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ANGOLA
"Pas une question de famine, mais de sécurité alimentaire"
Louise Redvers

JOHANNESBURG, 18 mai (IPS) - Des millions de familles les plus pauvres en Angola sont confrontées à une insécurité alimentaire critique puisqu’une période de sécheresse prolongée, à travers de vastes parties du pays, a détruit les récoltes et tué le bétail.

Jusqu'à 500.000 enfants sont aujourd’hui considérés comme souffrant de malnutrition sévère déclenchée par l'effondrement de la production alimentaire après une longue saison sèche durant les trois premiers mois de cette année. Actuellement, des centres d'alimentation d'urgence sont mis en place dans les communautés les plus durement touchées.

Les provinces de Huambo, Bie, Benguela et Zaire dans le centre et le nord de l'Angola sont les plus durement touchées, mais à travers le pays, les petits agriculteurs et les fermiers commerciaux souffrent. Les rendements des cultures sont en baisse de près de 70 pour cent à certains endroits.

Il y a des informations indiquant que des agriculteurs de subsistance abandonnent complètement leurs champs dans le souci de trouver un autre travail rémunéré dans les villes afin qu'ils puissent nourrir leurs familles, et que de grandes fermes commerciales licencient les ouvriers parce qu’il n'y a aucune récolte à faire.

Malgré l’énorme richesse pétrolière de l'Angola et les prévisions du Fonds monétaire international selon lesquelles le produit intérieur brut augmentera de 9,7 pour cent en 2012, près des deux-tiers des ménages ruraux vivent avec moins de 1,75 dollar par jour.

Plus de quatre décennies de guerre (1961-2002) ont laissé le pays avec l'un des taux les plus élevés de mortalité infantile dans le monde, avec 20 pour cent des enfants qui meurent avant leur cinquième anniversaire.

Un mauvais régime constitue un facteur important dans les taux élevés de mortalité et selon la dernière Enquête nationale sur la nutrition, réalisée en 2007, près de 30 pour cent des enfants de moins de cinq ans sont chétifs, plus de huit pour cent sont décharnés, et près de 16 pour cent présentent une insuffisance pondérale.

Koen Vanormelingen, le représentant du Fonds des Nations Unies pour l'enfance en Angola, a expliqué que la faiblesse des récoltes cette année a déjà fait des victimes parmi les enfants les plus vulnérables, qui montraient des taux élevés de malnutrition.

"Ces gens vivaient déjà sur les limites de la survie et se débrouillaient aux meilleurs moments", a-t-il dit. "Mais là où ils prenaient autrefois une alimentation variée trois fois par jour, aujourd’hui, ils ont un seul repas quotidien, peut-être deux, et ils sont limités à une sélection très faible de manioc et de bananes".

"C'est une situation très grave et nous sommes très préoccupés parce que nous voyons une augmentation significative de la malnutrition et de la mortalité liées à la malnutrition chez les enfants", a-t-il ajouté.

Le gouvernement a alloué 43 millions de dollars pour une campagne d'intervention d'urgence, qui inclura la distribution de vivres et d'eau, ainsi que des semences et autres intrants agricoles afin d’aider les fermiers à récupérer leurs cultures perdues.

En outre, une cargaison de 40 tonnes de pâte à base d'arachide renforcée au plan nutritionnel, utilisée pour traiter la malnutrition, a été importée avec le soutien de la Fondation Clinton. Elle est prête pour être envoyée aux centres d'alimentation d'urgence qui se créent à travers le pays.

"Ce n'est pas une famine, c'est une question d'insécurité alimentaire", a expliqué Vanormelingen. "Il y a des aliments disponibles; le problème est que parce que les gens ne produisent pas autant de nourriture, ils doivent en acheter plus".

"Et parce que leur production a baissé, leur revenu a également diminué, alors ils sont incapables d'acheter de la nourriture, et puisque l’approvisionnement baisse et que la demande augmente, les prix montent - doublent dans certains cas".

Cet effondrement de la production agricole est un revers majeur pour l'Angola, qui tente désespérément de relancer son propre secteur agricole dynamique qui avait été détruit par des décennies de guerre.

Afin de booster la production, le gouvernement a lancé, l'année dernière, un grand programme de micro-crédit de 150 millions de dollars, accordant des prêts aux petits fermiers pour acheter des semences et des engrais.

Mais maintenant, avec la faiblesse des rendements, beaucoup de familles ont du mal à rembourser leurs dettes.

La 'União Nacional das Associações de Camponeses Angolanos', l'union nationale des coopératives agricoles, a déclaré que le gouvernement aiderait à combler l’écart de paiement avec les banques commerciales, qui ont accordé ces prêts.

Mais Belarmino Jelembi, directeur de la plus grande organisation de développement rural en Angola, 'Acção para o Desenvolvimento Rural e Ambiente', a prévenu: "Le gouvernement doit être extrêmement prudent sur la façon dont cela est géré parce qu’il y a un risque que s’il n'est pas bien géré, tout le programme pourrait échouer complètement".

Il a ajouté: "Ce que cette situation nous apprend, c'est que nous devons faire plus pour appuyer les petits agriculteurs avec des outils de base pour l'irrigation, afin que les gens ne soient pas si dépendants de la pluie pour leurs cultures".

"Nous devons penser aux choses fondamentales au niveau local, plutôt que d'investir d'énormes sommes d'argent dans des projets immobiliers importants qui s'avèrent souvent être des éléphants blancs". (FIN/2012)

 

 

 

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