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AFRIQUE
Malgré la croissance économique, l’insécurité alimentaire persiste
Brian Ngugi

NAIROBI , 23 mai (IPS) - Everlyne Wanjiku, une mère célibataire de cinq enfants, gagne sa vie en vendant des légumes dans la banlieue tentaculaire de Kebera, à Nairobi, au Kenya, depuis plus de trois décennies. Et bien que ses revenus soient maigres, elle a pu offrir à ses enfants une formation universitaire.

Mais aujourd’hui, comme bon nombre de ses camarades touchées par la pauvreté dans le bidonville, dans ce pays d’Afrique de l’est, elle est gênée par le coût élevé des aliments et d’autres produits de base, qui est monté en flèche au niveau mondial. Et Wanjiku affirme qu’elle est incapable d’entretenir sa famille.

"La plupart de mes clients quotidiens ne viennent plus acheter auprès de moi à cause des prix des denrées alimentaires prohibitifs. Comme vous pouvez le voir, je n'ai pas renouvelé mon stock parce que les petites économies que j'avais sont déjà épuisées", dit-elle, montrant les quelques légumes sur une table à l’extérieur de son habitation en cabane.

"Dans un bon mois, je gagnais plus de 6.000 shillings (67 dollars). Mais les choses vont mal aujourd'hui, et je suis incapable de nourrir ma famille", ajoute-t-elle.

Janet Adhiambo, l'une de ses clientes, affirme que la vie est tout simplement difficile pour elle.

"C'est dommage que je ne puisse plus acheter des ingrédients de base comme les oignons. Je choisis tout juste de m’en priver parce qu'ils sont trop coûteux. C'est simplement trop dur", dit-elle.

Les malheurs de ces deux femmes sont tous trop familiers pour des familles kenyanes puisqu'elles luttent pour mettre de la nourriture sur la table malgré la cherté des produits alimentaires sans précédent dans la banlieue.

Cependant, ces problèmes d'insécurité alimentaire sont vécus par tous les Africains, tel qu’il a été souligné dans un nouveau rapport publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui dresse un tableau sombre de la situation alimentaire sur le continent.

Ce rapport, qui a été publié le 15 mai par le PNUD à Nairobi, dénonce ce qui est considéré comme un paradoxe de l'Afrique qui a des atouts au plan agricole, mais qui souffre toujours d'une insécurité alimentaire aiguë.

"Le Rapport 2012 sur le développement humain en Afrique, intitulé 'Vers un avenir de sécurité alimentaire', indique que malgré la croissance impressionnante des économies africaines au cours de la dernière décennie, l'Afrique subsaharienne est toujours en proie à l'insécurité alimentaire.

"Plus d'un Africain sur quatre est sous-alimenté, et l'insécurité alimentaire - l'incapacité à acquérir constamment assez de calories et de substances nutritives pour une vie saine et productive - est omniprésente. Le spectre de la famine, qui a pratiquement disparu ailleurs dans le monde, continue de hanter certaines parties de l'Afrique subsaharienne", souligne le rapport.

Il poursuit: "Pourtant, l'Afrique subsaharienne dispose de vastes terres agricoles, de beaucoup d'eau et d’un climat généralement favorable à la culture des aliments. Et au cours des 10 dernières années, beaucoup de pays africains ont affiché des taux de croissance économique record au monde et figurent parmi les nations qui évoluent plus rapidement pour l’Indice de développement humain".

Ces deux paradoxes discordants forment la base des conclusions du rapport, qui va jusqu’à formuler une accusation sévère contre les gouvernements africains, indiquant qu'ils n'ont pas réussi à embrasser et à instituer les politiques appropriées.

"L’Afrique subsaharienne dispose d'abondantes ressources agricoles. Mais honteusement, dans tous les coins de la région, des millions de personnes continuent de souffrir de faim et de malnutrition – la conséquence d’une production et d’une distribution locale inégale et flagrante des vivres ainsi que des régimes alimentaires chroniquement insuffisants, en particulier parmi les plus pauvres", explique le rapport.

Il indique que malgré une baisse de la pauvreté dans les années 2000, près de la moitié des Africains subsahariens vivent encore dans une pauvreté extrême.

L'année dernière, la Corne de l'Afrique a été frappée par la famine et l'insécurité alimentaire, qui ont affecté quelque 9,5 millions de personnes.

Selon Tegegnework Gettu, le chef du bureau Afrique du PNUD et un sous-secrétaire général de l’ONU, l'insécurité alimentaire chronique en Afrique subsaharienne provient essentiellement des décennies de mauvaise gouvernance.

Le secrétaire permanent du ministère kényan de l'Agriculture, Romano Kiome, admet que les gouvernements africains ne font pas assez d’efforts pour endiguer l'insécurité alimentaire.

Il cite l'exemple du Kenya, où il affirme que le ministère des Finances, dans ses allocations budgétaires nationales annuelles 2010-2011, a mis de côté 539 millions de dollars pour l'agriculture dans des organismes publics tels que les ministères de l'Eau et de l'Irrigation, de l'Environnement et des Ressources minérales, de l'Elevage et la Pêche, et du Commerce.

Ce montant était inférieur à cinq pour cent du budget national total du gouvernement et contraste fortement avec le budget alloué à l'armée kényane, qui serait de 685 millions de dollars en 2011.

Gettu affirme que les dépenses prioritaires dans certains pays africains doivent passer de toute urgence de l’armée à l'agriculture, afin d’aider le continent à échapper au piège perpétuel de l'insécurité alimentaire.

"Si certains pays africains peuvent acquérir et déployer des avions de chasse, des chars, d'artillerie et d'autres moyens avancés de destruction, pourquoi ne devraient-ils pas être en mesure de maîtriser le savoir-faire agricole? Pourquoi les Africains devraient-ils être incapables de s’offrir la technologie, des tracteurs, l'irrigation, des variétés de semences et la formation nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire?", demande-t-il. (FIN/2012)

 

 

 

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