Inter Press Service News Agency
21:36 GMT    
   Accueil
   Afrique Australe
   Afrique Centrale
   Afrique de l'Est
   Afrique
            de l'Ouest
   Droits de
            l'homme
   Développement
   Environnement
   Population
   Santé
   Education
   Finance
   Politique
   Energie
   Culture
 
 
   ENGLISH
   ESPAÑOL
   FRANÇAIS
   ARABIC
   DEUTSCH
   ITALIANO
   JAPANESE
   NEDERLANDS
   PORTUGUÊS
   SUOMI
   SVENSKA
   SWAHILI
   TÜRKÇE
RSS / SML
PrintSend to a friend

RD CONGO
L’acquittement de Ngudjolo par la CPI est controversé en Ituri
Emmanuel Chaco

ITURI, RD Congo , 20 déc (IPS) - La décision de la Cour pénale internationale (CPI) d’acquitter Mathieu Ngudjolo Chui des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité portées contre lui en 2003, en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), suscite une controverse dans son pays.

Les juges de la CPI, qui ont ordonné la libération de Ngudjolo, le même jour, le 18 décembre, ont affirmé: «Au vu des différents éléments de preuve produits par des témoins cités par le procureur, par la défense, par les représentants légaux des victimes et par la Chambre (d’accusation) elle-même, il n’a pas été prouvé, au-delà de tout doute raisonnable, que l’accusé était le commandant en chef des combattants Lendu...lors de l’attaque» armée du village de Bogoro, en Ituri, le 24 février 2003. L'attaque avait fait environ 200 morts.

Selon George Mongo, membre de la société civile et défenseur des droits humains en Ituri, «cette décision d’acquittement et de libération de Ngudjolo Chui (mot en kiswahili signifiant 'tigre') suscite déjà une vive critique dans la population partagée en deux grands principaux groupes ethniques, les Lendu et les Hema» souvent opposés.

Pour Mongo, «la crainte de toutes les personnes qui ont accepté de témoigner dans cette affaire est perceptible. Ici en Ituri, toutes personnes connaissent ceux de leurs voisins qui ont accepté de faire le déplacement vers la CPI ou qui ont collaboré avec les ONG qui ont mené des enquêtes sur Ngudjolo. On peut bien craindre les représailles à ce sujet».

Dans un rapport publié le 18 décembre, 'Human Rights Watch' (HRW) affirme que cet acquittement «laisse les victimes sans justice pour leurs souffrances», ajoutant que «la procureure de la CPI doit renforcer ses enquêtes portant sur les individus responsables de crimes graves en Ituri, et notamment sur les officiels de haut niveau en RDC, au Rwanda et en Ouganda, qui ont soutenu les groupes armés combattant dans cette région».

Sous anonymat, une jeune dame de 25 ans se rappelle encore: «En 2003, j’ai été violée par plusieurs militaires. Je sais qu’ils appartenaient au groupe de Bosco Ntaganda qui était le chef de Ngudjolo. Je reste seulement étonnée que Ntaganda continue à être libre. Et d’ailleurs, on pouvait aussi condamner Ngudjolo comme complice pour des centaines d’autres cas de viols commis par la même milice au cours de la même période». Ngudjolo était l’ancien chef d’état-major du Front nationaliste et intégrationniste (FNI).

Pour la dame, «c’est inutile et même dangereux de s’exprimer pour ou contre cette décision parce qu’ici en Ituri, cela risque de constituer un débat d’ethnie et non de justice. Par exemple, les membres de l’ethnie Hema risquent de croire que je conteste la véracité de tous les crimes qu’ils ont mis à charge contre Ntaganda et Ngudjolo».

Pour sa part, Franck Mulenda, avocat à la CPI, déclare: «Il faut considérer que la décision intervenue est une vérité de justice et non pas nécessairement une vérité ontologique ni sociologique. Il appartient aux victimes et même au procureur de déclencher une procédure d’appel de la décision. Ces deux gardent ainsi tous leurs droits pour obtenir un procès équitable et juste s’ils croient que le juge a mal jugé».

Alphonse Koyakosi, un autre avocat qui encadre les victimes des graves violations des droits humains en RDC dont l’Ituri, «déplore la rapidité et le manque d’analyse profonde avec lesquels les demandes des victimes ont été traitées par la cour», et propose que «leurs défenses formulent rapidement un appel contre la décision avant même que Ngudjolo soit remis en liberté».

Penza Ishai, magistrat militaire à Bunia, garde espoir et veut rassurer les victimes: «Dans sa décision, la CPI affirme que de toute façon, le fait qu’elle ait prononcé cette décision ne signifie pas que des crimes n’auraient pas été commis ni que la population de Bogoro n’a pas été victime».

«Il s’agit d’une décision juste et non contestable», affirme Jacques Maki, habitant de Bunia, en Ituri, et ancien membre de l’Union des patriotes congolais (UPC) dont Thomas Lubanga, l’autre chef de milice – déjà condamné à 14 ans de prison par la CPI - appartenant à l’ethnie Hema, était chef en même temps qu’il était responsable des milices dénommées Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC).

Gino Poka, habitant à Irumu, un des quatre territoires d’Ituri, estime cependant que «le prononcé de la libération de Ngudjolo est une contradiction regrettable avec la décision de la CPI qui affirme elle-même que le fait de déclarer qu’un accusé n’est pas coupable ne veut pas nécessairement dire que la Chambre constate son innocence».

Pour Géraldine Mattioli-Zeltner de HRW, «la procureure nouvellement élue, Fatou Bensouda, et l’unité de sensibilisation de la CPI devraient expliquer la signification de cette décision, ainsi que les prochaines étapes, aux communautés affectées dans l’est de la RDC, en particulier celles qui ont eu à subir des souffrances».

Ngudjolo, du FNI qui a combattu l’UPC de Lubanga en Ituri, était accusé de trois crimes contre l’humanité et de sept crimes de guerre commis durant un conflit entre milices armées, lors de l’attaque de Bogoro. (FIN/2012)

 

 

 

  Dernières Nouvelles
News in RSS
OPINION: Il faut l’innovation pour aider les fermes familiales à prospérer
CISJORDANIE: Israël envisage une expulsion massive des Bédouins de la région
ENVIRONNEMENT: Le bambou pourrait être un sauveur face au changement climatique
ETHIOPIE: Le pays montre la voix pour faire prospérer une économie verte
AFRIQUE: Evaluer comment le changement climatique affecte la sécurité alimentaire
ASIE: Des pays confrontés aux tempêtes, sans mur de mangroves
CARAÏBES: Des applications pour aider les fermiers à avoir de grandes récoltes
MONDE: Des communautés locales très affectées par la disparition des espèces
TURQUIE: Les habitants d’Istanbul découvrent la solidarité verte
PAKISTAN: Dans les zones tribales, un Prix Nobel est une 'lueur d’espoir'
More >>