Q&R La durabilité est désormais une question de vie ou de mort Busani Bafana interviewe JULIA MARTON-LEFEVRE, directrice générale de l'Union internationale pour la conservation de la nature BULAWAYO, Zimbabwe, 11 août (IPS) - L'humanité vit au-dessus de ses moyens avec une demande croissante de nourriture, de médicaments et d’autres produits basés sur la nature, faisant de la consommation et de la préservation durables une question de vie ou de mort.
Cette affirmation a été faite par le plus ancien et plus vaste réseau mondial de protection de l'environnement, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
L'UICN déclare que malgré la priorité mise sur les efforts visant à stopper l'extinction des espèces végétales et animales dans le monde, la bataille est loin d'être gagnée.
"Nous devons faire davantage de préservation – qui fonctionne - et l’intensifier, et au même moment, nous devons changer nos habitudes de production et de consommation pour les rendre plus durables", a indiqué à IPS, Julia Marton-Lefèvre, directrice générale de l'UICN depuis la Suisse.
A la veille de la Conférence des Nations Unies pour le développement durable au Brésil, en juin, l'UICN a publié sa dernière mise à jour de la Liste rouge des espèces menacées.
La Liste rouge - un baromètre mondial de la santé de la biodiversité de la planète - indiquait que des 63.837 espèces évaluées, 19.817 sont menacées d'extinction. Les écosystèmes d'eau douce sont en particulier sous la pression de la population humaine croissante et de l'exploitation des ressources en eau. En outre, des pratiques de pêche peu durables et la destruction de leur habitat par la pollution et la construction de barrages menacent les poissons d'eau douce.
Selon l'UICN, un quart de la pêche continentale dans le monde se fait sur le continent africain et 27 pour cent des poissons d'eau douce en Afrique sont menacés, y compris le tilapia (Oreochromis karongae), une source importante de nourriture dans le lac Malawi qui a été surpêchée.
Marton-Lefèvre a affirmé au reporter d’IPS Busani Bafana, en prélude au Congrès mondial de l'UICN qui se tiendra à Jeju, en Corée du Sud du 6 au 15 septembre, qu'un avenir durable ne peut être atteint sans la préservation de la diversité biologique.
Voici quelques extraits de l’interview:
Q: Dans son Plan stratégique 2020 pour la biodiversité, l'UICN a défini un certain nombre d’objectifs, et l’objectif 12 vise à ce que d'ici à 2020, l'extinction des espèces menacées connues ait été empêchée et que leur état de préservation, en particulier de celles qui sont le plus en voie de disparition, s'améliore et soit soutenu. Etes-vous en ligne avec ce plan stratégique pour stopper l'extinction?
R: Malheureusement, pour l’instant la réponse est "non". C'est pourquoi nous avons fait de cet objectif notre priorité absolue à l'UICN. Cela ne veut pas dire que nous n'avons pas eu des exemples inspirant la réussite de la préservation. Par exemple, grâce à notre SOS ou initiative Sauvons nos espèces, l'UICN et ses partenaires ont déjà aidé à la préservation de près de 100 espèces menacées dans plus de 30 pays. Nous connaissons ces travaux de conservation, mais nous avons besoin de ressources beaucoup plus importantes si nous voulons inverser la crise d'extinction actuelle.
Q: A la lumière du dernier rapport sur la Liste rouge, publié en juin 2012, qui montre qu'un grand nombre d'espèces sont menacées d'extinction, diriez-vous que nous avons atteint un point de basculement?
R: En effet, la dernière mise à jour de la Liste rouge de l'UICN dresse un tableau sombre: un corail sur trois, un mammifère sur quatre et deux amphibiens sur cinq sont menacés d'extinction.
Par ailleurs, une récente étude novatrice a constaté que nous avons dépassé trois des neuf des soi-disant "frontières planétaires" qui définissent un "espace d'opération sûr" pour l'humanité, y compris la perte de la biodiversité.
Aujourd'hui, nous tendons dangereusement vers ces "points de non retour", mais il est très difficile de prédire avec précision quand un point de basculement est atteint jusqu'à ce qu'il se produise réellement. Par exemple, l'effondrement de la pêche de la morue au nord de l'Atlantique s'est produit dans les années 1970 alors que ses impacts sont ressentis encore aujourd'hui.
Q: Qu'est-ce qui doit changer? Nos habitudes de consommation ou nos efforts de préservation?
R: Nous avons certainement besoin des deux. Nous devons faire davantage de préservation – qui fonctionne - et l’intensifier, et au même moment, nous devons changer nos habitudes de production et de consommation pour les rendre plus durables.
La demande des consommateurs pour des produits basés sur la nature – pour la nourriture, les médicaments, les vêtements - a émergé comme une menace majeure pour plusieurs espèces qui n'avaient pas été touchées par la perte de leur habitat ou les changements climatiques jusque-là. La nature ne peut tout simplement pas être au pas avec notre appétit insatiable pour tout, des matières premières aux animaux vivants - et nous devons changer cela.
Q: Pensez-vous qu'il y a aujourd’hui une volonté politique plus grande de stopper l'extinction des espèces plus qu’il y a, disons, 20 ans?
R: Il y a 20 ans, lors du Sommet de la Terre à Rio (Conférence des Nations Unies pour le développement durable), les dirigeants du monde avaient signé la Convention sur la diversité biologique existante. Aujourd'hui, c’est l'un des traités mondiaux les plus largement ratifiés. Il est difficile de comparer les niveaux d'engagement d’alors et de maintenant, mais une chose est sûre: la volonté politique qu’il faut aujourd'hui est beaucoup plus grande en raison de l'ampleur du problème.
(FIN/2012)
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