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RD CONGO
Le gouvernement refuse de négocier avec les rebelles
Emmanuel Chaco

KINSHASA, 15 juin (IPS) - La crainte de l’extension de la nouvelle rébellion née dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), se fait sentir dans la province Orientale voisine. De nouveaux combats se sont déroulés encore jeudi entre l’armée congolaise et les rebelles.

John Kisingisi, président de l’organisation non gouvernementale 'Paix sans armes', basée en Ituri, a déclaré à IPS qu’il est rapporté «plusieurs désertions d’éléments des Forces armées congolaises (FARDC) - déployées sur place - pour rejoindre la nouvelle rébellion». Mais les autorités congolaises ont démenti ces informations.

Malgré la recrudescence des combats, le gouvernement congolais affirme «ne pas vouloir négocier avec le M23», l’appellation de cette rébellion lancée le 23 mars 2012 par un groupe des FARDC dissidents et qui vient s’ajouter au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), deux mouvements politico-militaires armés qui opèrent dans la même province du Nord-Kivu et dans d’autres provinces de l’est de la RDC.

Un communiqué non daté, signé du lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole de cette rébellion et dont copie est parvenue à IPS, indique que «l’objectif poursuivi par le M23 est de redonner de la valeur à l’accord signé entre le CNDP et le gouvernement de Kinshasa le 23 mars 2009».

Selon ce communiqué, le président Joseph «Kabila n’a pas respecté l’accord de mars 2009 sur la réforme de la sécurité congolaise, la création de la commission militaire mixte devant traiter les questions relatives à l’intégration militaire dans les structures des états-majors, la reconnaissance des grades des hommes des troupes du CNDP, la révision de leurs salaires, l’encadrement des militaire congolais ainsi que l’intégration politique du CNDP».

En effet, l’accord, dont copie est parvenue à IPS, affirme dans son article 10 que «le gouvernement et le CNDP conviennent qu’une réforme profonde de l’armée et des services de sécurité de la RDC constitue une priorité».

Le même accord affirme que «les parties (gouvernement et CNDP) acceptent le principe de la participation du CNDP dans la vie politique de la RDC. Les modalités en seront fixées d’un commun accord».

Selon le colonel Makengo Sutani, membre et haut responsable militaire au sein du M23, «toutes ces dispositions n’ont jamais été respectées par le gouvernement de Kinshasa», qu’il invite «à rejoindre la table de négociations pour la mise en œuvre de l’accord».

Mais, la nouvelle rébellion s’est déclenchée après la désertion du général Bosco Ntaganda accusé de crimes graves et recherché par la Cour pénale internationale, que le gouvernement congolais voulait faire arrêter pour le juger.

De son côté, Lambert Mende Omalanga, ministre congolais de la Communication, des Médias et de l’Initiation à la Nouvelle Citoyenneté, déclare à IPS: «Tous les groupes armés opérant dans la partie-est de la RDC, à savoir les FDLR, le M23 et le CNDP doivent déposer leurs armes et se rendre aux Forces armées congolaises ou à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO), au risque de subir la puissance du feu».

«Le gouvernement n’entend pas négocier avec eux», a-t-il affirmé.

Et Didier Etumba, chef d’état-major général des FARDC, ajoute que «l’armée ne pourra en aucun cas reculer devant l’ennemi. Depuis le mois de mai 2012, elle a systématiquement pris les positions alors occupées par les rebelles. Ce qui a d’ailleurs motivé le gouvernement à suspendre toutes les opérations militaires dans cette partie du pays».

«Moi, je comprends bien l’attitude du gouvernement de ne pas vouloir négocier avec le M23 qui est en fait une machine rwandaise comme les FDLR, le CNDP et d’autres rébellions qui ont sévi dans cette province», affirme Armand Rudahindwa, un habitant du territoire de Rutshuru, principal fief du M23 dans l’est du pays.

«Selon le gouvernement, entre 200 et 300 membres du M23 ont été recrutés et formés à Mudende, au Rwanda, avant d’être déployés ici», dit-il à IPS, ajoutant que «le M23 symbolise une nouvelle agression que les politiciens appellent mutinerie».

Au début de cette semaine, le gouvernement congolais a admis la présence de combattants venus du Rwanda aux côtés des rebelles, mais le ministre Mende n’a pas impliqué le gouvernement rwandais dans leur recrutement, se contentant de dénoncer sa passivité. Pour sa part, le Rwanda rejette toute implication dans cette nouvelle rébellion en RDC.

Rudahindwa estime, toutefois, que «même si elle est justifiée, la position du gouvernement de ne pas vouloir négocier n’apporte aucune solution pour la protection de la population civile, victime de plusieurs violations des droits de l’Homme par des rebelles, pendant que l’armée congolaise est faible et manque d’équipement».

«Le gouvernement doit prendre une position responsable. Il doit venir s’expliquer devant les élus du peuple, notamment à propos d’un nouvel accord qu’il vient de signer, il y a quelques jours, avec le Rwanda, alors que ce pays est accusé d’être impliqué dans la guerre qui sévit au Nord-Kivu», déclare Clément Kanku, député national, membre de l’opposition congolaise.

Selon certaines sources, cet accord fait allusion à une nouvelle opération militaire conjointe entre le Congo et le Rwanda, qui serait en préparation pour traquer la milice des FDLR dans l’est de la RDC. (FIN/2012)

 

 

 

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