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RD CONGO
Les victimes de Bosco Ntaganda dénoncent les propos de Kabila
Emmanuel Chaco

KINSHASA, 26 avr (IPS) - Les victimes de violations des droits humains commises au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), fustigent le manque de volonté de Joseph Kabila de faire arrêter et juger Bosco Ntaganda accusé de crimes graves et recherché par la Cour pénale internationale.

Dans une série d’interventions récentes à la télévision nationale, le président Kabila a déclaré que «Bosco Ntaganda peut être arrêté et jugé au Nord-Kivu ou n’importe où en RDC», souligne l’ONG 'Haki Zetu' (qui signifie 'Nos droits' en swahili), basée à Kanyabayonga, dans la province du Nord-Kivu.

Plusieurs avocats et organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains ont dénoncé également ces propos du chef de l’Etat congolais, mettant en cause sa volonté de faire arrêter le général Ntaganda, membre du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), une milice qui sévit dans cette province depuis 2003.

Le CNDP s’est transformé en mouvement politique depuis 2009 lors de la grande conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Kivu, organisée par le gouvernement et qui a connu la participation de toutes les anciennes rébellions qui avaient sévi dans l’est du pays.

Mais, selon Moreau Shamamba, un habitant de Goma, au Nord-Kivu, le CNDP a gardé une partie de ses troupes en veilleuse, tandis qu’une autre a été affectée au processus d’intégration dans les Forces armées de la RDC (FARDC) et celle-ci a fait défection, rejoignant les éléments qui sont restés dans le maquis depuis fin mars 2012.

Jean Kyatsimba, président de l’ONG 'Haki Zetu', déclare à IPS: «C’est depuis le début du mois d’avril 2012 que le chef de l’Etat congolais n’arrête pas de dire à travers les médias que "Bosco Ntaganda peut être arrêté et jugé au Nord-Kivu ou n’importe où en RDC", oubliant en même temps que le pays ne dispose pas d’une armée capable d’une telle action et que la justice congolaise est très faible».

Mais, sans donner les détails sur la logistique et le nombre, Didier Etumba, chef d’état-major des FARDC, affirme que «grâce à l’engagement personnel du président de la République, l’armée dispose des atouts suffisants pour mettre fin à la situation d’insécurité et aux violations des droits de l’Homme qui ont cours au Nord-Kivu».

Cependant, Kyatsimba, dont l’ONG encadre une cinquantaine de mamans victimes des viols commis par la milice du CNDP, estime que «ni l’armée ni la justice congolaises ne sont capables de protéger les victimes qui viendraient soutenir leurs accusations contre le CNDP. Et toutes ces victimes ont grandement peur des représailles des milices qui agissent souvent sans pitié».

En effet, Ambroise Kahongya, avocat et défenseur des droits de l’Homme à Goma, soutient que «seule la Cour pénale internationale (CPI) qui a déjà lancé un mandat d’arrêt contre Ntaganda est capable d’arrêter ce dernier – grâce aux troupes de la Mission des Nations Unies en collaboration avec les FARDC - et d’offrir une sécurité suffisante aux victimes et témoins qui accepteront de participer à la procédure devant elle».

Selon Kahongya, la CPI n’attend qu’un quitus du gouvernement congolais, pour faire arrêter Ntaganda puisqu’elle a déjà lancé un mandat d’arrêt contre lui.

Jacquie Lugumire, une victime du CNDP, témoigne: «J’ai été violée un soir pendant que je sortais de l’école où j’enseignais dans le quartier de Katindo, à Goma, par un groupe d’hommes armés que je crois appartenir au CNDP. Et depuis, j’ai quitté Goma pour m’installer à Kanyabayonga d’où je ne sors presque pas par peur que mes bourreaux, dont je peux reconnaître au moins deux, ne s’attaquent encore à moi».

Pleurant et visiblement révoltée, Lugumire déclare à IPS qu’elle est sûre que ses «agresseurs circulent encore librement sur toute la province pendant que les autorités congolaises gardent le silence ou font des discours démagogiques». Elle ajoute: «Et à Kanyabayonga où se cachent la plupart des milices de Ntaganda, l’armée, la police et la justice sont quasi-inexistantes».

«Et même à Goma où habite ma famille», souligne-t-elle, «Kabila connaît dans quelles conditions de misère travaillent l’armée, la police et la justice congolaises qui n’ont jamais réussi une seule mission sans l’appui de la Mission des Nations Unies présente en RDC».

A la fin de mars 2012, les anciens membres du CNDP ont fait défection de l’armée régulière, reprochant au président Kabila de n’avoir pas «respecté les accords passés entre lui et le CNDP, relatifs à la réforme de l’armée congolaise».

Dans un mémorandum adressé à Kabila, le 24 mars, dont copie est parvenue à IPS, le CNDP fustige la non création de la «commission militaire mixte devant traiter les questions relatives à l’intégration militaire dans les structures des états-majors, la reconnaissance officielle des grades portés par les militaires du CNDP, ainsi que l’encadrement des militaires, qui étaient pourtant convenus entre Kabila et Ntaganda à Goma, en janvier et mars 2009».

Selon ce mémorandum, le «retrait du CNDP de l’armée congolaise est dû à l’absence de cette commission et au maintien des conditions inhumaines et misérables dans lesquelles vivent les militaires congolais, conséquence des détournements avérés des fonds destinés aux opérations militaires et de l’encadrement des militaires qui vivent comme des indigents».

Entre-temps, des violations graves des droits humains ont quasiment redoublé dans la province depuis la défection des militaires ayant appartenu au CNDP, selon l’ONG 'International Crisis Group'.

Dans un rapport publié le 19 avril, cette ONG affirme: «La mutinerie, orchestrée ces derniers jours par Ntaganda, a pris une tournure qui dépasse la simple question judiciaire. En effet, les récents évènements survenus à Goma, et plus globalement dans les Kivus, sont symptomatiques de problèmes politiques profonds qui persistent depuis de nombreuses années sans être réellement traités».

Ntaganda est accusé de plusieurs violations graves des droits de l’Homme dans l’est de la RDC, et accusé dans un rapport des Nations Unies d’être impliqué dans des réseaux de trafic illégal de ressources naturelles dans le pays. (FIN/2012)

 

 

 

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