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COTE D’IVOIRE
Des femmes ont-elles peur de cogérer le foyer?
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 11 déc (IPS) - Après 17 ans de lutte des femmes pour la parité homme-femme au foyer, le parlement ivoirien a finalement adopté, en novembre, une loi qui établit l’égalité au sein des couples légalement mariés. Mais elle ne satisfait pas tout le monde, même parmi les femmes.

Ainsi, la loi suscite la colère et une polémique au sein de l’opinion en Côte d’Ivoire, provoquant la peur chez certaines femmes d’assumer la cogestion du foyer.

Selon la loi adoptée le 21 novembre, la famille est désormais gérée conjointement par l’homme et la femme. Ils assument ensemble la direction morale et matérielle de la famille. L’ancienne loi indiquait que l’homme était l’unique chef de la famille.

La nouvelle loi dispose également que les époux contribuent aux charges du ménage à proportion de leurs capacités. Le conjoint, qui ne s'y conforme pas, peut y être contraint par la justice.

"Cette loi ne me concerne pas. Elle est contraire à ce qui se fait dans ma tradition", déclare sèchement Sandrine Ebin, secrétaire de direction à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Mariée, elle est originaire de l’est de ce pays d’Afrique de l’ouest.

"Dans notre coutume, c’est l’homme qui épouse la femme et l’emmène dans son domicile; et elle est soumise à son mari. Demander aujourd’hui que nous soyons égaux au foyer, heurte nos mœurs. Chez moi, le chef restera mon époux", ajoute-t-elle à IPS.

Son opinion est partagée par Mariam Tiené, commerçante à Abidjan, originaire du nord du pays. "Déjà que nous sommes trois coépouses issues d’un mariage coutumier, chacune se bat pour bénéficier d’un mariage civil. Avec une telle loi, si je dois revendiquer un nouveau statut, il est sûr que je serai répudiée. Or, je n’en ai pas envie", dit-elle à IPS.

"Je n’en veux pas aux femmes qui sont contre la loi. Pour beaucoup d’entre elles, il est commode d’aller au mariage et de se faire entretenir (par l’homme). Il y a une catégorie qui se complaît dans cette situation", affirme Constance Yaï, ancienne ministre, porte-flambeau de la lutte pour l’émancipation de la femme en Côte d’Ivoire, au milieu des années 1990. "Franchement, je ne me battrai pas pour elles", assure-t-elle.

Au parlement, le projet de loi avait été l’objet d’une discorde entre le parti au pouvoir du président Alassane Ouattara, le Rassemblement des républicains (RDR) et celui de son allié Henri Konan Bédié, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Un amendement du PDCI qui voulait maintenir l’homme comme l’unique chef de famille, avait conduit à la dissolution du gouvernement le 14 novembre 2012. Il a été reformé au lendemain de l’adoption de la loi sur le mariage après le retrait de l’amendement.

"Faire disparaître la notion de chef du Code de la famille ce n’est pas forcément faire émerger les droits de la femme. Il est bon de rappeler que toute notre civilisation entière s’est construite autour d’un chef à respecter", a déclaré la députée Yasmina Ouégnin, trois jours après l’adoption de la loi pour laquelle elle a voté non.

Hervé Yaoua, ingénieur de travaux publics à Abidjan, se montre compréhensif. "Ce qui est exigé par la loi est une cogestion de la famille. Lorsqu’on dit que l’homme et la femme doivent former un, c’est que la femme a les capacités d’assurer la charge dans un couple. C’est ce qui a été formalisé", souligne-t-il.

Son épouse Edwige Yaoua ajoute qu’une cogestion morale a toujours existé et que c’est le volet financier qui préoccupe. "Des femmes ne veulent pas participer aux dépenses. C’est tout!", affirme-elle à IPS.

"L’islam ne permet pas à la femme de cogérer le foyer avec l’homme. C’est l’homme qui est l’unique chef et il le demeure ainsi. C’est la loi divine qui le dit et ce n’est pas l’être humain qui va changer cela", tranche El Hadj Ibrahim Diarra, imam d'une mosquée d’Agboville (sud du pays).

Maxime Zoh, pasteur à l’église protestante d’Adjamé (centre d’Abidjan), est aussi formel. "Même en absence de l’homme, la femme assure, mais ne devient pas chef de famille. C’est à l’homme que Dieu a confié le foyer, mais pas aux deux".

Avocate à Abidjan, Simone Assa se dit inquiète et plaide pour la sensibilisation. "Il faudrait que la loi soit bien expliquée et comprise car elle peut être source de déséquilibre familial", prévient-elle. "Dans le fond de la loi, il n’y a rien que de contraignant; il y a des dispositions prises dans l’intérêt de la famille", dit-elle à IPS.

Anne Désirée Ouloto, la ministre de la Solidarité, de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, donne sa vision: "Avec la nouvelle loi, la femme n’est plus une simple aide du mari dans la gestion du ménage. Elle n’attendra pas que le mari soit absent ou empêché pour le remplacer. La gestion conjointe est source d’équilibre dans le couple". (FIN/2012)

 

 

 

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