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COTE D’IVOIRE
Identifier et poursuivre en justice les auteurs des crimes postélectoraux
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 11 août (IPS) - Les organisations ivoiriennes de défense des droits humains et les Nations Unies plaident pour l’identification des auteurs des violences postélectorales de 2010-2011 en Côte d’Ivoire en vue de les poursuivre en justice à la suite du rapport de la Commission nationale d'enquête.

Au lendemain de la publication, le 8 août, du rapport de la Commission nationale d'enquête sur les violences postélectorales, ces organisations et la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) estiment que la véritable réconciliation dans le pays repose sur la justice, après les graves crimes commis.

Selon le rapport de la Commission nationale, dont les enquêtes ont couvert la période du 30 octobre 2010 au 15 mai 2011, sur 15.875 personnes auditionnées, 13.344 se sont révélées être des victimes ou leurs proches. Elles ont perdu un des leurs, ou ont été enlevées, torturées ou ont subi d’importants sévices corporels.

Le rapport indique que sur 3.248 personnes tuées pendant la période, 1.452 meurtres ont été commis par «les forces pro-Gbagbo», dont 1.009 exécutions sommaires, indique le rapport qui épingle aussi les groupes d’autodéfense ou miliciens pro-Gbagbo. Ils seraient auteurs de la mort de 57 personnes.

En outre, 727 personnes ont été assassinées par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, pro-Ouattara à l’époque) dont 545 exécutions sommaires. Et 200 autres personnes ont été tuées par les chasseurs traditionnels dozos (supplétifs des FRCI), ajoute le rapport.

A tout cela, s’ajoutent 8.141 cas d’atteintes à l’intégrité physique, 345 cas de torture, 194 viols, 265 disparitions forcées et 260 cas de détention arbitraire.

"En raison du fait que certains corps de victimes n’ont pu être identifiés, nous pouvons avancer que ces chiffres sont en-deçà de la réalité", souligne à IPS, Paulette Badjo, présidente de la Commission nationale d’enquête. "Par ailleurs, de nombreuses victimes ont souhaité que les crimes ne restent pas impunis".

"La publication du rapport est en soi un premier pas vers la lutte contre l’impunité. Désormais, le président Alassane Ouattara a de la matière pour agir contre tous ceux qui seront formellement épinglés dans le rapport. C’est au prix de cette justice qu’il y aura la réconciliation", estime Yacouba Doumbia, président par intérim du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), une ONG basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

Cet avis est partagé par René Hokou Legré, président de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO), également basée à Abidjan. "Nous sommes satisfaits qu’une enquête ait été menée et que les résultats soient publiés. Maintenant, il faut en tirer les conséquences, c'est-à-dire identifier les auteurs et les poursuivre devant les juridictions nationales ou internationales", dit-il à IPS.

"Si ce n’est pas pour cela, cette enquête n’aura servi rien. Il faut qu’on arrive à sanctionner les coupables de tous les bords. Cela y va de la crédibilité de la justice et du processus de réconciliation en cours. C’est l’occasion de montrer que cette justice n’est pas aux ordres", soutient-il.

Pour sa part, l’ONUCI a salué le fait que la Commission nationale d’enquête sur les crimes postélectoraux de 2010-2011 ait pu réaliser et rendre son travail. Cependant, elle estime qu’il est important que ce rapport ait des suites et qu’une action soit faite à partir de ce document.

A cet effet, le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, qui recevait le rapport, l’a aussitôt remis à son Premier ministre et ministre de la Justice Jeannot Ahoussou-Kouadio, avec la consigne ferme que la justice engage des poursuites contre les auteurs des crimes postélectoraux.

Joint par IPS, le ministère de la Justice n’a pas souhaité faire de commentaire sur le rapport, ni annoncer de poursuites judiciaires immédiates contre des personnes présumées auteurs des crimes.

"Nous sommes à un tournant décisif pour le pouvoir en place", estime Adama Konaté, enseignant de philosophie dans un établissement privé à Abidjan. "Si des poursuites sont engagées et qu’elles concernent seulement un camp, notamment celui des Pro-Gbagbo, comme nous avons a pris l’habitude de voir, ce serait sans intérêt". Ce sont les poursuites contre des proches du président Ouattara qui sont très attendues par l’opinion publique, indique-t-il à IPS.

Le Front populaire ivoirien (FPI), le parti de l’ancien président Laurent Gbagbo, a réagi samedi et rejeté les conclusions du rapport, dénonçant la "justice des vainqueurs en cours dans le pays".

"Les forces qu’il avait mises en place (FRCI), ainsi que leurs soutiens, les dozos, ont commis des crimes, comme l’a dit le rapport. Alors, il faudrait que les responsables des violences, dans la chaîne de commandement, répondent de leurs actes devant la justice, au nom de la paix et de la réconciliation dans le pays", souligne Konaté. (FIN/2012)

 

 

 

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