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BURKINA FASO
Recueillir plus d’eau de pluie pour faire face aux changements climatiques
Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 14 nov (IPS) - Trois mois avant le début de la saison pluvieuse écoulée, Jacob Tumbulto, directeur par intérim de l’observatoire de l’Autorité du bassin de la Volta (VBA), et ses collègues des institutions sous régionales, avaient prédit lors d’une rencontre à Niamey une quantité d’eau légèrement au dessus de la moyenne dans le bassin de la Volta en prenant en compte la pluviométrie.

Mais dès le mois de juin, Tumbulto et ses collègues se sont ravisés et ont informé les pays du bassin de la Volta d’un changement notable dans les prévisions.

"Les prévisions ont changé rapidement car la quantité d’eau allait être en deçà de la normale", explique Tumbulto à IPS. Ils ont souhaité alors l’utilisation des variétés qui produisent à 90 jours ou 60 jours au lieu de 120 jours.

En effet, le barrage hydroélectrique de Bagré, dans l’est du Burkina, dont les vannes ont été ouvertes ces deux dernières années pour laisser l’excédent d’eau s’échapper vers le Ghana est à son plus bas niveau de remplissage de ces dix dernières années.

Le plus grand barrage du Burkina, celui de la Kompienga également construit sur la Volta, présente lui un déficit de 431 millions de mètres cubes, selon le ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique du Burkina.

"C’est la preuve que les changements climatiques que nous avons toujours évoqués sont à nos portes et cela signifie que pendant des années nous allons avoir très peu d’eau dans nos retenues", s’alarme Tumbulto. "Donc nous devons tout faire pour avoir davantage de retenues pour mobiliser les eaux pluviales, mais aussi aménager les vallées des fleuves afin qu’elles recueillent beaucoup d’eau qui peut être utilisée pendant la saison sèche."

Selon Tumbulto, plus de 80 pour cent des eaux qui tombent dans la région du bassin s’évaporent et selon les estimations, seulement 14 pour cent des eaux sont stockés.

L’eau s’évaporant dans la partie en amont du lac de la Volta représente dix fois celle utilisée dans tout le bassin de la Volta, indique en outre la VBA.

Le bassin couvre une superficie totale de 412.000 km² dont 85 pour cent se trouvent au Burkina et au Ghana, les 15 pour cent restants se trouvent entre les quatre autres pays que traverse le fleuve: le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali, et le Togo.

Environ 20 millions de personnes vivent dans ce bassin dont 70 pour cent habitent en milieu rural et dépendent des retenues d’eau pour la production agricole qui est essentiellement pluviale avec des précipitations variant entre 500 et 1.100 mm par an.

Le fleuve Volta reçoit dans l’écoulement moins de 10 pour cent de la moyenne des précipitations totales, expliquent les autorités du bassin. Or, l’amélioration de la gestion de ces eaux pluviales contribuerait à réduire la vulnérabilité des populations, indique à IPS, Dr Olufunke Cofie, coordonatrice du Programme pour l’eau et l’alimentation dans le bassin de la Volta (CPWF).

Le programme mis en place en 2003 vise à améliorer la gestion des eaux pluviales et petites retenues afin de contribuer à la réduction de la pauvreté dans les zones arides du bassin de la Volta.

"L’un des défis dans la région du bassin de la Volta, c’est la volatilité des eaux de pluie: il pleut beaucoup pendant une courte période, et les producteurs doivent se préparer afin que cette eau qui tombe dans une brève période serve pendant longtemps pour la production agricole", explique Cofie. Selon elle, en dehors des retenues qui sont construites par les Etats et les ONG, certaines techniques, utilisées par les populations comme ces petites retenues dans les champs pour retenir l’eau, sont à explorer.

"Nous sommes en train de voir ce qu’il faut faire pour ces zones où il n’y a pas de barrages mais où les populations doivent stocker l’eau de pluie", déclare Cofie, ajoutant que son institution travaille à identifier des techniques traditionnelles locales comme le Zai au Burkina, qui seront ensuite répliquées dans les autres parties du bassin.

Le Zai est une technique répandue dans le sahel, qui consiste à faire un creux autour de la plante pour conserver l'eau.

Le Burkina Faso compte le plus grand nombre de barrages parmi les pays du bassin de la Volta avec un millier d’ouvrages, précise la VBA dont le siège est à Ouagadougou. Le CPWF et la VBA conduisent actuellement une enquête pour recenser tous les ouvrages dans sa zone du bassin.

"La pluviométrie est irrégulière et est inégalement repartie dans le temps et l’espace; alors si on compte uniquement sur les cultures pluviales, nous serons tributaires des caprices de la pluie", explique à IPS, Albert Béré, directeur de la mobilisation des ressources en eau au ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique du Burkina.

Le Burkina, qui a connu en 2009 une inondation ayant laissé plus de 150.000 personnes sans abris, a connu un déficit dans sa production agricole au cours de cette saison. Pour soutenir la production agricole, le gouvernement a promis la réalisation de 12 barrages, 34 boulis (marres naturelles conservant l'eau mais qu'on creuse davantage pour recueillir plus d'eau) et 1.296 puits maraichers.

"Il faut stocker davantage d’eau car en dehors de la production agricole en saison sèche, il y a d’autres activités comme l’élevage et la pêche", ajoute Béré. Sur 200 milliards de mètres cubes d’eau qui tombent en moyenne au Burkina, seulement cinq pour cent sont stockés, regrette-t-il et suggère la réalisation d’ouvrages communs aux pays du bassin de la Volta.

"Les 70 pour cent de la population du bassin de la Volta dépendent de ces retenues et leur besoin va s’accroitre avec le fort taux de croissance de la population qui avoisine les trois pour cent, donc il faut rapidement réfléchir à une politique pour ces barrages", lance Tumbulto. (FIN/2011)

 

 

 

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