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COTE D’IVOIRE
Escalade dans les attaques meurtrières à l’ouest
Fulgence Zamblé

ABIDJAN , 12 juin (IPS) - L’armée ivoirienne, appuyée par des soldats de la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et la force française Licorne, entreprendra à partir de vendredi, des manœuvres militaires d’une semaine dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, afin de sécuriser et de pacifier cette partie du pays.

Cette opération, annoncée par les autorités ivoiriennes, intervient après l’attaque perpétrée le 8 juin, par des inconnus armés à Para, dans l’ouest du pays, ayant occasionné la mort de sept casques bleus nigériens de l’ONUCI, d’un soldat ivoirien, d’une dizaine de civils, et le déplacement de milliers personnes. L’opération bénéficiera également de la collaboration de l’armée libérienne et de la Mission des Nations Unies au Libéria.

«Nous mettons tout en œuvre pour valider le plan des opérations et les troupes à déployer sur le théâtre des opérations à l’ouest. Il faudrait que ces incursions meurtrières cessent», a déclaré fermement, lundi, le chef d’état-major général de l’armée ivoirienne, le général Soumaïla Bakayoko.

Depuis un an environ, la partie ouest de la Côte d’Ivoire est régulièrement le théâtre d’attaques meurtrières. Entre juillet 2011 et juin 2012, cette région a enregistré au moins six attaques qui ont fait, selon les autorités du pays, plus de 40 morts. Pour la première fois, depuis le déploiement des casques bleus de l’ONUCI en 2004 dans ce pays, sept d’entre eux trouvent la mort en opération. Et pendant ce temps, les mouvements de déplacés et de réfugiés reprennent.

"Selon les évaluations, il y a environ 1.000 personnes déplacées. La plupart des déplacés sont actuellement dans des familles d’accueil, mais certains habitants sont toujours réfugiés dans la brousse", a indiqué Anouk Desgroseilliers, responsable de la communication au Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en Côte d’Ivoire.

Elle estime à près de 4.000 les personnes s’étant dirigées vers la brousse et à 35 familles, celles qui ont pu regagner le Libéria voisin.

"C’est la deuxième fois, après la crise postélectorale que je suis obligé de fuir mon village. Nous sommes partis, sans la moindre couverture et des vêtements. Et puis, nous nous préparions aux semis du riz, voilà que nous risquons tout perdre", a raconté à IPS au téléphone, Arsène Goué, 46 ans, planteur à Para.

Goué déclare avoir atteint dimanche la ville de Duékoué en passant par Toulepleu et Guiglo, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, avec ses deux femmes et ses enfants.

Son compagnon de route, Joseph Tia, 63 ans, un enseignant à la retraite, est aussi peiné de prendre la fuite. "C’est difficile. Je ne sais plus s’il faut y retourner. Nous sommes pris entre les problèmes politiques et les problèmes fonciers. Ce qui rend les attaques multiples et multiformes. Alors, il faudrait que les autorités se penchent sérieusement sur ces différentes questions", a souligné Tia à IPS.

Deux jours avant l’attaque de Para, le 6 juin, l’organisation internationale non gouvernementale de défense des droits de l’Homme, 'Human Rights Watch' (HRW), avait prévenu les autorités ivoiriennes sur de nouvelles attaques en préparation dans l’ouest. L’ONG, qui a mis en cause des forces restées fidèles à l’ex-président Laurent Gbagbo, a également accusé ces dernières d’avoir perpétré les précédentes incursions.

"Des militants armés, hostiles au gouvernement ivoirien ont recruté des enfants libériens et ont mené des raids transfrontaliers meurtriers dans des villages ivoiriens, dans lesquels au moins 40 personnes ont été tuées depuis juillet 2011", indique un rapport de HRW.

"Les assaillants sont pour l’essentiel des Libériens et des Ivoiriens qui ont combattu avec les forces de l’ancien président Laurent Gbagbo pendant la crise postélectorale ivoirienne" de décembre 2010 à avril 2011, précise l’organisation basée aux Etats-Unis.

Dans ce rapport, HRW a notamment dénoncé la pratique de la politique de l’autruche par le gouvernement du Libéria, qui n’aurait pas pris de mesures pour enquêter et traduire en justice les dizaines de ressortissants libériens et ivoiriens qui sont entrés au Liberia. Pourtant, ils auraient commis des crimes de guerre pendant la crise ivoirienne, et certains d’entre eux auraient été impliqués dans de récentes attaques.

Après avoir fermé sa frontière, samedi, avec la Côte d’Ivoire, le gouvernement libérien a aussitôt qualifié de sans fondement le rapport publié par HRW. Le porte-parole du gouvernement du Libéria, Lewis Brown, a déclaré sur les antennes de Radio France internationale, captée à Abidjan, que son pays n’a aucun intérêt à menacer ses voisins ou à encourager des attaques.

"Les individus impliqués dans des attaques transfrontalières seront arrêtés et remis aux autorités ivoiriennes", a promis Brown. (FIN/2012)

 

 

 

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