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CAMEROUN
Des fermiers résistent aux faibles précipitations
Ngala Killian Chimtom

SANTA, Cameroun, 16 mai (IPS) - Olivier Forgha Koumbou lave quelques carottes fraîchement cueillies dans un petit ruisseau et les mange avec délice. Sa ferme florissante à Santa, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, ressemble à un miracle au milieu des fermes environnantes où des carottes, pommes de terre, poireaux et la laitue ont fané et sont morts.

Les pluies sont légèrement tombées ici au début du mois de mars, mais ce n'était pas suffisant pour empêcher le soleil de faner les cultures puisque les méthodes traditionnelles d'irrigation ont échoué à cause des faibles précipitations. Dans la région du Nord-Ouest, les précipitations moyennes annuelles se situent juste à 380 millimètres, mais elles sont censées être comprises entre 1.000 et 2.000 mm.

"Les fermes ne m’ont pas donné un bon rendement cette année", déclare à IPS, Tembene Tangwan, un agriculteur de 43 ans. Il explique qu'à cause des faibles précipitations, il ne peut pas utiliser sa méthode traditionnelle pour irriguer ses cultures.

"Nous avions l’habitude d’acheminer l’eau par tuyau depuis une altitude plus élevée vers nos fermes, et utilisions des arroseurs pour l'irrigation. Mais aujourd’hui, les sources d'eau tarissent, et la faible pression dans le système ne peut pas amener l'eau par les tuyaux", dit-il. "Nous ne pouvons que prier pour le retour des pluies".

Mais son voisin, Koumbou, 32 ans, ne reste pas là à se tourner les pouces et à prier pour le retour des pluies. Pendant qu’il enlève les mauvaises herbes à travers sa culture de carottes, il affirme fièrement: "Nous développons de nouvelles stratégies lorsque nous sommes confrontés à un défi supplémentaire".

Au lieu de reculer et de regarder sa récolte faner, Koumbou avait commencé à collecter de l'eau.

"J'ai découvert que durant la nuit, le volume d'eau dans le cours d'eau à proximité augmente. J'ai donc acheté des récipients pour y stocker de l'eau, et le soir j’amène mes ouvriers agricoles pour la recueillir. Cette eau est ensuite utilisée pendant la journée pour irriguer les cultures", explique-t-il à IPS.

Koumbou est déjà en train de créer une tendance, et d'autres agriculteurs commencent désormais à suivre ses méthodes. "C'est le seul moyen de s’en sortir", affirme Christopher Neba, qui a aussi commencé à récolter de l’eau.

Koumbou cultive des carottes, des pommes de terre, des choux, la laitue et des poireaux depuis 25 ans. Il dit que sa mère lui a appris à cultiver à un âge tendre.

"Lorsque j’ai eu sept ans, j'ai commencé à accompagner mes parents au champ. Je suis resté agriculteur depuis ce temps".

Aujourd'hui, il fait un bénéfice moyen d'un peu moins 5.000 dollars par an. Mais cette année, il croit qu'il en fera même plus.

"Le fait que plusieurs agriculteurs ont perdu espoir et abandonné leurs fermes signifie que les prix augmenteront considérablement cette année, cela implique plus de bénéfices pour moi. Je sympathise avec mes voisins, mais c'est ainsi que les choses se présentent pour le moment", dit-il.

Bien qu'il n'existe pas de chiffres concrets disponibles sur le nombre de fermiers ayant abandonné l'agriculture, ce n'est pas un développement opportun dans un pays qui dépend largement des importations alimentaires.

Le Cameroun dépense en moyenne 122 millions de dollars par an pour importer du riz, du sorgho et du millet. L'année dernière, les insuffisances dans la production de riz ont entraîné l'importation de 80.000 tonnes, qui ont coûté 240 millions de dollars.

Cela survient au milieu d'une insécurité alimentaire croissante dans le pays. Le Programme alimentaire mondial déclare que 400.000 personnes dans le nord du Cameroun ont besoin de 40.000 tonnes d'aide alimentaire pour éviter de souffrir de la faim.

En attendant, le délégué à l'agriculture dans la région du Nord-Ouest, Cletus Awah, impute les pénuries d'eau à des pratiques agricoles irréfléchies.

"Nous avons dit aux agriculteurs de limiter leurs terres à au moins 15 mètres des sources d'eau. Mais très souvent, ils cultivent jusqu’aux lits des fleuves, détruisant la végétation qui protège ces sources d'eau et, par conséquent, les niveaux d'eau sont obligés de baisser", déclare-t-il à IPS.

Awah estime qu'une solution à la baisse de l'approvisionnement en eau viendra lorsque les agriculteurs commenceront à protéger les sources d'eau. "Les fermiers doivent immédiatement stopper l'activité agricole trop près des cours d'eau, des ruisseaux ou des zones humides", souligne-t-il.

Koumbou a bien écouté l’appel.

"C’est de notre faute que les sources d'eau tarissent", dit-il. "Nous avons découvert que les terres marécageuses ici étaient si fertiles que nous les exploitions sans penser aux conséquences. Progressivement, l'eau s'est retirée, et aujourd’hui, nous payons le prix. Cette année, je n'ai pas exploité la terre marécageuse sur ma ferme et c'est pourquoi j'ai encore un peu d'eau".

Pendant ce temps, le département régional pour l'agriculture croit aussi que la collecte de l'eau est une solution à court terme pour les agriculteurs.

"D'urgence, nous prévoyons de construire des installations de stockage de l'eau afin que le peu d'eau disponible puisse être collectée et stockée pour une utilisation éventuelle par des agriculteurs pour irriguer leurs cultures", indique Awah. Il ajoute qu'une stratégie à long terme, c’est de planter des arbres qui peuvent aider à protéger les sources d'eau. (FIN/2012)

 

 

 

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