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KENYA
Une chasse douteuse contre les islamistes
Abdurrahman Warsameh

MOGADISCIO, 22 oct (IPS) - Une avancée de l’armée kényane en territoire somalien pour repousser les militants islamiques a enregistré un certain succès militaire mesuré - mais n'est pas sans controverse.

La prise par les troupes kényanes et les forces alliées à la fin-septembre de la ville portuaire de Kismayo - dans le sud de la Somalie - contrôlée par les islamistes, avait été à l’étude pendant presque un an depuis le lancement de l'opération 'Linda Nchi' (Protéger le pays) par le Kenya.

Des centaines de soldats réguliers de l'armée kényane, soutenus par une milice clanique locale appelée la Brigade Ras Kamboni originaire du sud de la Somalie et du nord-est du Kenya, ont uni leurs forces pour envahir les défenses de front des militants d'Al Shabaab, suite à des mois de progrès lent après que les forces kényanes ont franchi la frontière entre les deux pays en octobre 2011.

L’intervention 'Linda Nchi' du Kenya en Somalie est en proie à la controverse depuis son lancement le 16 octobre 2011. L'objectif déclaré de l'entrée du Kenya dans ce pays de la Corne de l'Afrique ravagé par la guerre était la poursuite des militants d'Al-Shabaab accusés de créer l'insécurité au Kenya à travers la frontière.

Ce groupe islamiste radical est soupçonné d'être derrière l'enlèvement des travailleurs humanitaires et des touristes étrangers, ainsi qu’un certain nombre d'attentats à la bombe dans des zones frontalières.

Le Kenya serait en train de faire pression pour que la région située dans le sud de la Somalie appelée Azania ou Jubaland - où Kismayo est la ville principale - bénéficie du statut d'un Etat autonome, pour servir de zone tampon entre le Kenya et le chaos en Somalie.

Ce plan vise à installer une administration en collaboration avec un clan local qui habite à la fois les régions frontalières du nord-est du Kenya et les provinces australes de la Somalie, à l'exclusion ou avec la participation mineure d'autres clans qui forment la majorité des habitants des provinces.

Hassan Mudei, directeur adjoint du Centre Al Shahid pour la recherche et les études sur les médias à Mogadiscio, affirme qu'il croit que le projet kényan pourrait échouer si les sensibilités locales ne sont pas prises en considération.

"Tout dépendra de la façon dont les sensibilités locales et les différences claniques entre les habitants des régions sont reconnues et respectées. Mais si les troupes kényanes sont considérées comme des forces d'occupation, je crois qu'elles ne gagneront jamais la confiance de la population locale, et le projet serait voué à l’échec", a déclaré Mudei à IPS à Mogadiscio.

Il a dit que le Kenya et d'autres pouvoirs qui sont dans la région devraient donner aux habitants locaux une liberté d’action pour développer une formule pour le partage du pouvoir, au lieu de laisser un seul clan allié à eux pour tenter de dominer Jubaland - une démarche qui, selon l'analyste somalien, aurait l’effet contraire.

Le gouvernement somalien, qui dispose d’un petit nombre de troupes entraînées par les forces kényanes dans les régions sud situées le long de la frontière, a exprimé, à plusieurs reprises, son opposition au projet Jubaland, indiquant qu'il a le droit souverain de décider de la gouvernance des provinces du sud, riches en ressources.

Le Kenya parraine actuellement des négociations à Nairobi, la capitale, avec des dirigeants d'une milice pro-kényane et de Jubaland. Le Kenya affirme que ces négociations visent à former une administration pour la région, mais le gouvernement somalien a été écarté en raison de sa désapprobation de l'initiative kényane.

"Nous avons maintes fois exprimé notre mécontentement au processus politique conduit par le Kenya pour les régions du sud de la Somalie, qui se déroule maintenant à Nairobi", indiqué à IPS à Mogadiscio, Ahmed Jama, un membre du parlement somalien.

"Bien sûr, nous saluons le rôle joué par le Kenya pour aider l'Armée nationale somalienne (SNA) à libérer le pays des forces militantes, mais pour les questions politiques concernant Kismayo, c'est seulement au gouvernement somalien de les traiter - et ce n'est pas ce que nous voyons maintenant", a-t-il dit.

Mais le porte-parole des Forces de défense du Kenya (KDF), le major Emanuel Chirchir, a qualifié de "non fondées" les déclarations selon lesquelles les militaires sont en train d’aider afin de soutenir la création d’un mini-Etat autonome à Jubaland.

Chirchir a déclaré à IPS que l’objectif des KDF sous la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), c’est simplement de renforcer la stabilité dans la région, et qu'elles n’ont pas un programme politique ou d'occupation.

"Ces allégations ne sont que des rumeurs", a affirmé Chirchir. "Notre mandat sous l'AMISOM est clair, et cette mission est en train de ramener la paix et la normalité en Somalie, et non de diviser le peuple somalien sur des lignes claniques".

Chirchir a ajouté qu’à la fin du mandat des KDF, il reviendra aux Somaliens eux-mêmes, avec l'aide des organismes régionaux, notamment l'Union africaine et l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), de tracer la voie à suivre sur la façon de se gouverner.

Cependant, il a ajouté que les KDF s'efforceraient de ramener la stabilité dans la Corne de l'Afrique, quels que soient les moyens que cela nécessiterait.

*Avec un reportage supplémentaire de Brian Ngugi à Nairobi. (FIN/2012)

 

 

 

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