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AFRIQUE
Des groupes financiers prennent toujours les terres agricoles
Souleymane Faye

DAKAR, 15 nov (IPS) - Des entreprises étrangères et des hommes d’affaires nationaux achètent de plus en plus de terres arables en Afrique pour produire du biocarburant ou s’adonner à la spéculation foncière, au détriment des paysans menacés de devenir des ouvriers agricoles.

"Oui, il y a un mouvement important de tentatives d’achat de terres en Afrique... Il faut éviter que les meilleures terres arables soient utilisées pour le biocarburant contre la production alimentaire", déclare Mohamed Béavogui, directeur de la Division Afrique de l’ouest et du centre du Fonds international de développement agricole (FIDA), en marge d’un atelier de cette organisation, du 8 au 12 novembre à Dakar, la capitale sénégalaise.

Le FIDA affirme financer 50 projets en Afrique de l’ouest et du centre, avec un portefeuille d’investissement de 1,3 milliard de dollars destinés à la gestion des ressources naturelles et à l’appui au développement rural par le soutien aux petites exploitations.

"Les multinationales achètent des terres en Afrique surtout pour cultiver du biocarburant. C’est le biocarburant qui est à la base de l’accaparement des terres", déclare à IPS, Woré Gana Seck, une agro-environnementaliste sénégalaise.

Dans un rapport publié le 27 octobre dernier à Lilongwe, au Malawi, Oxfam, une organisation non gouvernementale (ONG) britannique annonce qu’environ 45 millions d’hectares de terre dans le monde, dont deux tiers en Afrique, ont été vendus à des investisseurs étrangers, entre octobre 2008 et août 2009.

"Produire du biocarburant, oui. Mais, seulement si le biocarburant n’a pas un impact négatif sur la production agricole par l’accaparement des bonnes terres destinées à la production vivrière", souligne Béavogui. Selon lui, 95 pour cent de la nourriture consommée en Afrique – maïs, sorgho, igname, banane ... - est produite par les petits agriculteurs.

"Le phénomène d'accaparement des terres touche principalement, en Afrique, le Soudan, Madagascar, le Ghana, mais aussi l'Ethiopie, le Mali, le Mozambique et la Tanzanie", explique à IPS, Samira Daoud, coordinatrice de la campagne régionale Agriculture à Oxfam.

"Par accaparement des terres, nous entendons l’acquisition à grande échelle par des investisseurs privés (compagnies ou pays) de terres, avec un impact négatif sur le bien-être et la sécurité alimentaire des populations locales", souligne Lamine Ndiaye, porte-parole du rapport d’Oxfam.

Selon des prévisions de l’ONG 'ActionAid International' basée à Johannesburg, environ 320.000 hectares de terres réparties dans plus de 300 communautés rurales du Sénégal seront affectés à la production de biocarburant d’ici à 2012. Le Sénégal a entamé la production de biocarburant en 2007.

"Dans certains pays comme le Nigeria, qui accueille des fermiers blancs venus du Zimbabwe, l’attribution des terres obéit à des règles. Dans d’autres, elle est anarchique", a indiqué à IPS, Guero Chaibou, un ingénieur agronome venu du Niger.

"Il y a un phénomène de décapitalisation foncière, qui amène le paysan à vendre sa terre à quelqu’un de plus ou moins riche pour ensuite se retrouver sans terre et devenir un ouvrier agricole", soutient Chaibou. "Cela est arrivé dans plusieurs pays du Sahel : Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, ...Les conséquences, c’est qu’on en arrive à des paysans incapables de se nourrir".

Les entreprises étrangères ne sont pas les seules bénéficiaires des attributions illégales de terres. Des nationaux aussi en bénéficient.

"Depuis six mois, nous avons mis en place un dispositif de suivi et de contrôle de la gestion du foncier. Nous avons des relais dans chaque communauté rurale, qui vérifient s’il y a eu des affectations irrégulières de terres durant ces deux dernières années. Ce phénomène se passe au Sénégal dans la clandestinité", a affirmé à IPS, Marius Dia, coordonnateur de la cellule d’appui technique du Cadre national de concertation des ruraux (CNCR), une organisation paysanne qui revendique entre deux et trois millions de membres.

Dans la région de Kédougou, dans l’est du pays, le gouvernement sénégalais a octroyé quelque 80.000 hectares à un ressortissant espagnol qui "ne les a jamais mis en valeur", révèle Dia. Les relais communautaires du CNCR ont également découvert que plus de 1.000 hectares ont été illégalement affectés à un ressortissant autrichien par le président d’un conseil rural, dans le département de Vélingara, dans le sud-est du Sénégal, ajoute Dia.

En 2009, les médias sénégalais ont révélé des acquisitions illégales de plusieurs milliers d’hectares, à Mbane, dans le nord, par des membres du gouvernement et de certains de leurs proches.

"Le plus souvent, ces terres ne sont pas immédiatement exploitées. Une grande partie est utilisée par les bénéficiaires pour faire de la spéculation foncière", explique Dia.

Pour éviter l’achat abusif et illégal des terres, Béavogui propose un processus d’acquisition en concertation avec les agriculteurs, estimant que plusieurs organisations paysannes ont déjà pris conscience de ce phénomène.

Le FIDA et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) ont produit un guide à l’intention des gouvernements, pour les aider à négocier des programmes d’attribution des terres, de concert avec les agriculteurs, indique Béavogui.

"Il faut que les gouvernements appellent les paysans et discutent avec eux de solutions contre l’accaparement des terres", suggère Gana Seck.

"Les gouvernements doivent adopter une stratégie de sécurisation des terres, par l’élaboration et la mise en œuvre de codes ruraux appropriés et adaptés au contexte local du pays", préconise Chaibou.

"L'attribution de terres doit être conditionnée par la nécessité pour l'investisseur étranger de réserver une partie de sa production au marché local : la mise en valeur des terres par des investisseurs privés ou des Etats étrangers doit renforcer la sécurité alimentaire du pays d'accueil et non l'inverse", déclare Daoud. (FIN/2010)

 

 

 

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