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DROITS
Les Israéliens attaquent les Africains vivant dans le pays
Mya Guarnieri

TEL AVIV, 11 juin (IPS) - C'est samedi soir au sud de Tel Aviv, en Israël. Amine Zegata, un réfugié de 36 ans originaire de l'Erythrée rouvre le petit bar qu'il possède dans le quartier de HaTikva de cette ville.

Le pub était fermé après que des Israéliens juifs ont cassé ses fenêtres et les bouteilles qui s’y trouvaient au cours des émeutes raciales survenues il y a deux semaines. Mais Zegata a été agressé à deux reprises depuis ce temps. Les violences contre les réfugiés africains se poursuivent.

Dans la soirée du mercredi 23 mai, des Israéliens juifs s’étaient rassemblés au sud de Tel Aviv pour protester contre la présence des Africains dans leur quartier. Des députés du Knesset (parlement israélien) ont prononcé des discours incendiaires lors de la manifestation.

Miri Regev, un membre du parti Likoud du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a déclaré que les Africains constituent un "cancer" dans le corps d'Israël. Michael Ben Ari du parti de l'extrême droite, Union nationale, a affirmé que les Africains sont des violeurs, et a dit que le "temps des discours est révolu".

Des foules ont répondu à ces discours en chassant et en battant les demandeurs d'asile, vandalisant les magasins appartenant aux Africains, et brisant le pare-brise d'une voiture transportant des Africains.

Zegata dit que les violences "ne sont pas terminées". Après l’avoir agressé deux fois à la suite des émeutes, des Israéliens locaux l’ont prévenu d’arrêter de réparer son bar, et ont menacé de lui fendre la tête.

Les gens du quartier ont déjà brisé la nouvelle devanture vitrée que Zegata a posée pour remplacer celle qui a été cassée. S'adressant à IPS, Zegata déclare qu'il s’inquiète moins pour son entreprise que pour sa sécurité. "La vitre, ce n'est pas un problème", a-t-il indiqué dans un hébreu courant, montrant les fêlures. "S’ils cassent la vitre, je peux la changer, je peux en acheter une nouvelle. Mais la vie, on ne peut pas l’acheter".

Sigal Rozen de l’organisation non gouvernementale (ONG) israélienne 'Hotline for Migrant Workers' affirme qu'il est impossible de savoir combien d'Africains ont été confrontés à l'intimidation et aux agressions après les émeutes raciales. Certains demandeurs d'asile viennent tous les jours à l'organisation avec des plaintes par rapport aux violences, mais Rozen dit que la plupart des réfugiés qui ont été harcelés ou attaqués par des Israéliens juifs ne contactent pas les ONG ou la police pour une aide.

Rozen donne l'exemple d'un réfugié poignardé par des Israéliens juifs au sud de Tel Aviv. Rozen a rencontré l'homme pendant qu’elle visitait le parc Levinsky au sud de Tel Aviv où plusieurs demandeurs d'asile sans abri se rassemblent. L'homme a enlevé sa chemise pour lui montrer des points de suture frais sur le ventre. "Il a dit 'voici ce qu'ils m'ont fait dans le quartier de HaTikva'".

Comme le soulignent Zegata et Rozen, les violences contre les réfugiés africains ne sont pas nouvelles. Quatre mois avant les émeutes raciales, Zegata a été tabassé par un groupe d’Israéliens juifs adolescents. Il a été brièvement hospitalisé.

De nombreuses autres attaques ont eu lieu. Un incident particulièrement brutal est survenu l'année dernière lorsque des filles africaines ont été agressées par un groupe de jeunes juifs israéliens. Les adolescents ont tenu des propos racistes contre ces filles, qui sont nées en Israël de travailleurs migrants nigérians. L'un des assaillants était armé d'un couteau. Une fille avait besoin d'un traitement médical pour ses blessures.

Certains Africains au sud de Tel Aviv déclarent qu'ils sont confrontés au harcèlement constant des habitants israéliens juifs. Zegata a ouvert son bar il y a huit mois, et a des difficultés depuis six mois. Il y a plusieurs mois, il a eu également des problèmes à la maison. Après son retour du travail, tard dans la nuit, quelqu'un a ouvert la fenêtre de son appartement et y a lâché des allumettes en feu.

Abraham Alu est un réfugié de 35 ans originaire du Soudan du Sud qui vend des chaussures plastiques sur une artère piétonne animée dans le quartier de Neve Shaanan. Les gens du coin l'approchent presque tous les jours, lui disant de "rentrer chez lui".

Alu est effrayé et estime que lui et d'autres Africains doivent quitter Israël pour leur propre sécurité. Mais, a-t-il dit, "il n'existe nulle part où aller".

Alu a fui le sud du Soudan quand il avait sept ans après avoir vu des miliciens assassiner sa mère et son père. Il s’est finalement retrouvé en Egypte où les réfugiés ne sont pas autorisés à travailler légalement. En 2005, Alu était l'un des 3.000 demandeurs d'asile africains qui ont passé trois mois campés devant les bureaux du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Caire pour protester contre leur traitement.

Les manifestants ont également demandé au HCR de les aider à aller dans d'autres pays. La police égyptienne a fait échouer la manifestation avec des canons à eau et des matraques, entraînant la mort de plus de 20 Africains, y compris une fillette de quatre ans. Craignant pour sa vie, Alu a pris le chemin d’Israël.

Israël abrite environ 60.000 demandeurs d'asile africains, dont 85 pour cent proviennent de l'Erythrée et du Soudan. Ces hommes, femmes, et enfants bénéficient d’une protection de groupe contre l'expulsion, et Israël donne des visas aux réfugiés. Bien qu'ils restent dans le pays en toute légalité, l’Etat n’autorise pas les réfugiés à travailler. (FIN/2012)

 

 

 

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