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Q&R
Le temps pour un système alimentaire mondial plus durable
Busani Bafana interviewe SAMEER DOSSANI, coordinateur de plaidoyer de 'ActionAid International'

BULAWAYO, 11 juin (IPS) - Il est extrêmement important que les gouvernements et les organisations de la société civile commencent la transition vers un système alimentaire mondial plus viable afin de parvenir à un développement durable.

Le système alimentaire mondial actuel n'est pas viable et ne permet pas aux agriculteurs de vivre dans la dignité, déclare Sameer Dossani, coordinateur de plaidoyer de 'ActionAid International'. Il s’exprimait en prélude à la participation de son organisation au prochain sommet Rio+20, autrement appelé Conférence des Nations Unies sur le développement durable, qui aura lieu du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro, au Brésil.

'ActionAid International' sera l'un des près de 50.000 participants, y compris les directeurs de sociétés et des représentants de la société civile, ainsi que plus de 135 chefs d'Etat et de gouvernement qui seront présents.

"Un système alimentaire mondial durable priorise la maximisation de la production par une dépendance des intrants tels que les engrais chimiques et les pesticides. Quand une agricultrice ne peut pas supporter les coûts liés à ces intrants, elle est mise de côté et sa terre est généralement achetée par des fermiers plus grands ou des entreprises", affirme Dossani.

Il estime qu'une approche plus durable à l'agriculture se focaliserait sur la diversité et les connaissances qui existent déjà, tout en intégrant des coûts faibles, de nouvelles technologies pour améliorer la production.

"ActionAid considère que l'agriculture durable doit être une approche provenant de la reconnaissance du droit humain à l'alimentation. C'est un mode de vie basé sur des systèmes autonomes et agro-écologiques, qui englobent toutes les formes de moyens de subsistance pour les petits fermiers, les ouvriers agricoles, les gens sans terre, les bergers, les éleveurs de bétail, les sociétés de pêcheurs et de chasseurs-cueilleurs", indique-t-il.

Dossani souligne que depuis que l'ONU a adopté l'Agenda 21, un plan d'action pour le développement durable, lors du Sommet de la terre de 1992 à Rio de Janeiro, certains gouvernements ont fait d’importants progrès en freinant les pratiques les moins durables.

Alors que Dossani affirme qu'une évolution vers le développement durable est inévitable, il ajoute que le maintien du statu quo sur ces questions n'est plus une option.

Voici quelques extraits de l’interview qu’il a accordée à IPS:

Q: Le concept de développement durable marche-t-il? Environ 20 ans plus tard, depuis Rio, nous en parlons toujours.

R: C’est vrai que certains acteurs, peut-être en particulier la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), semblent être en train de mettre beaucoup d'argent et de temps dans des processus qui ne vont nulle part. Nous mettrions certainement en cause l'efficacité de ces processus et demanderions à la communauté internationale de se résoudre à aborder ces questions de manière plus rentable.

Cependant, le développement durable et les questions connexes en cours de discussion à Rio sont d'une importance vitale pour les communautés, et le maintien du statu quo n'est pas une option. Une évolution vers le développement durable est inévitable. Que le changement vers la durabilité soit stratégiquement planifié et graduel, ou que ce changement vienne comme la conséquence des crises économiques et des catastrophes climatiques croissantes, c’est une question pour nous tous de décider.

Q: La pauvreté mondiale ne baisse pas, bien au contraire. Sommes-nous réalistes lorsque nous parlons de la nécessité pour la justice sociale et climatique?

R: Nous ne pouvons pas parler d’une réduction significative de la pauvreté sans aborder également la question de la justice. Pour citer Nelson Mandela: "La pauvreté n'est pas un accident". Il y a trop de pauvreté dans le monde, mais il y a aussi beaucoup de richesses dans le monde - plus qu’assez pour s'attaquer à ces problèmes.

Q: Le monde est-il prêt à se passer des pratiques habituelles et aborder les changements climatiques?

R: Le monde doit être prêt. L'alternative est sombre - augmentation de la fréquence et l'intensité des catastrophes naturelles liées au climat, intensification des conflits sur les ressources, incapacité des communautés pauvres à s’offrir des ressources de plus en plus rares et coûteuses, y compris la nourriture, et finalement la menace de perdre des villes et des zones rurales du fait de la montée des niveaux des mers.

Q: Quels progrès avons-nous faits depuis l'adoption de l'Agenda 21?

R: Certains pays européens ont adopté des mesures pour réduire les émissions. Certains grands pays en développement ont pris des dispositions pour s’assurer que les communautés les plus pauvres ont au moins un accès de base aux droits humains élémentaires, y compris le droit à l'alimentation. La 'National Rural Employment Guarantee Act' (Loi nationale sur la garantie d'emploi rural) de l’Inde est un exemple qui vient à l'esprit.

Malheureusement, ni les initiatives de développement, ni les réductions de carbone n’ont fait assez pour assurer que tout le monde peut jouir du droit à mener une vie digne, et que ceux qui sont assez privilégiés pour adopter des modes de vie de la classe moyenne ne le font pas en polluant le monde pour les générations futures.

Malheureusement, il y a eu aussi quelques "faux" progrès, et j'entends par là la promotion de mécanismes qui n’abordent pas les problèmes, mais semblent parfois le faire.

La promotion des biocarburants, par exemple, non seulement ne parvient pas à résoudre le problème des émissions de carbone (la plupart des biocarburants qui sont actuellement utilisés émettent encore de grandes quantités de carbone), mais aussi met les cultures vivrières en concurrence directe avec les cultures utilisées pour le carburant. Cette pratique doit cesser. Comme une première mesure, les pays devraient mettre fin aux subventions et incitations pour les biocarburants. (FIN/2012)

 

 

 

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