SOUDAN DU SUD Victimes des combats et de la hausse des prix Charlton Doki JUBA, 4 mai (IPS) - Pendant que des milliers de personnes fuient le conflit dans les Etats frontaliers du nord du Soudan du Sud, un nombre croissant de gens ont été également forcés de quitter leurs maisons et leurs villes en quête de vivres vendus à des prix abordables.
Puisque la tension entre le Soudan du Sud et le Soudan se poursuit dans les Etats d'Unity, du Haut-Nil, de Bahr al Ghazal du nord et occidental, dans les régions du nord du Soudan du Sud, le conflit a plus que doublé le prix des denrées de base, faisant qu’il est difficile, pour beaucoup de personnes dans ces régions, de les supporter.
Dans la ville frontalière de Bentiu, le prix d'un sac de 50 kilogrammes de sorgho est passé de 10 dollars à 24 dollars, tandis qu'un kg de sucre a triplé, d’un dollar à trois dollars.
"(Le prix) d’un bidon de 20 litres d'huile de cuisson est passé de 20 à 40 dollars au cours des deux dernières semaines", a déclaré Simon Kenyi, un enseignant à Bentiu.
"Les commerçants qui avaient l’habitude d’amener ces produits depuis Elobeid, dans l’Etat du Sud-Kordofan, au Soudan, sont incapables de le faire maintenant parce que la frontière est fermée", a-t-il ajouté.
En mars, les commerçants qui ont l'habitude d'importer des denrées alimentaires du Sud-Kordofan au Soudan ont été victimes de violences sur la route vers le Soudan du Sud. Beaucoup ont complètement cessé de tenter de franchir la frontière.
L'augmentation rapide des prix des biens de consommation a contraint les habitants de Bentiu, qui est la capitale de l'Etat d'Unity, à fuir vers les villes de la région plus grande d’Equatoria, au Soudan du Sud, où des produits de consommation importés d'Afrique de l’est sont abondants et relativement moins chers. Les Etats d’Equatoria occidental, central et oriental, dans le sud, partagent des frontières avec la République centrafricaine, la République démocratique du Congo (RDC), l’Ouganda, le Kenya et l’Ethiopie.
"Beaucoup de gens déplacent leurs familles vers Juba et Yei, dans l'Etat d'Equatoria-Central, parce qu'ils n’arrivent plus à acheter de la nourriture", a expliqué Bonifacio Taban, un journaliste local à Bentiu.
Les combats entre le Soudan du Sud et le Soudan ont pris une tournure le 10 avril lorsque le Soudan du Sud a occupé la ville pétrolière disputée de Heglig, dans l'Etat du Sud-Kordofan au Soudan. Les deux pays ont revendiqué cette ville, qui se trouve dans une zone frontalière.
Selon le ministre sud-soudanais de l'Information, Barnaba Marial Benjamin, le pays a occupé Heglig afin d’empêcher l’armée soudanaise, les Forces armées soudanaises (SAF), de continuer à lancer des attaques terrestres et aériennes depuis la région.
L'armée sud-soudanaise, l’Armée de libération du peuple du Soudan (SPLA), était prête à se retirer à condition que des observateurs internationaux soient envoyés à Heglig et le Soudan a accepté l'arbitrage international pour déterminer le pays auquel appartient la région, avait-il indiqué à l'époque.
Cependant, après le retrait du Soudan du Sud le 23 avril, le pays déclare que le Soudan a continué d’attaquer.
Le gouverneur de l'Etat d'Unity, Guy Taban Deng, a indiqué, à la fin du mois d’avril, que 75 personnes avaient été tuées lors de bombardements aériens dans son Etat au cours de ces derniers mois; cela a fait des victimes dans la ville de Bentiu et dans d'autres parties de l'Etat.
Dans ce même Etat, des milliers de civils ont été déplacés à la suite des affrontements au sol entre la SPLA et les SAF, et des bombardements aériens menés par les SAF.
La vice-ministre sud-soudanaise des Affaires humanitaires et de la Préparation aux Catastrophes, Sabrina Dario Okolong, a déclaré que les habitants de l'Etat d’Unity fuient les bombardements aériens dans la partie nord de l'Etat et se dirigent vers les comtés de Nhiakdiu, Mayendit, Leer, Koch et Guit, dans le sud, en quête de sécurité.
"Nous dénombrons également environ 1.500 personnes qui ont été déplacées du comté de Pariang (un comté dans l'Etat d’Unity, frontalier avec Heglig) et nous avons des agences des Nations Unies qui vérifient 1.693 PDI (personnes déplacées à l’intérieur) à Pariang et 303 PDI à Panyang", a souligné Okolong. Panyang est une unité administrative composée d'un certain nombre de villages au sein du comté de Pariang.
Un agent humanitaire, qui a requis l’anonymat, a estimé que 5.000 à 10.000 personnes étaient devenues des déplacés à l'intérieur de l'Etat.
Le nombre de morts dus au conflit n'est pas connu; toutefois, l'ONU affirme qu’après le retrait du Soudan du Sud de Heglig, 16 civils ont été tués dans des raids aériens et des attaques au sol dans l'Etat d'Unity seul.
Des dizaines de commerçants étrangers originaires du Kenya, de l'Ouganda, la RDC, l'Ethiopie et de l'Erythrée fuient Bentiu, où, le 23 avril, des avions de guerre des SAF ont bombardé un marché et un pont, tuant quatre personnes et blessant quatre autres.
Makosa Kabanga, un commerçant congolais, qui est arrivé à Juba en provenance de Bentiu le 24 avril, a dit qu'il avait peur de rester à Bentiu à cause des raids aériens.
"Nous étions cinq Congolais qui ont quitté Bentiu pour Juba à la fin de la semaine dernière (la semaine du 16 avril). Nous craignions les combats à Heglig. Bien que Bentiu soit un peu loin de cette région, c'était trop fort pour nous", a-t-il déclaré à IPS.
"Nous craignions qu'il y aurait des bombardements à Bentiu et c'est ce qui s'est passé après notre départ. Nous ne retournerons à Bentiu que lorsque les combats et les bombardements auront cessé", a-t-il dit.
(FIN/2012)
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