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MALI
Les Etats-Unis demandent à la junte de se retirer du jeu politique
Souleymane Gano

DAKAR, 17 mai (IPS) - Les militaires, qui ont pris le pouvoir au Mali, le 22 mars, et sont restés sourds à la pression internationale, doivent retourner dans leurs casernes et laisser la transition se dérouler tranquillement pour faciliter le retour à l’ordre constitutionnel, estiment les Etats-Unis.

Le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé des Affaires africaines Johnnie Carson, a demandé mercredi aux militaires putschistes maliens de se retirer de la scène politique, affirmant que leur action a notamment "mis en péril l'intégrité territoriale du Mali".

Carson a fustigé les agissements du capitaine putschiste Amadou Sanogo et de son Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE), les qualifiant "d'aventurisme sans lendemain", au cours d'une vidéoconférence de presse retransmise dans plusieurs capitales africaines dont Dakar, au Sénégal.

Carson a notamment déclaré: "Les quelques mutins qui ont balayé 21 ans de démocratie au Mali sont davantage préoccupés par leur bien-être personnel que par celui des Maliens. Leur action a mis en péril non seulement l'intégrité territoriale du Mali, permettant aux rebelles du nord de prendre la moitié du pays, mais a mis aussi en danger le développement économique du pays".

Le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé des Affaires africaines a indiqué que "ceux qui ont pris le pouvoir de façon illégale n'ont pas le droit d'y rester", ajoutant que les militaires n'ont aucune autorité pour répondre aux défis sécuritaires et humanitaires auxquels est confronté le Mali.

Carson a réaffirmé le soutien total des Etats-Unis aux actions de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Les Etats-Unis sont prêts à apporter une aide à la CEDEAO pour la logistique et la planification dans la constitution d'une troupe à déployer au Mali, si l'organisation régionale définit clairement les missions et les objectifs de cette force.

"Nous avons beaucoup confiance dans la CEDEAO, à son secrétariat général, à son président en exercice (Alassane Ouattara) et aux ministres des Affaires étrangères de ses pays membres, qui ont fait un très bon travail" pour résoudre les crises politiques en Guinée-Bissau et au Mali, a affirmé Carson.

De son côté, la porte-parole du département d'Etat américain, Victoria Nuland, a elle aussi tiré la sonnette d’alarme, mercredi, sur la situation qui prévaut dans le nord du Mali et les risques de débordement sur les pays voisins.

"Sans un retour à l'unité entre un gouvernement constitutionnellement mandaté et l'armée, dans un cadre de dialogue et de collaboration, il ne sera pas possible de se consacrer à la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme qui sévissent dans le nord du Mali et qui pourraient déborder sur le voisinage", a-t-elle souligné.

Réagissant aux déclarations américaines, l’analyste sénégalais Abdou Lô, manager général de la société de communication 'Primum Africa Consulting', y voit une volonté des Etats-Unis de responsabiliser la CEDEAO face à la situation malienne.

"En substance, Carson veut responsabiliser la CEDEAO en lui laissant le leadership. C'est une attitude qui s'explique par le besoin de crédibiliser l'institution sous-régionale". Il estime que la CEDEAO "est de plus en plus fragile dans ses frontières internes" à cause de la "faiblesse des Etats et de l'immixtion de plus en plus inquiétante de l'armée dans la gestion politique", a déclaré Lô à IPS. "Mais, elle est fortement menacée (aussi) par des forces islamistes..."

"Maintenant, il faut déplorer l'absence de vision stratégique des acteurs politiques de Bamako (les militaires y compris)", a indiqué Lô, ajoutant: "Ils sont dans des guerres de positionnement entre la junte, les pro-ATT (Amadou Toumani Touré le président déchu) et les leaders politiques. Or la question centrale reste quand même l'intégrité et l'indivisibilité du territoire".

Le capitaine Sanogo continue de s’opposer à la proposition de la CEDEAO de reconduire, pendant une année, la transition malienne au terme des 40 jours prévus par la constitution et qui expirent le 22 mai prochain. Le chef de la junte propose la réunion d’une convention nationale pour désigner un nouveau président chargé de diriger la nouvelle transition.

La proposition du capitaine Sanogo n’est pas une solution, a déclaré le président intérimaire du Mali, Dioncounda Traoré, l’ex-président de l’Assemblée nationale, au cours d’une brève visite mercredi à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il a souligné qu’une telle convention n’était pas prévue par l’accord-cadre signé le 6 avril entre la CEDEAO et la junte à Bamako, la capitale malienne.

Traoré estime qu’après les 40 jours, la CEDEAO et la junte devraient encore discuter de la suite de la transition. La délégation ministérielle de la CEDEAO, chargée de la médiation avec la junte malienne, pourrait arriver à Bamako, le 21 ou le 22 mai, selon une source diplomatique proche de l’organisation sous-régionale à Abidjan.

Un coup d’Etat militaire a renversé le président malien Amadou Toumani Touré le 22 mars, au lendemain duquel des rebelles touaregs et différents groupes islamistes armés ont pris le contrôle du nord du pays. La CEDEAO ayant exigé un retour à l’ordre constitutionnel, sous peine de sanctions, l’ancien président du parlement, Dioncounda Traoré, a été investi président par intérim, avec un Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, pour conduire la transition.

Mais malgré la présence effective de ces deux institutions de transition, la junte ne veut pas s’effacer et s’oppose fermement à certaines décisions de la CEDEAO, donnant le sentiment d’un pouvoir transitoire à deux têtes au Mali: une civile et une militaire. Ce qui crée un blocage à l’intérieur et une confusion devant la communauté internationale. (FIN/2012)

 

 

 

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