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MADAGASCAR
Varier l’alimentation pour lutter contre la malnutrition chronique
Alain Rakotondravony

ANTANANARIVO, 4 juil (IPS) - Comme tous les vendredis, les mères et les enfants de Rantolava, un hameau situé dans la commune de Fénérive-Est, à 450 kilomètres au nord-est d’Antananarivo, la capitale malgache, se donnent rendez-vous au centre de nutrition communautaire du village pour apprendre à nourrir leurs enfants.

La journée commence par la traditionnelle séance de pesée qui est suivie d’une démonstration culinaire. L’animatrice du centre apprend aux mères de famille comment préparer de l’igname avec du lait. Ce sera le déjeuner commun de tous les enfants.

La séance se déroulait le vendredi 8 juin sous l’œil attentif de Jean Serge Rambeloson, agent de suivi à l’Office national de nutrition (ONN). L’objectif de cette démonstration culinaire est de donner aux mères des recettes qui les aideront à varier les aliments qu’elles proposent à leurs enfants ou des astuces qui leur apprendront à conserver les aliments», indique Rambeloson à IPS. «On leur apprend par exemple à transformer les produits locaux en farine».

Afin de permettre au village de disposer d’une variété de produits, le Programme national de nutrition communautaire (PNNC), mis en œuvre par l’ONN, a également mis en place un programme de vulgarisation de cultures vivrières. Le programme est financé plusieurs organisations internationales. Le montant du financement s'élève à environ 3,5 millions de dollars par an pour faire fonctionner un peu moins de 6.000 centres dans tout Madagascar.

A Rantolava, le centre de nutrition communautaire dispose d’un lopin de terre où sont cultivés des légumes divers. «Nous plantons des courgettes, des tomates, des choux, du pet’saï (chou chinois), du moringa, de l’igname, de haricot vert», déclare fièrement à IPS, Viviane Vaviaby, responsable du jardin potager du centre.

Un animateur agricole montre aux villageois des techniques pour la culture de ces différents produits alimentaires. «Les gens sont habitués à manger du riz. Il est important qu’ils apprennent à varier leur alimentation et celle de leurs enfants sur la base des produits locaux existants», ajoute Angelo Tiandrazana, coordonnateur régional de l’ONN.

Sur la Grande île où un enfant de moins de cinq ans sur deux est frappé de malnutrition chronique, la diversification de l’alimentation est un élément essentiel du programme national de nutrition.

«La malnutrition chronique n’est pas seulement une malnutrition liée à l’accès à la nourriture, mais à beaucoup d’autres choses, dont l’accès à une variété de nourritures», explique à IPS, Steven Lauwerier, représentant résident du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Madagascar, en marge de la célébration de la Journée nationale de nutrition en juin.

Contrairement à la malnutrition aiguë qui se manifeste par la maigreur de l’enfant, la malnutrition chronique se manifeste par un retard de croissance dont les parents ne se rendent pas toujours compte dans la mesure où beaucoup d’autres enfants du même âge sont également petits. «La malnutrition chronique ne se voit pas, c’est une crise silencieuse», indique Lauwerier. Et selon lui, «Madagascar est l’un des six pays où le taux de malnutrition chronique est l’un des plus élevés au monde».

«La malnutrition chronique est l’un des grands problèmes de développement à Madagascar», affirme Lauwerier. «Lorsqu’un enfant est mal nourri sur une longue durée, son cerveau ne se développe pas correctement. Cela a un impact sur le développement de l’enfant et l’avenir du pays», souligne le représentant de l’UNICEF.

Dr Toky Raharimanana, médecin-chef du Centre de santé de base de Mahambo, une commune voisine de Rantolava, explique à IPS: "Les enfants malnutris sont de petite taille et ils mettront au monde des bébés présentant les mêmes caractéristiques physiques plus tard. Ils sont plus sensibles aux maladies et plus fragiles par rapport aux enfants normaux. A l'école, ils sont moins intelligents et ont un développement cognitif limité".

En plus de l’altération du développement cognitif (lié à la faculté d’acquérir des connaissances), la malnutrition chronique a également des incidences sur l’état de santé des enfants qui en sont atteints. «Les enfants qui souffrent de malnutrition chronique sont plus facilement exposés aux maladies telles que la diarrhée ou le paludisme», ajoute Dr Raharimanana.

Le retard de croissance peut également avoir des conséquences sur la maternité. L’Enquête démographique et de santé de 2008-2009 sur la Grande île indique, par exemple, que les femmes, dont la petite taille résulte d’une malnutrition chronique pendant l’enfance, «courent également des risques de complications pendant la grossesse et surtout pendant l’accouchement».

Toutefois, la diversification de l’alimentation n’est pas la seule solution préconisée pour lutter contre la malnutrition chronique à Madagascar. Selon un document de l’UNICEF, l’accent est également mis sur l’amélioration de l’accès aux soins, la lutte contre les grossesses et les mariages précoces, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, ainsi que sur l’amélioration de la nutrition des adolescents et des femmes, notamment celles qui sont enceintes et qui allaitent.

«La malnutrition chronique étant un problème de pauvreté», les acteurs de la lutte contre la pauvreté et les partenaires de Madagascar font tout ce qu’ils peuvent pour aider à éliminer cette problématique, affirme Lauwerier. (FIN/2012)

 

 

 

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