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MAGHREB
Les rêves d'une 'utopie verte' s’évaporent
Analyse de Julio Godoy

BERLIN , 19 déc (IPS) - Lorsque l’Initiative industrielle Desertec (DII), une alliance de 21 grandes entreprises européennes, avait d’abord envisagé d’installer un réseau de centrales solaires thermiques, photovoltaïques et éoliennes dans la région du Maghreb, en Afrique du nord pour générer de l’énergie électrique, le projet avait été accueilli comme une 'utopie verte'.

Attendu pour générer 100 gigawatts d'ici à 2050, le projet exigeait un investissement de 400 milliards d'euros.

Dans une étude publiée l'été dernier, Desertec avait prévu qu’un système d'alimentation intégré pour l'Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du nord, permettrait à l'Europe d’atteindre son objectif de réduction des émissions du dioxyde de carbone (CO2) de 95 pour cent dans le secteur énergétique en important 20 pour cent de son électricité du Maghreb, tout en économisant 33 milliards d’euros par an.

Pendant ce temps, le projet permettrait au Moyen-Orient et aux pays d'Afrique du nord de satisfaire leurs propres besoins en énergie électrique en utilisant les nombreuses ressources solaires et éoliennes dans la région, et d'atteindre 50 pour cent de réductions de CO2 dans le secteur énergétique, malgré une augmentation massive de la demande.

La région bénéficierait d’environ 63 milliards d'euros par an, d'une industrie d’exportation.

Maintenant, trois ans après l'annonce du projet, le rêve Desertec n’est pas près d’être réalisé, et l'euphorie a cédé place à des critiques acerbes allant des accusations d'incompétence à des lacunes dans la gouvernance des entreprises.

Le projet a été surnommé "tec désespéré" par des membres internes du personnel mécontent de sa tournure.

Un potentiel énorme

Dans le soi-disant Livre blanc sur le projet, la DII a affirmé: "Le potentiel économique à long terme des énergies renouvelables de l’EUMENA (Europe, Moyen-Orient et Afrique du nord) est beaucoup plus important que la demande actuelle, et le potentiel de l'énergie solaire les écrase tous".

Se basant sur les chiffres des instituts allemands de recherche et le Club de Rome, le rapport estime que "Chaque année, environ 250 gigawatts d'électricité peuvent provenir de chaque kilomètre carré (km²) de terres désertiques, en utilisant la technologie de concentration solaire thermique".

En effet, chaque km2 de terre de la région MENA "reçoit une quantité d'énergie solaire équivalente de 1,5 million de barils de pétrole brut. Un champ de concentration de capteur solaire avec la taille du lac Nasser en Egypte (Asswan), d'environ 6.000 km2, pourrait produire une énergie équivalant à la production actuelle de pétrole au Moyen-Orient".

Le Maroc, qui abritera le projet pilote, s’est notamment intéressé à sa concrétisation, puisqu’il aura un impact énorme sur l'économie locale, eu égard en particulier à la création d'emplois dans le secteur des énergies renouvelables.

En 2009, des 'réseaux verts' étaient créés dans plusieurs villes du royaume, notamment à Casablanca. Etant composés de petites entreprises dirigées par de jeunes professionnels, ces réseaux ont été conçus pour créer l'infrastructure nécessaire pour le projet.

"Nous avons créé des entreprises, nous avons reçu des formations, mais en réalité, rien ne se passe encore", a déclaré à IPS, Abdellah Benjdi, l'un des jeunes chefs d'entreprise.

Les citoyens ordinaires qui souffrent des factures d'électricité astronomiques au Maroc, attendent avec impatience la soi-disant 'utopie verte'.

Mais tout laisse croire que leur patience ne sera pas récompensée.

Obstacles sans fin

Des experts ont d'abord reçu la confirmation des difficultés de Desertec, le 7 novembre à Berlin, lors de la présentation officielle des premières centrales solaires thermiques, photovoltaïques et éoliennes devant être installées à Ouarzazate, dans la province du sud-centre du Maroc, qui étaient prévues pour fournir de l’électricité d’ici à 2014.

Bien que des plans de construction soient techniquement scellés, ils dépendent encore de l'approbation espagnole – l’Espagne étant le principal partenaire du projet - pour autoriser le transfert, en Europe, de l’énergie électrique produite sur le site.

Le gouvernement espagnol, secoué par une grave récession économique, a été jusqu'ici incapable de confirmer son soutien au projet, une situation qui n’est pas près de changer, étant donné que l'Espagne est un exportateur net d’électricité au Maroc et ne voudrait pas voir cette tendance inversée par la réussite de la mise en œuvre du projet pilote de Ouarzazate, affirment les experts.

L'alliance DII est composée principalement de 'German Deutsche Bank', ainsi que de l'agent de transmission espagnol et de l’exploitant de réseau, 'TSO Red Eléctrica'.

"L'analyse de rentabilisation du Projet de référence Desertec, préparée par (nous) et l'Agence marocaine solaire Masen, a été amplement discutée au cours des deux dernières années avec des entreprises espagnoles, le 'TSO Red Eléctrica' et la Commission européenne, et déclarée faisable", a indiqué Paul van Son, le directeur général de la DII, pendant la présentation à Berlin.

Le premier projet au Maroc dirigé par le géant allemand de l'énergie RWE comprendrait une capacité de production de 100 mégawatts d'énergie photovoltaïque et éolienne.

Un deuxième projet, utilisant des centrales solaires thermiques et supervisé par 'ACWA Power International' d’Arabie Saoudite, aura une capacité installée de 160 mégawatts.

Les deux usines devraient être fonctionnelles d'ici à 2014.

Van Son a confirmé que "Des investisseurs ont été trouvés, les subventions initiales sont disponibles, et l'industrie veut s’engager". Mais l'Espagne a refusé d'envoyer des représentants à la présentation à Berlin, et n’a pas signé jusqu'ici le projet du Maroc.

Van Son est convaincu que "les autres partenaires impliqués dans cette négociation, du Maroc et de l'Union européenne, seront capables de convaincre l'Espagne", puisque le gouvernement espagnol aussi entend bénéficier du projet.

Manque de coordination

Mais le refus de l'Espagne n'est qu'un exemple des obstacles majeurs de coordination politique, technique et financière auxquels le projet doit faire face.

Une autre indication de ces difficultés est survenue à la fin-octobre, lorsque le géant allemand de l'électronique, Siemens, avait annoncé son retrait de l'alliance, bien qu’il ait été un membre fondateur de la DII en 2009.

Ce geste a largement été interprété comme la preuve de l’échec du projet Desertec.

Selon Friedrich Fuehr, membre fondateur du conseil d'administration de la Fondation Desertec, la DII "est en train de suivre une mauvaise stratégie".

* Abderrahim El Ouali a contribué à ce reportage depuis Casablanca. (FIN/2012)

 

 

 

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