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GUINEE
Un nouveau barrage pour réduire le déficit énergétique
Moustapha Keita

CONAKRY , 19 avr (IPS) - La Guinée a lancé, en avril, les travaux de construction du barrage hydroélectrique de Kaléta sur le fleuve Konkouré, dans l’ouest du pays. Selon le gouvernement, ce projet prévu pour produire quelque 240 mégawatts d’électricité, permettra de «résoudre le déficit énergétique de la Guinée».

Les travaux avaient commencé depuis des mois déjà, avant le lancement officiel, le 4 avril, par la construction des voies d’accès au site du barrage.

Depuis son indépendance en 1958, la Guinée souffre d’un manque crucial d’électricité à usage domestique et industriel. «Les délestages électriques ont, très souvent, conduit à des remous sociaux entraînant parfois de mort d’homme», déclare à IPS, Dah Camara, policier au commissariat de Kaloum, à Conakry, la capitale guinéenne.

Selon les promoteurs du projet, «la construction du barrage de Kaléta va fournir au pays 240,5 mégawatts d’électricité, pour un coût de 546 millions de dollars».

En attendant l’électricité provenant du barrage, la puissance totale de l’énergie dont dispose actuellement le pays est de 188,77 mégawatts (MW), dont 120,20 MW d’origine hydraulique et 68,57 MW de source thermique, indique la compagnie Electricité de Guinée.

«Le projet est financé à hauteur de 25 pour cent par la Guinée et à 75 pour cent par l’entreprise 'China International Water-Electric' (CWE). Sa construction va durer cinq ans», selon les promoteurs.

Le contrat d'aménagement de ce barrage a été signé en août 2011 à Conakry entre la CWE et le gouvernement guinéen. Mais, les signataires prévoient la fourniture de l'électricité à la Guinée et la possibilité d'interconnexion avec d’autres pays de la sous-région.

Papa Koly Kourouma, ministre de l’Energie, a déclaré que «les études de faisabilité ont été financées par l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS)», un regroupement sous-régional qui comprend la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal.

Selon la cellule de communication du ministère guinéen de l’Energie, l’OMVS comporte un volet énergie chargé de développer des projets de barrage pour faire face à la demande croissante d’énergie dans les pays membres. L’organisation s’intéresse donc à la mise en valeur de l’immense potentiel hydroélectrique non exploité de la Guinée, estimé à quelque 6.OOO MW. Ensuite, Le projet Kaléta serait économiquement viable et pourrait produire l’électricité à un coût relativement faible.

«Nous allons leur proposer l'interconnexion une fois Kaléta réalisé, mais si cela ne les convainc pas, ce que nous pouvons faire, c'est de leur rembourser ce qu'ils (les autres pays membres de l’OMVS) ont dépensé dans les études», a ajouté Kourouma.

Les experts chinois et guinéens vont travailler ensemble sur le terrain, selon leurs compétences respectives. «Kaléta aura une capacité de retenue de 23 millions de mètres cubes d’eau, avec un débit de 346 mètres cubes par seconde. La hauteur de la chute minimale sera de 49,2 mètres...», ont-ils indiqué.

Pour réussir ce projet, les techniciens soulignent qu’une ligne de transport énergétique sera aussi construite sur 146 kilomètres. Cette infrastructure sera dotée de trois grands groupes électrogènes de 80,17 MW chacun et l’énergie moyenne produite sera de 942 gigawatts par heure.

Les populations de la préfecture de Dubréka, dans la région qui abrite le site de Kaléta, se réjouissent du démarrage des travaux du barrage.

«Le lancement de Kaléta qui a commencé par l’ouverture de la route d’accès au site en août dernier, est arrivé à un moment où les localités de Garanyi et de Labaya étaient en phase d’être coupées du reste de la Guinée à cause de l’état de dégradation très avancé de cette route à l’époque», s’est réjouit Ousmane Bangoura, porte-parole des ressortissants de Garanyi.

Selon le ministère de l’Energie, «une fois achevé, Kaléta couplé avec d’autres barrages comme Garafiri d'une capacité de 75 mégawatts et d’autres petits barrages hydroélectriques existants ou en cours de réalisation, pourrait combler les besoins énergétiques du pays à hauteur de près de 80 pour cent».

Les autres petits barrages existants sont Kinkon et Tinkisso, et ceux en cours de réalisation sont Souapiti et Amaria, sur le même fleuve Konkouré, dans l’ouest du pays.

«Construire plusieurs barrages pour valoriser le potentiel énergétique guinéen est l’objectif du gouvernement», a déclaré Alpha Condé, le président de la Guinée au cours d’une rencontre, le 5 avril à Conakry, avec une délégation de l’entreprise chinoise afin d’examiner la faisabilité d’autres micro-barrages.

Une étude d'impact environnemental et social a été réalisée en prévision du barrage Kaléta, considérée par le ministère de l’Environnement comme une étape nécessaire.

«Cette étude d’impact est faite et un plan de réinstallation des populations riveraines est prévu car la construction va nécessairement affecter leur vie: des plantations et des habitats vont disparaître. Le chantier va également générer de la poussière et des bruits», explique à IPS, Mariam Tounkara, de l’organisation non gouvernementale 'Guinée verte'. Le projet a prévu que la réinstallation sera effectuée par la partie guinéenne.

Le démarrage des travaux de Kaléta suscite l’intérêt des Guinéens, mais ils n’oublient pas l’échec précédent du projet Garafiri qui avait, lui aussi, suscité beaucoup d’espoir pendant le règne du président Lansana Conté, mort au pouvoir en 2008.

«Le projet Garafiri, inauguré en grande pompe par l’ancien président français Jacques Chirac en 1999, avait échoué en partie parce que le gouvernement en avait fait un usage politique», estime Ousmane Camara, chroniqueur politique. Ce barrage n’a pas donné les résultats escomptés: il était prévu pour alimenter une bonne partie du pays, mais à cause de sa mauvaise mise en œuvre, il n’a même pas pu fournir assez d’électricité à la seule capitale, explique-t-il. (FIN/2012)

 

 

 

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