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MAURITANIE
Une coopérative qui contribue à la couverture des besoins en légumes
Mohamed Abderrahmane

NOUAKCHOTT, 13 juin (IPS) - Découragé par le chômage et l’échec d’une expérience dans le commerce, Mohamed Ould Abderrahmane exploite, avec plusieurs amis, une coopérative maraîchère dans la zone périurbaine de Nouakchott, qui produit assez de légumes pour la capitale de la Mauritanie.

Avec un niveau scolaire moyen et ayant bénéficié d’une petite formation sur les techniques de maraîchage, de séchage et conservation de légumes, Abderrahmane crée en 1998, avec sept amis, la coopérative dénommée 'Najah' (qui signifie succès en arabe) pour gagner leur vie par leurs propres efforts. Au nombre de 120 aujourd’hui dans le groupe, ils ont entre 31 et 39 ans.

Recevant le 24 mai la visite de IPS, Abderrahmane vante son expérience et raconte en souriant: «Avec une cotisation d’environ 150 dollars chacun, mes amis et moi avons acheté du matériel horticole, aménagé un terrain concédé à titre de prêt par l’État, construit des réserves en ciment pour le stockage de l’eau et acquis des semences pour le démarrage effectif du maraîchage».

Evaluant son expérience agricole de 14 ans, il déclare à IPS que «le succès est frappant. Regardez, 10 hectares entièrement emblavés, la verdure partout, des plants de légumes et d’arbres fruitiers, des dizaines d’emplois et un gain mensuel d’environ 300 à 500 dollars pour chaque membre de la coopérative», dit-il.

Selon Abderrahmane, la coopérative produit globalement autour de 500 tonnes par trimestre pour l’ensemble des légumes et fruits: carottes, tomates, salades, choux, betteraves, pommes de terre, navets, oignons, radis, mangues, avocats, dattes et bananes.

La coopérative crée 200 emplois directs ou indirects dont certains permanents et d’autres temporaires, affirme-t-il, expliquant qu’ils comprennent des vendeurs de légumes, des chauffeurs ou des charretiers, des vendeurs de plantes fourragères pour la nourriture de bétail, ainsi que des distributeurs de fumier.

Abderrahmane et ses coéquipiers déclarent appliquer des techniques culturales traditionnelles qu’ils ont expérimentées depuis longtemps parce qu’ils refusent d’utiliser des produits chimiques.

«Nous faisons alterner les variétés de légumes sur les plans. Si ce plan reçoit des tomates cette saison, la fois prochaine, il accueillera des salades ou des choux pour garantir la fertilisation du sol», expliquent Mahmoud Ely et Ahmed Salem, deux autres membres de la coopérative.

S’agissant des engrais, Cheikh Ould Ely, membre de la coopérative et président de l’Union des coopératives agricoles de Nouakchott, affirme: «Le fumier de volaille suffisamment dilué s’adapte bien avec les cultures et le sol, c’est pourquoi nous l’achetons assez cher, à sept dollars le sac de 50 kilogrammes».

Le délégué régional du développement rural de Nouakchott, Cheikh Ould Mohamed Mahmoud, explique à IPS que «le maraîchage nécessite une variété d’urée qui permet d’accélérer le cycle végétal des plantes. Le compost de volaille est aussi recommandé à cause de sa forte teneur d’azote, à condition qu’il soit correctement dilué».

Adama Traoré, un autre technicien agricole, indique à IPS que le sol contient du sel et a besoin d’engrais organiques comme le fumier, les crottes d’animaux et autres.

Selon Mahmoud Ely, la coopérative a produit entre septembre et novembre 2011 environ 570 tonnes de légumes. «C’est à cette période qu’il y avait un déficit de légumes et l’Etat a fait appel aux maraîchers pour répondre aux besoins des consommateurs», déclare-t-il, indiquant que cette production représente 27 pourcent des besoins de la population de Nouakchott.

Mais le délégué régional de Nouakchott émet des réserves sur cette estimation. «Je ne pense pas que leur production atteigne ce seuil», dit-il à IPS.

Pour sa part, Salem vante le savoir-faire de leur coopérative, soulignant qu’ils ont «introduit plus tard des plantes étrangères comme l’avocat, le persil et le radis».

Il ajoute, toutefois, que leur coopérative souffre de l’absence de subventions de l’Etat, de la cherté des semences et matériels horticoles, mais aussi de la «concurrence des produits provenant d’Espagne, du Maroc et du Sénégal aux mois de mars, avril et mai».

Traoré affirme à IPS que la qualité de leurs légumes est assez bonne aux plans nutritionnel et sanitaire, indiquant que les membres de la coopérative bénéficient régulièrement d’un recyclage aux techniques culturales comme le repiquage, la fertilisation, l’arrosage...

D’autres membres de la coopérative, Ali Ould Mohamed et Béchir Ould Moktar, se plaignent des ennemis des cultures sur la production: les rats, les pucerons, les mouches et les maladies qui attaquent les choux et les tomates. Pour les combattre, ils utilisent les feuilles de moringa, de nime et de piment. Ces produits naturels, disent-ils, sont accessibles et sans risque.

«Le climat relativement frais et la proximité des services techniques, notamment le Programme de lutte contre la pauvreté rurale par l’appui aux filières (PROLPRAF), favorisent le maraîchage à Nouakchott», souligne Traoré, ajoutant qu’il se pratique aussi dans deux autres grandes villes mauritaniennes: Rosso (sud-ouest du pays) et Nouadhibou (nord-ouest).

Le PROLPRAF, qui est financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) pour 4,170 millions de dollars sur six ans depuis janvier 2011, vise à améliorer le bien-être des populations démunies, en particulier les jeunes et les femmes, indique à IPS, Alioun Demba, responsable de la coopération internationale au ministère du Développement rural. (FIN/2012)

 

 

 

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