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SWAZILAND
La grève des enseignants ne signifie pas une libération politique
Mantoe Phakathi

MBABANE, 3 août (IPS) - Les Swazis ne devraient pas voir la grève des enseignants en cours dans tout le pays depuis plus d’un mois comme un mouvement capable de renverser le régime politique ici, en dépit du fait que les fonctionnaires et infirmiers/infirmières ont adhéré à ce combat, selon Dr Sikelela Dlamini, un analyste politique.

Depuis le 21 juin, les enseignants dans cette monarchie d'Afrique australe se sont engagés dans une grève illimitée - exigeant une augmentation de 4,5 pour cent des salaires - qui a laissé des milliers d'écoliers dans environ 30 à 50 pour cent des 179 écoles secondaires du pays et 153 écoles primaires sans enseignants.

L’Association nationale des fonctionnaires et du Syndicat des travailleurs assimilés du pays a également adhéré depuis ce temps à la grève, bien que plus de 70 pour cent de ses membres soient au travail, et le Syndicat des infirmiers et infirmières démocrates du Swaziland s’est engagé dans une grève perlée après que le gouvernement a remporté une interdiction au Tribunal du travail du pays dans un procès contre une grève généralisée le 19 juillet.

Alors que les grévistes ont notamment protesté contre la décision du gouvernement de geler tous les salaires des fonctionnaires, le président de l’Association nationale des enseignants du Swaziland (SNAT), Sibongile Mazibuko, a prévenu, à plusieurs reprises, que si le gouvernement refusait d’accorder aux travailleurs 4,5 pour cent d'ajustement du coût de la vie, qui est en dessous du taux d'inflation, "le gouvernement pourrait finir par perdre le pays".

Le taux d'inflation se situe actuellement à 9,43 pour cent, ce qui a fait qu’il est difficile, pour les 63 pour cent des Swazis vivant en dessous du seuil de pauvreté de deux dollars par jour, de mettre de la nourriture sur la table.

Mais Dlamini et d'autres analystes estiment que la lutte pour la démocratie au Swaziland manque d’alliances politiques claires entre les organisations syndicales et politiques.

Dlamini a indiqué à IPS que les Swazis ne devraient pas accorder trop d'importance à la grève des enseignants parce que les travailleurs n'ont pas encore déclaré leur agenda de changement de régime à la table des négociations. En outre, seulement un peu plus de la moitié des 9.000 membres de la SNAT sont en grève.

"Aucune accumulation de protestation totale et de défiance de la part des travailleurs seuls ne suffit pour faire basculer le statu quo sans une orientation politique claire", a souligné Dlamini à IPS.

Alors que les travailleurs sont dans une position stratégique pour contester le régime du roi Mswati III, parce qu'ils peuvent retenir la main-d'œuvre qui alimente l'économie, Dlamini a affirmé que le pays a besoin d'organisations politiques pour négocier et contester le pouvoir.

Les partis politiques sont interdits au Swaziland depuis près de quatre décennies et le gouvernement du roi Mswati III continue d’utiliser les forces de sécurité pour étouffer toute dissidence politique organisée par les syndicats.

Suite à la crise financière qui frappe le pays depuis 2009, après une baisse de 60 pour cent des recettes de l'Union douanière d’Afrique australe, les travailleurs ont commencé à demander un changement politique, de meilleures conditions de travail, et des augmentations salariales en dessous de l'inflation.

Une Enquête des Nations Unies sur l’impact de la crise financière au Swaziland, publiée le 16 mars, indiquait que 21,9 pour cent des ménages interrogés ont connu une diminution des revenus depuis que la crise a commencé en 2009. Et environ sept pour cent des ménages sondés ont admis avoir un membre qui a perdu un emploi, puisque de nombreuses familles ici survivent avec un repas par jour.

Le gouvernement a déclaré qu'il n'y avait pas d'argent pour payer les fonctionnaires, dont les salaires constituent 52 pour cent du budget national. L'année dernière, ce pays à court d'argent a contracté un prêt de 342 millions de dollars auprès de l'Afrique du Sud voisine. Et à l'époque, le Fonds monétaire international conseillait au gouvernement du Swaziland de réduire les salaires des fonctionnaires de 4,5 pour cent et ceux des politiciens de 10 pour cent, afin d’économiser 24 millions de dollars par an.

Toutefois, le gouvernement a refusé d'adhérer aux appels exigeant l'annulation de la Circulaire N°1 controversée, une gazette gouvernementale qui accorde aux politiciens, notamment le Premier ministre, les ministres et les députés, des avantages lucratifs. Le gouvernement continue également de faire des dépenses, et a l'intention d'acheter 800 nouvelles voitures sur cinq ans.

En outre, Mswati, le dernier monarque absolu d'Afrique, qui a 13 femmes, a été également critiqué pour son style de vie somptueux. Le journal sud-africain 'Mail&Guardian' a rapporté le 25 juillet que trois des épouses du monarque partiront bientôt en vacances à Las Vegas, aux Etats-Unis, avec une suite de 66 membres.

"Nous voulons un gouvernement compétitif qui se souciera des personnes ordinaires au lieu de celles qui sont au pouvoir uniquement", a indiqué Mazibuko à IPS.

Le gouvernement a réagi à la grève en coupant d’un tiers les salaires de juillet des enseignants grévistes. Il a dit que cela a été fait parce que la grève est illégale puisque le Tribunal du travail a récemment statué contre cela. Toutefois, les enseignants restent en grève.

Mais Thembinkosi Dlamini, un analyste socio-économique basé en Afrique du Sud, a déclaré à IPS que les organisations de la société civile au Swaziland, en particulier les syndicats des travailleurs, sont faibles et pas très bien coordonnées pour défier le régime.

"L'Etat a également fait des efforts frénétiques pour démanteler toute forme d’effort collectif qui pourrait faire pression sur le système", a souligné Dlamini.

Par exemple, en mars, le gouvernement a enregistré le Congrès des syndicats du Swaziland (TUCOSWA), seulement pour annuler l’enregistrement en avril après avoir déclaré qu'il n'existe aucune loi régissant la fusion des fédérations syndicales dans le pays.

Les syndicats ont estimé que le gouvernement tentait d’affaiblir le mouvement syndical en annulant l’enregistrement du TUCOSWA afin qu'il ne puisse y avoir d'unité parmi les travailleurs, ce qui pourrait les dissuader à protester contre le gouvernement. (FIN/2012)

 

 

 

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