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Q&R
L’intervention de l’OTAN en Libye était de la "recolonisation"
Fabíola Ortiz s’entretient avec MÁRIO AUGUSTO JAKOBSKIND, un écrivain brésilien

RIO DE JANEIRO, 18 nov (IPS) - Le journaliste et écrivain brésilien, Mário Augusto Jakobskind, a tenté vainement de se rendre en Libye pendant la guerre civile là-bas, mais en dépit de cela, il a produit une analyse limpide de la situation dans ce pays d’Afrique du nord et des forces qui ont pris le pouvoir après la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

Jakobskind, un correspondant de 68 ans pour 'Brecha', un hebdomadaire en Uruguay, était invité en Libye par la Commission d’information de la société civile, avec des gens venus de plusieurs autres nations, pour visiter le pays en août au milieu du conflit armé interne et des attaques aériennes des force de l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Mais juste au moment où ils allaient traverser la frontière entre la Tunisie et la Libye, la délégation brésilienne dans laquelle il était a dû rebrousser chemin pour des raisons de sécurité, à cause de l'intensification des bombardements et des combats au sol.

Dans son livre intitulé:"Libia: Barrados na Fronteira - O que não Saiu na Mídia sobre une invasão da Libia" (Libye: Bloqués à la frontière. Ce que les médias n'ont pas publié sur l'invasion de la Libye), Jakobskind analyse les forces rebelles qui ont renversé Kadhafi avec l’appui de l'OTAN, et leurs liens avec le réseau extrémiste Al-Qaïda.

Q: Pourquoi la délégation brésilienne n’a-t-elle pas pu entrer en Libye?

R: La 'Fact Finding Commission' (Commission d’information - FFC) a invité des délégations venues de plusieurs pays pour vérifier in situ ce qui se passait en Libye, et écrire un rapport impartial sur l'impact des bombardements de l'OTAN, à remettre à l'ancien secrétaire des Nations Unies, Kofi Annan.

La délégation brésilienne, composée de neuf personnes, dont deux étaient des délégués officiels parlementaires, était la dernière à arriver, après des groupes venus des pays comme les Etats-Unis, le Venezuela, la France et l'Italie.

Cette visite devait durer 10 jours. Nous sommes partis de São Paulo et arrivés à Tunis après une escale à Paris, puis avons voyagé par voie terrestre vers Tripoli parce que l'espace aérien de la Libye était fermé.

Nous avons quitté le 14 août et ce jour-là même les bombardements de l'OTAN se sont intensifiés. Les dirigeants de la FFC à Tripoli nous ont eux-mêmes dit de retourner à Tunis. La situation avait changé. Si nous étions arrivés 24 heures plus tôt, nous aurions pu entrer en Libye.

Q: Pourquoi vouliez-vous aller en Libye, en dépit des risques?

R: Aucun journaliste ne peut jamais refuser une invitation de ce genre. J'étais psychologiquement préparé et conscient des risques, et de tout ce qui pourrait arriver dans une situation de guerre. L'idée était de préparer un rapport, mais je voulais aussi écrire quelque chose de spécial sur le pays, la société, et les effets des bombardements.

Par ailleurs, la FFC, qui a émis l'invitation, a garanti notre sécurité.

Q: Qu'est-ce que les médias n’ont pas publié sur l'invasion de l'OTAN en Libye?

R: Le rôle d'Al-Qaïda, par exemple. Il est très rare pour une organisation comme Al-Qaïda de combattre aux côtés de l'OTAN contre Kadhafi. J'ai découvert cette information en enquêtant, et auprès des correspondants qui ont suivi les événements en Libye depuis le début. Cela n'a pas été publié.

Certains dirigeants de l'OTAN sont liés à l'extrême droite, comme le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, qui a été Premier ministre du Danemark de 2001 à 2009.

Fogh Rasmussen a dirigé une coalition avec l'aile droite du Parti populaire conservateur et a bénéficié du soutien du Parti du peuple danois, qui a des affinités avec le Parti du progrès de la Norvège. C’était un ancien membre du Parti du Progrès, l’activiste néo-nazi Anders Behring Breivik, qui a perpétré cette année les attentats en Norvège qui ont fait des dizaines de morts.

Q: Quelle direction envisagez-vous pour le Printemps arabe (la vague de soulèvements et de manifestations depuis décembre 2010 dans le monde arabe)?

R: Je couvre le Moyen-Orient depuis 20 ans. Ce qui s'est passé en Egypte et en Tunisie doit être distingué [de ce qui s’est produit] en Libye. Ils sont différents, chacun avec ses propres caractéristiques et conséquences.

Par exemple, la Libye est le pays d'Afrique du nord qui a l’indice de développement humain le plus élevé. Une grande partie de ses 6,5 millions d’habitants vivent à Tripoli et à Benghazi (dans le nord-est). Il y a toujours eu une rivalité entre l’est et l’ouest, représenté par ces deux grandes villes du pays.

Exceptionnellement pour la région d’Afrique du nord, riche en pétrole, le régime de Kadhafi a réussi à utiliser ses ressources pétrolières pour atteindre des objectifs sociaux. Pourtant, aux yeux de l’Occident, c’était de la dictature.

Il existe 140 tribus et clans en Libye, dont 30 sont politiquement dominants. Kadhafi a pris le pouvoir sans effusion de sang et a réussi à unifier le pays.

Après 2003, Kadhafi a changé afin de montrer à l'Occident qu'il était sérieux. Par exemple, il a reçu la secrétaire d'Etat américaine d’alors, Condoleezza Rice, et a noué des liens amicaux avec le gouvernement britannique.

Il a déclaré publiquement que la Libye avait aidé au financement de la campagne électorale du président français, Nicolas Sarkozy, et il faut aussi rappeler que Kadhafi détenait 10 pour cent des actions de 'Fiat', un constructeur automobile italien.

Q: Comment voyez-vous l’avenir de la Libye et sa reconstruction?

R: Cela fait partie du jeu pour le marketing politique de la démocratie. Dans les coulisses, ce sera des puissances européennes comme la France et l'Italie, ainsi que les Etats-Unis, qui domineront la Libye.

Les Libyens n'ont aucune notion de la démocratie telle qu'elle est comprise en Occident. Ce qui s'est passé en Libye était un processus de recolonisation, recréant une dépendance qui remonte au 19ème siècle.

Les rebelles n’auraient rien fait sans le soutien de l'OTAN, qui a utilisé les violations des droits humains comme un prétexte pour l'intervention. Mais des crimes ont été commis des deux côtés du conflit libyen.

En outre, ce sont ceux qui ont détruit la Libye qui vont maintenant profiter de sa reconstruction. (FIN/2011)

 

 

 

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