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Q&R
Le monde doit apprendre des choses auprès des petits fermiers
Rousbeh Legatis interviewe MOHAMED BÉAVOGUI du Fonds international de développement agricole

NATIONS UNIES, 31 mai (IPS) - Pendant que la région du Sahel est confrontée à une nouvelle crise alimentaire, les petits fermiers détiennent la clé de rendre durables les politiques de développement futures.

C'est pourquoi il "est tout simplement impossible de parler de durabilité" à la Conférence Rio+20 le mois prochain sans écouter ce que les petits fermiers ont à dire, déclare Mohamed Béavogui, directeur du Bureau du partenariat et de mobilisation des ressources du Fonds international de développement agricole (FIDA).

Environ 18 millions de personnes dans la région du Sahel sont exposées à l'insécurité alimentaire et à la malnutrition, prévient l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Des sécheresses récurrentes, la dégradation de l'environnement et des prix élevés des céréales, accompagnés d'une diminution des transferts de fonds des migrants, ainsi que le déplacement et la pauvreté chronique créent une situation qui a entraîné, entre autres, une baisse de 26 pour cent de la production céréalière par rapport à 2011. Trouver des solutions durables est essentiel dans ce contexte, a indiqué Béavogui.

Et ces solutions sont déjà là, développées par de petits agriculteurs au fil des siècles.

Des promesses ont été faites par le groupe du G8 des nations riches donatrices pour augmenter proportionnellement l’aide étrangère liée à l'agriculture internationale, en particulier en Afrique, mais elles demeurent non tenues.

S’entretenant avec le correspondant de IPS à l'ONU, Rousbeh Legatis, Béavogui a exposé ce que le monde peut apprendre des petits fermiers pour promouvoir l'agriculture durable comme un élément clé du développement durable futur.

Voici quelques extraits de l’interview.

Q: Des régions comme le Sahel semblent être frappées par la famine chaque fois après quelques années, souvent pour des raisons prévisibles. Quels changements structurels peuvent-ils être opérés pour briser ce cycle?

R: Premièrement, nous devrions investir dans la fourniture aux communautés ciblées d’une capacité plus grande à mettre en œuvre des activités autonomes en réponse aux pénuries de production, ainsi que coordonner plus efficacement et mettre en œuvre les activités d’aide humanitaire gouvernementales et internationales.

Deuxièmement, nous apprenons que dans les zones où des efforts ont été faits pour développer des approches durables - comme le reverdissement des terres, la résolution des problèmes de disponibilité d'eau, l’irrigation goutte à goutte, la définition des limites - les effets néfastes des sécheresses ont été moindres par rapport aux zones où ce genre de travail n'a pas été entrepris.

Mais cela signifie quoi? Cela signifie que nous devrions travailler tous ensemble. Les gouvernements devraient encourager les bonnes politiques qui permettent d'avoir les bons intrants, en particulier les semences résistantes à la sécheresse, ainsi que les politiques qui permettent aux bons services de vulgarisation d’être adoptés et un accès facile – en particulier pour les femmes et les jeunes.

Nous devrions en outre investir pour de meilleures routes pour permettre le transport des aliments des zones de forte production vers les régions déficitaires.

Q: Le FIDA a appuyé des projets pilotes d’agriculture organique, tels que chez les producteurs de cacao à Sao-Tomé, comme un moyen de profiter des marchés plus rémunérateurs. Ces types de marchés – organiques, de commerce équitable – sont-ils en expansion, et offrent-ils une opportunité pour des partenariats public-privé qui profitent vraiment aux petits fermiers?

R: Oui, c'est une très bonne manière de contribuer à la création de richesses pour les petits fermiers ruraux.

Nous avons eu des expériences très réussies à Sao-Tomé, en Sierra Leone, en Ouganda et dans plusieurs autres endroits en Amérique latine, etc.

Mais qu'avons-nous appris? Quels sont les facteurs de réussite afin d'arriver là? Quand je dis "là" je veux dire la situation dans laquelle l'agriculteur obtient le juste prix de son produit, augmente son revenu de manière très respectable et le partenaire, la société privée, est également satisfaite qu'elle se fait de l'argent. Parce que c'est la réalité: il s'agit de gagner de l'argent, mais de manière équitable.

Donc, le premier facteur de succès est que nous devrions penser à long terme. Nous devons travailler avec de vrais professionnels du secteur privé, de vrais partenaires, engagés également au développement, pour les êtres humains seulement. Outre les entreprises et le commerce, il est fondamental que nous ayons besoin d'une certaine approche éthique à ce travail. Donc en bref, nous avons besoin d'un véritable engagement de tout le monde.

Le deuxième facteur de succès est que nous devons travailler à travers des producteurs organisés afin de garantir une masse critique. Permettant d’avoir, premièrement, la taille de la livraison et, deuxièmement, des coûts de traitement et de commercialisation réduits au minimum.

Troisièmement, nous devons nous assurer de la qualité pour avoir un bon accès aux marchés et à de bons prix et nous devons optimiser la logistique pour réduire les coûts encore, ainsi qu'un transfert facile du savoir-faire et des bonnes pratiques.

Q: L'égalité des sexes est une priorité pour le FIDA. Les gouvernements accordent-ils aux femmes, en particulier les jeunes femmes rurales, l'attention et l’appui qu'elles méritent?

R: Je pense que nous avons du chemin à faire dans ce domaine pour le moment. Les politiques changent. Si vous regardez ce qui se passe aujourd'hui en Afrique, les nouvelles constitutions donnent davantage d'espace aux femmes. Vous regardez les gouvernements, vous avez de plus en plus de femmes occupant de hautes fonctions, les femmes occupent également de meilleures positions dans différentes entreprises.

La question pour laquelle je crois qu'il y a encore beaucoup de travail à faire et qui a besoin d'un effort plus grand, c’est vraiment les femmes dans les zones rurales.

Dans la documentation, il y a beaucoup de discussions sur la façon dont nous aidons les femmes, mais quand vous abordez les activités réelles, vous verrez que le service de vulgarisation pour l'agriculture est orienté très fréquemment vers les hommes. Que des questions telles que la terre sont d'abord consacrées aux hommes. Donc, c'est là où nous devons travailler et continuer de soutenir.

Les femmes, notamment en Afrique, sont celles qui produisent de la nourriture, qui traitent et commercialisent les aliments. Les hommes s’occupent des denrées, mais la nourriture est de la responsabilité des femmes. Alors, au FIDA, nous investissons beaucoup dans ce domaine. Les principaux partenaires de nos programmes sont d’abord les femmes et les jeunes femmes aussi. (FIN/2012)

 

 

 

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