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ENERGIE
La Banque mondiale approuve la ligne électrique controversée Ethiopie-Kenya
Carey L. Biron

WASHINGTON, 18 juil (IPS) - La Banque mondiale a voté pour approuver le crédit de financement pour une grande ligne de transmission qui relierait le Kenya au barrage controversé de Gilgel Gibe III sur le fleuve Omo, dans le sud de l'Ethiopie.

La banque a donc rejeté les appels lancés depuis des mois par des groupes locaux et internationaux de défense des droits et de protection de l’environnement lui demandant de rester à l'écart du projet.

Pour plusieurs observateurs, cette mesure, annoncée le 12 juillet, est compliquée par le fait que la banque avait déjà refusé elle-même de financer le barrage de Gibe III, invoquant l’absence de transparence. La Banque africaine de développement et la Banque européenne d'investissement s’étaient retirées aussi, bien que le projet avance grâce à l’appui de la Banque industrielle et commerciale de Chine.

"Pour nous, les deux poids deux mesures de la Banque mondiale sont inacceptables", a déclaré à IPS, Ikal Angelei, des Amis du lac Turkana, un groupe de communautés locales qui seraient touchées par le barrage.

"Si le barrage ne répondait pas aux normes au début, comment peuvent-ils financer ce qui est produit par le barrage?", a-t-il demandé, qualifiant la nouvelle du 12 juillet d’un "coup" pour les communautés locales.

D'autres ont accusé la Banque mondiale de fermer les yeux sur des accusations d'abus et de préoccupations pour l'environnement autour de Gibe III afin de pouvoir financer la ligne de transmission, pour laquelle la banque offre 684 millions de dollars.

"Conformément à ses propres politiques de sauvegarde, la banque est tenue d'appliquer ses politiques non seulement à la zone précise, mais aussi aux installations associées", a expliqué à IPS, Jessica Evans, une chercheuse principale à 'Human Rights Watch'.

"Pour ce faire, elle doit mettre en œuvre sa propre et juste diligence pour déterminer les sources d'énergie potentielles et appliquer ses mesures de sauvegarde aux sources d'énergie principales et Gibe III est, selon la banque, l'une des sources d'énergie".

La construction du barrage, qui se fait sur le fleuve Omo et à environ 240 mètres, et qui serait le plus grand barrage d'Afrique, se poursuit depuis 2006, supervisée par une entreprise italienne. Elle est actuellement à moitié achevée et devrait être provisoirement terminée d'ici à 2014, tandis que la ligne de transmission pourrait être prête et opérationnelle d'ici à 2018.

Les avantages de Gibe III, et ses inconvénients

Quand elle sera achevée, cette installation devrait produire environ 1.870 mégawatts d'électricité, augmentant la capacité de production de l'Ethiopie de manière aussi considérable que le pays ne sera pas en mesure d'utiliser toute l'énergie générée.

Cette ligne de transmission nouvellement approuvée de 1.000 kilomètres, alors qu’elle est destinée à couvrir plusieurs projets énergétiques, sera donc une composante essentielle de Gibe III, permettant à l'Ethiopie de vendre de l'électricité à ses voisins, en particulier le Kenya qui a des problèmes énergétiques. Les partisans disent que ce projet fera beaucoup pour amener de l’énergie au coût abordable vers une grande partie des populations, à travers toute l'Afrique de l’est, qui ne disposent pas actuellement de l'électricité.

Pourtant, le projet de Gibe III s'est heurté à une opposition de longue date et largement répandue, y compris même de ceux qui pourraient bénéficier de son électricité. Des critiques ont prévenu qu'une attention insuffisante a été accordée aux craintes relatives aux impacts environnementaux et sociaux du barrage.

En 2011, le parlement kényan a adopté une résolution exhortant le gouvernement à exiger que le projet soit suspendu en attendant une enquête supplémentaire.

La même année, le Comité du patrimoine mondial des Nations Unies a exprimé sa "vive inquiétude" par rapport à l'impact potentiel du barrage sur le lac Turkana, en aval, qui est entouré par des terres protégées en tant que sites du Patrimoine mondial. Le comité a exhorté l'Ethiopie "à cesser immédiatement toute construction sur le barrage de Gibe III".

'Survival International', un groupe de défense des communautés tribales à travers le monde, a averti que l'impact du barrage sur les inondations saisonnières du fleuve Omo menacerait jusqu'à 200.000 personnes en Ethiopie et au Kenya puisque "les économies de subsistance s'effondrent".

Malgré ces inquiétudes, le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, a fait de la construction de Gibe III une affaire de fierté nationale et personnelle, affirmant qu'il verrait le projet achevé "à tout prix".

Un financement compliqué?

Pour être clair, peu d'observateurs reprochent à la Banque mondiale son implication directe dans le déplacement des communautés indigènes, les impacts négatifs sur les écosystèmes fragiles, ou les autres points de critique qui ont été formulés contre la gestion, par le gouvernement éthiopien, de la construction de Gibe III.

La question est plutôt de savoir si la banque peut être vue comme ayant fait preuve d’une juste diligence par rapport à une ligne de transmission qui, à la fin, constituera une composante essentielle de la faisabilité globale d'un projet très controversé.

Le 13 juillet, dans un communiqué collectif, cinq groupes de la société civile internationale ont prévenu que la banque est "en train d’abaisser ses normes" en soutenant le projet de transmission sans d'abord aborder la critique qui entoure Gibe III.

"Le financement de la ligne de transmission envoie un signal à l'Ethiopie selon lequel elle peut ignorer les impacts massifs de la construction de barrages sur ses fleuves, et se faire encore récompenser", a affirmé dans la déclaration, Joshua Klemm, directeur pour l'Afrique de 'Bank Information Centre' (Centre des informations bancaires), une organisation de surveillance de la Banque mondiale basée ici à Washington. (FIN/2012)

 

 

 

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