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DROITS
Des Libyens persécutés luttent pour se faire entendre
Mel Frykberg

TRIPOLI, 9 août (IPS) - Des femmes enceintes font de fausses couches pour cause de mauvais traitement en Libye, des détenus originaires principalement d'Afrique subsaharienne sont privés actuellement de nourriture adéquate et d'eau dans ce pays d’Afrique du nord.

En outre, il y a des cellules bourrées de 80 à 100 détenus qui sont soumis à une justice arbitraire de la part des milices libyennes volatiles, des Somaliens politiquement persécutés rapatriés de force à Mogadiscio, et des centaines de personnes voyageant en bateau qui meurent en tentant de fuir la Libye pour une vie meilleure en Europe.

Telles sont les conditions des quelque 80.000 personnes déplacées à l'intérieur (PDI) après la révolution. Parmi les réfugiés, figurent des Libyens ethniquement nettoyés des villes en raison de leur soutien présumé pour l'ancien dictateur Mouammar Kadhafi, et ceux qui ont fui les combats continus entre milices rivales à travers le pays.

Les migrants économiques et en transit, et ceux provenant des pays voisins, qui cherchent l'asile politique, figurent parmi les 80.000 personnes gardées dans les 25 à 30 centres de détention et camps de réfugiés gérés par le gouvernement, les milices, l'armée et la police. Bon nombre de ces centres bénéficient de l'aide d’organisations non gouvernementales libyennes et internationales, mais leurs ressources sont limitées.

Depuis mai seul, 100 boat-people sont morts en tentant la traversée entre la Libye et l’Europe sur des navires surchargés et en mauvais état de navigabilité. Tous les mois, il y a des milliers de réfugiés qui font ce voyage dangereux, parce qu’ils sont tellement désespérés, déclare à IPS, Samuel Cheung, chargé de la protection au Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Tripoli, la capitale libyenne.

Les plus vulnérables sont sur les bateaux, notamment des femmes enceintes et des hommes avec des blessures par balles qui sont incapables de bénéficier d’une attention médicale adéquate, souligne Cheung.

Environ 20.000 des quelque 35.000 habitants de Tawergha - des Libyens noirs qui sont des descendants d’esclaves - déplacés à l’intérieur, dont bon nombre étaient des partisans de Kadhafi, remplissent des camps de réfugiés à Tripoli et Benghazi après qu'ils ont été ethniquement nettoyés à Tawergha et Misrata pendant la révolution.

La ville de Tawergha a été utilisée par Kadhafi comme base pour attaquer Misrata, le bastion des rebelles, situé à 38 kilomètres.

La maison de Nafisa Muhammad est maintenant une chambre exiguë, dégageant une chaleur étouffante dans un bâtiment préfabriqué sur un ancien chantier de construction turque situé sur la route de l'aéroport à Tripoli. Muhammad, 31 ans, une ancienne secrétaire à l’Université de Misrata, a le luxe de posséder la pièce, contrairement à la plupart des 400 autres familles de réfugiés Tawergha déplacées au camp de réfugiés de Fillah, qui sont contraintes de dormir sur des matelas peu épais au sol.

Mon fils d’un an a été tué pendant les combats à Misrata entre rebelles pro-révolution et partisans Tawergha de Kadhafi. Deux de mes frères sont morts dans la guerre, l'un lors des combats. L'autre, qui était un civil, a été enlevé à l'aéroport de Benghazi par des miliciens de Misrata et battu à mort en moins d’une journée après son arrivée dans un centre de détention à Misrata, a indiqué Muhammad à IPS.

Le cousin de Muhammad est mort quand lui et un groupe de combattants pro-Kadhafi ont été immolés après que des rebelles pro-révolution ont rempli d'essence une voiture de pompiers, y ont jeté les hommes puis y ont mis le feu. Des vidéos de cadavres mutilés ont été ensuite envoyées aux membres de la famille. Cela constituait la revanche pour les atrocités présumées commises par les loyalistes de Kadhafi contre les civils de Misrata pendant le siège de la ville.

Hannah Jaballah, 25 ans, voisine de Muhammad, a fui avec son mari et ses deux petites filles de Misrata au cours des combats. Ses filles passent maintenant leurs journées à jouer parmi les ordures et le gravillon balayé par le vent qui entoure les rangées de dortoirs préfabriqués qui envahissent le camp de Fillah.

Il y a un mois, son mari a été enlevé par des miliciens de Misrata au centre-ville de Tripoli pendant qu’il faisait une course à la banque.

J'ai rendu visite à mon mari il y a un mois dans un centre de détention à Misrata. Il avait une épaule cassée et avait été battu, et je ne sais pas quand ils le libèreront, déclare Jaballah à IPS.

Muftah est le coordinateur des PDI du camp de Fillah. Il n’a pas donné son nom pour des raisons de sécurité. Lui aussi a fui Tawergha pendant la guerre, mais craint maintenant de quitter le camp de peur d'être enlevé par des miliciens de Misrata qui descendent régulièrement dans les camps et enlèvent les jeunes hommes, dont bon nombre ne sont jamais revus.

Bien que nous soyons libres de quitter les camps, la plupart des jeunes hommes ne le font pas. Nous comptons sur les femmes pour apporter de la nourriture et d’autres nécessités dans le camp, explique Muftah à IPS.

Cheung dit que parmi les PDI de la Libye, figurent également des gens qui ont fui leurs villes natales en raison de la poursuite des combats entre milices rivales. Certaines des sources du conflit remontent à des tensions au cours de l'ère Kadhafi, avec une partie des violences tournant autour des conflits fonciers tribaux, qui sont maintenant devenus des points de tension après la guerre. (FIN/2012)

 

 

 

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