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SENEGAL
Développer l’agriculture pour réduire la pauvreté et l’émigration
Koffigan E. Adigbli

MATAM, Sénégal, 25 juil (IPS) - Les terres arables du village de Boyinadji, dans la région de Matam (nord du Sénégal), qui sont sous enclos grillagés, sont défrichées par des tracteurs, et les cultures arrosées par des motopompes, grâce à la Société d’intensification de la production agricole (SIPA).

Une visite de IPS en juillet dans ce village où la SIPA a commencé ses activités de développement agricole en 2010, a permis d’observer un tapis herbacé, un réseau d’irrigation par aspersion avec des motopompes. Au milieu des jeunes plants, se trouvent de longs canaux d’irrigation, le tout relié à un forage.

Dans la communauté rurale de Boyinadji, 30 hectares ont été affectés à 150 paysans, qui en plus de la production de maïs, de riz, de l’arachide et de la pastèque - tous destinés à la commercialisation -, pratiquent aussi le maraîchage beaucoup plus pour la consommation.

«Nous avons produit, l’année dernière, huit tonnes de pastèques, 12 tonnes de maïs et seulement trois tonnes d’arachide... La coopérative, après la vente et le remboursement de certains crédits, a pu épargner deux millions de francs CFA (environ 4.000 dollars)», déclare Mamoudou Thiam, gérant de la SIPA.

Selon Thiam, la pastèque a été vendue en 2011 à 60.000 FCFA (environ 120 dollars) la tonne, tandis que le maïs et l’arachide ont été cédés respectivement à 225 FCFA (45 cents US) et à 325 FCFA (65 cents) le kilogramme. Il déclare espérer que la production de 2012 sera meilleure, avec la culture associée de la tomate, du chou, du gombo, du piment et de la laitue.

Selon Thiam, La SIPA de Boyinadji, qui a bénéficié d’un financement de 200 millions de FCFA (400.000 dollars) du gouvernement et des institutions comme la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et le Fonds international de développement agricole (FIDA), a donné l’occasion aux jeunes garçons et jeunes filles - candidats potentiels à l’exode rural et à l’émigration -, de se mettre en coopérative, de travailler et de subvenir à leurs besoins.

«Déjà, le système a permis d’employer des jeunes du village. Deux pompistes, un gérant et un gardien ont ainsi été sélectionnés. Pour l’heure, nous ne pouvons pas leur payer des salaires importants, mais avec 25.000 FCFA (50 dollars), on leur permet de gagner quelque chose. C’est véritablement un programme de lutte contre la pauvreté», affirme-t-il.

Pape Mokhtar Diallo, 24 ans, gardien, explique qu’il a déjà tenté trois fois de se rendre à Libreville au Gabon, mais c’est à Cotonou au Bénin, qu’il a toujours été contraint à rebrousser chemin, et qu’avec la SIPA, il n’y pense plus.

«La SIPA nous aide à gagner notre vie. Avant, j’étais obsédé par l’idée de partir, mais aujourd’hui, je suis gardien de magasin. J’ai 25. 000 FCFA par mois; en plus de ça, je fais partie de la coopérative. Je ne pense même plus partir», dit-il à IPS.

Aïssatou Dia, 25 ans, croisée par IPS dans le champ de la coopérative, avec une houe dans la main, explique qu’à part les activités de la coopérative, elle est responsable d’une autre association agricole féminine dans le village.

«Nous avons formé une association et chaque femme dispose d’une parcelle où on cultive le gombo, le melon et la pastèque pour générer des revenus, améliorer l’état nutritionnel des familles et créer des emplois au niveau local. L’année dernière, après la vente de nos produits, j’ai pu économiser 80.000 FCFA (160 dollars). Pourtant, j’avais cultivé pour la consommation», déclare-t-elle, toute joyeuse.

Même si Abdoulaye Baldé, 38 ans, membre de la coopérative, admet qu’avec le projet de la SIPA, les jeunes arrivent à subvenir à leurs besoins et ne pensent plus à l’exode rural, il estime cependant que la pérennisation du projet dépend des pouvoirs publics qui, selon lui, doivent les aider dans la commercialisation et renforcer la capacité des producteurs dans les techniques de production.

«Nous sommes disposés à travailler la terre. Mais, il faut des mesures d’accompagnement pouvant nous permettre de gagner quelque chose. Aujourd’hui, nous avons besoin de l’électrification du forage afin d’augmenter notre production et mieux coller aux objectifs de la lutte contre l’exode rural», souligne-t-il à IPS.

«Parce que cela nous permettrait d’économiser l’argent que nous utilisons pour l’achat du carburant. Je pense que les forages peuvent être équipés de panneaux solaires. Ce serait aussi une autre révolution, si on nous aidait à renforcer certaines capacités de nos agriculteurs», ajoute Baldé.

Selon Abdoulaye Diakité, point focal de l’Agence nationale du conseil agricole et rural, pour développer l’agriculture à Matam, il est important de faire l’état des lieux pour inventorier les terres aménagées qui sont prêtes à être cultivées, ensuite rechercher les variétés de cultures adaptées. «Ce qui manque au Sénégal, c’est un projet agricole digne de ce nom...avec des missions et des objectifs précis...», affirme-t-il. (FIN/2012)

 

 

 

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