov (IPS) - Le Sénégal mène depuis 2005 une campagne contre le paludisme, avec des succès reconnus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport publié le 4 novembre à Dakar. Mais, des acteurs de la santé critiquent la politique d’éradication du paludisme dans le pays.

Les partenaires financiers ont apporté au gouvernement du Sénégal quelque 130 millions de dollars de 2005 à 2010 pour cette lutte. Ce financement a permis au ministère de la Santé et de Prévention de mobiliser 17.000 agents de santé communautaires qui ont vulgarisé la prévention et le traitement du paludisme.

En cinq ans, des dizaines de milliers de moustiquaires imprégnées, qui protègent du moustique vecteur de la maladie, ont été distribuées dans le pays. Quelque 82 pour cent des ménages possèdent au moins une moustiquaire imprégnée, indique le rapport.

Par ailleurs, environ un million de tests de diagnostic rapide (TDR) de la maladie ont été gratuitement distribués, notamment aux enfants et aux femmes enceintes, ce qui a entraîné "une baisse considérable" de la morbidité et de la mortalité liées au paludisme.

Un autre élément clé qui a permis de faire reculer le paludisme, c’est la prise en charge des patients à domicile par les agents communautaires, ajoute le rapport.

"Le Sénégal a construit un programme efficace de contrôle du paludisme", indique le rapport de 'Roll Back Malaria' (Faire reculer le paludisme), l’organisme de l’OMS, chargé de conduire la lutte contre cette maladie dans le monde.

Au Sénégal où le paludisme est responsable de 20 pour cent des décès, la mortalité des enfants de moins de cinq ans – la couche la plus touchée - a été réduite de 30 pour cent de 2005 à 2009. En 2005, le paludisme a fait 2.000 morts et atteint deux millions de personnes, soit 16 pour cent de la population, souligne le document.

Le chanteur Youssou Ndour, qui a une large audience dans le pays, a produit une chanson enregistrée en wolof, sereer et toucouleur - les principales langues du Sénégal - et diffusée sur les radios et dans plus de 1.300 cases de santé, selon le rapport.

Ndour a aussi mené la campagne 'Xeex sibbiru' (combattre le paludisme, en wolof), sous l’égide du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP).

Les partenaires financiers du Sénégal, dont l’Initiative du président américain contre le paludisme, la Banque islamique de développement (BID) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), déplorent l’absence du secteur privé de la campagne anti-paludisme.

"Le partenariat intersectoriel dans le domaine du paludisme n’est pas aussi fort que dans celui du VIH/SIDA. Si le secteur de l’éducation est bien impliqué, les autres le sont moins", déplore l’OMS qui relève que "la surveillance épidémiologique du paludisme est encore trop faible".

"Cette inquiétude est valable. Le Comité national de lutte contre le SIDA a mis en place un programme intersectoriel très solide parce que fédérant des structures publiques et privées, le ministère de la Communication, celui des Forces armées...", a affirmé à IPS, Dr Bakary Sambou du bureau de l’OMS à Dakar. "Le PNLP aurait dû collaborer avec les ministères de l’Environnement et celui de l’Hydraulique, parce que le paludisme est lié à l’environnement et à l’eau’’.

Selon le rapport, "Le réseau des médecins et pharmaciens du secteur privé est insuffisamment impliqué dans la lutte contre le paludisme et n’adhère pas au plan national élaboré par le PNLP".

Mais Dr Khalifa Cissé, médecin du travail dans une compagnie pétrolière présente au Sénégal, ne partage pas cette opinion, estimant que cette interprétation relève d’une mauvaise analyse.

"Beaucoup d’entreprises privées achètent des moustiquaires imprégnées qu’elles distribuent à leurs agents et mettent en œuvre des programmes de prise en charge du paludisme, même si ces actions privées ne sont pas coordonnées par le PNLP", soutient Cissé.

"Le PNLP prend en compte très peu de données et de statistiques des structures de santé privées", souligne Dr Sambou, coordonnateur de ce programme de 1997 à 2000. "Seules quelques structures privées sont impliquées dans ce programme, ce qui fait que les données du rapport ne reflètent pas la réalité. Cela pose un problème de fiabilité des données, même si le niveau de traitement du paludisme dans les structures privées de santé est quantitativement faible", explique-t-il.

Selon l’OMS, "Il existe un déficit de coordination entre le PNLP et la Pharmacie nationale, ce qui affecte les populations". Le secteur public - à la pointe de la campagne contre le paludisme - est également confronté à des difficultés de prise en charge des malades, ajoute l’organisation.

"Le traitement du paludisme est simple et gratuit. Mais, les médicaments de bonne qualité sont insuffisants. Nous donnons aux patients ce que nous avons : des médicaments ayant des effets secondaires comme le vomissement, la fatigue et la diarrhée", affirme, sous anonymat, un infirmier de la région de Diourbel, dans le centre du pays. (FIN/2010)

 

 

 

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