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BURKINA FASO
Les sites miniers concurrencent les bancs d’école
Tiego Tiemtoré

OUAGADOUGOU, 25 juin (IPS) - Le visage hagard, les habits rougis et presqu’en lambeaux, Issa Tinto, 15 ans, marche péniblement vers le petit hangar qui sert de restaurant dans le site d’orpaillage de Bompèla, dans le nord du Burkina Faso, à une centaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale.

Malgré son jeune âge, on lui donnerait facilement la vingtaine, tellement son physique a pris un coup. "J’étais en classe de 6ème et au milieu de l’année scolaire (2011-2012), j’ai décidé de suivre trois de mes camarades pour venir ici", confie Issa à IPS, sur un ton innocent.

La situation d'Issa n'est malheureusement pas rare. Ils sont des milliers d’enfants ayant abandonné l’école pour remplir les sites d’orpaillage, devenus légion dans ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest.

Le Burkina Faso est devenu, après l’Afrique du Sud, le Ghana et le Mali, le quatrième pays minier du continent, en l’espace d’une décennie.

"L’or est devenu le premier produit d’exportation du pays avec des recettes d’environ 420 milliards de francs CFA (environ 840 millions de dollars) en 2011", affirme Issa Traoré, un officiel du ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières.

"La production a évolué de 5,4 tonnes en 2008, à 12,5 tonnes en 2009, 23,1 tonnes en 2010 et 32,6 tonnes en 2011. On escompte une production de 40 tonnes en 2012" au Burkina Faso, ajoute Traoré à IPS.

Cette embellie a eu pour corollaire la multiplication des sites d’orpaillage. "Il y a aujourd’hui 691 permis de recherche valides et huit mines d’or, de manganèse, de zinc en exploitation, et plus de 200 sites d’orpaillage dans le pays", explique-t-il.

Sur ces sites, principalement dans les régions du Sahel (nord du pays), du Centre-Nord, du Plateau central (centre), du Sud-Ouest, des Cascades (ouest), et du Centre, on retrouve des enfants dans les chaînes d'exploitation: le creusage, le concassage, le transport, la cuisine, l'approvisionnement en eau, le lavage de minerai, le vannage...

"Ils y subissent l'exploitation physique et économique, et ils n'ont pas de protection, notamment de prise en charge médicale. Comme conséquences, on peut citer les problèmes de santé, la toxicomanie, la délinquance et les déviances de toutes sortes", explique Evelyne Ouédraogo, étudiante en médecine dont le sujet de thèse porte sur la prise en charge médicale des patients issus des sites d’orpaillage.

En quatre mois de présence sur un site, Issa Tinto a pu économiser 15.500 FCFA (31 dollars), qu’il a utilisés pour s’acheter un nouvel habit et a remis à sa mère 8.000 FCFA (16 dollars) pour s’offrir un peu de riz à manger.

De son côté, Stéphane Bationo, 16 ans, arrivé avant Issa sur ce site, a pu acheter, cinq mois après, un vélo à 35.000 FCFA (70 dollars). "J'aimais l'école, mais quand mon père est décédé, il y a deux ans, mon oncle qui avait beaucoup d’enfants, ne pouvait pas assurer mes frais de scolarité", affirme-t-il à IPS.

Un officier de police qui a requis l’anonymat, dénonce l’apathie des pouvoirs publics face à la situation de ces enfants. "Il faut punir les adultes qui les y conduisent, ce sont eux les premiers responsables. La pauvreté doit–elle nous amener à sacrifier l’avenir et la santé de ces gosses?", demande-t-il.

Marc Kohio, inspecteur de l’enseignement primaire, a le même ton véhément. "Il faut interdire strictement l’orpaillage artisanal et encourager l’exploitation industrielle. Des familles disloquées, des écoles abandonnées par les élèves, lycéens et collégiens. Où va-t-on?", interroge-t-il.

Dans la région du Centre-Nord, au cours de cette année scolaire (2011-2012), plus de 3.000 enfants ont abandonné l’école et 15 pour cent d’entre eux sont partis sur des sites d’or, selon les chiffres de l’Association des parents d’élèves.

"Les sites demeurent un pôle d'attraction pour de nombreuses personnes dont des mineurs. Ce n’est pas un lieu pour les enfants, mais vos arguments ne pèseront pas devant la pauvreté des populations", explique Madou Traoré, un sociologue qui mène des recherches sur le travail des enfants.

Au Burkina Faso, où les taux de scolarisation et d'alphabétisation sont respectivement de 72 pour cent et 34 pour cent, selon le ministère de l’Education et de l’Alphabétisation, les autorités, les acteurs de l’éducation commencent à tirer sur la sonnette d’alarme.

"Des efforts sont consentis pour tendre vers l'Education pour tous. Si l’on n’y prend garde, le phénomène risque de tirer, vers le bas, ces chiffres", s’indigne Albert Kaboré, président de Savoir, une ONG locale de promotion de l’éducation.

En attendant, le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale a organisé, en février, une réunion du Conseil national pour la survie, la protection et le développement de l’enfant, dont le thème était "Le travail des enfants dans les mines et carrières au Burkina Faso: état des lieux et perspectives".

Les participants ont recommandé "des actions fortes afin de sortir les enfants des mines et carrières et de les mettre dans des conditions où leurs droits seront respectés". Cette volonté de mettre fin à ce drame conforte des enfants comme Issa et Stéphane qui n’ont jamais souhaité quitter les bancs de l’école.

Le rêve d’Issa est d'avoir plus tard trois enfants et de les envoyer à l'école pour qu'ils deviennent enseignants ou médecins. "Je ne les laisserai jamais travailler dans des mines d'or, comme moi", dit-il à IPS. "C'est très dangereux". (FIN/2012)

 

 

 

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