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CONGO
Controverse autour du massacre 5.000 éléphants
Arsène Séverin

BRAZZAVILLE , 21 déc (IPS) - Quelque 5.000 éléphants sont massacrés dans la forêt congolaise, en Afrique centrale, ces cinq dernières années, selon une étude menée du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune (PALF), une organisation non gouvernementale basée à Brazzaville, au Congo.

«Cela veut dire que 1.000 éléphants sont tués chaque année dans cette forêt, et donc plusieurs éléphants sont tués par jour», a expliqué à IPS, Naftali Honig, le responsable du PALF qui soupçonne les braconniers d’en être les auteurs.

Selon cette étude publiée début-décembre, ce massacre d’éléphants a eu lieu dans une petite zone de la forêt située au nord du Congo-Brazzaville, entre le lac Télé et le parc Nouabalé Ndoki.

«Le problème est devenu beaucoup plus complexe, on voit des choses incroyables aujourd’hui. C’est une vraie tragédie», a déclaré Honig.

Le PALF a indiqué que 90 pour cent des éléphants trouvés morts dans cette zone, l’ont été de façon illégale. Mais, ajoute l’étude, ce massacre ne concerne pas les autres sanctuaires à éléphants ou à gorilles tels que le parc d’Odzala Kokoua ou le parc Nouabalé Ndoki où «il y a une stabilité, les espèces protégées ne sont pas massacrées par les braconniers».

L’ONG a expliqué que, par rapport aux études menées en 2007, des milliers d’éléphants auront disparu dans cette zone. Elle assure que sa méthode est très scientifique et se base sur les prélèvements constants des empreintes des pachydermes. Ce massacre de 5.000 éléphants, en cinq ans, est attribué aux braconniers.

Selon l’ambassadeur des Etats-Unis à Brazzaville, Christopher Murray, ces braconniers sont venus des pays lointains comme le Soudan du Sud. «Ces groupes criminels menacent la survie des espèces protégées. Ces milices Janjawides ou de la LRA (Armée de résistance du Seigneur) alimentent les guerres civiles dans le monde, ce sont des terroristes», a-t-il dit, appelant la communauté internationale à s’unir pour mettre fin à l’action de ces braconniers.

Selon le diplomate américain, le braconnage fait perdre aux pays victimes, sept à 10 milliards de dollars de devises. L’année dernière, les Etats-Unis ont donné 10 millions de dollars au Congo pour renforcer la conservation de la faune.

Pour l’Union européenne (UE), la situation est critique. «L’implication des milices organisées dans le braconnage des éléphants et le trafic de l’ivoire constitue un tournant très inquiétant pour nous dans la forêt congolaise», a déclaré à IPS, Marcel Van Opstal, ambassadeur de l’UE à Brazzaville. Selon lui, 2012 «constituera une année tragique» pour les éléphants au Congo.

Mais les autorités congolaises n’approuvent pas les chiffres publiés par les ONG. «D’abord, elles (les ONG) ne nous ont pas associées à leur étude, et nous trouvons ce chiffre de 5.000 très fantaisiste et exagéré», a déclaré Claude Etienne Massimba, directeur des Aires protégées et de la faune. «Dans une forêt compacte comme celle-là, 10.000 pointes d’éléphants sont sorties sans qu’aucune seule ne soit saisie, c’est quand même étonnant», a-t-il ajouté.

Certaines organisations locales trouvent également faramineux le chiffre de 5.000 éléphants avancé par les ONG internationales. «Je ne doute pas du phénomène du braconnage qui prend de l’ampleur dans la zone, mais sur les 5.000 éléphants, je suis quand même assez réticent; cette petite zone ne peut regorger d’autant d’éléphants», affirme Maixent Fortuné Hanimbat, président du Forum pour la gouvernance et les droits de l’Homme, une ONG locale active également dans les activités de la forêt.

Il n’existe aucune statistique sur les éléphants dans la vaste forêt congolaise. «Cela exige assez de moyens que nous n’avons pas toujours pour savoir combien d’éléphants il y a dans la zone. Nous ne spéculons pas, il faut des inventaires», a souligné Massimba.

En 2010, le gouvernement avait annoncé que la population des éléphants au Congo avait atteint 30.000 individus.

Mais, comme les ONG, les autorités s’accordent à dire que le braconnage a atteint des limites inquiétantes. «Nous n’avons pas attendu cette alerte pour prendre des mesures qui s’imposent. Nous sommes d’ailleurs en train de préparer un plan plus rigoureux», affirme le directeur des Aires protégées et de la faune, sans donner aucune indication sur ce plan.

Pour les ONG, la situation est plus grave que le gouvernement ne le croit. «Il ne s’agit plus de mener la guerre aux petits chasseurs du village comme il le font d’habitude. Il s’agit d’affronter des hommes lourdement armés, et le gouvernement ne veut pas impliquer l’armée dans cette lutte. C’est là toute l’erreur», a déploré Hanimbat.

«Les braconniers ont offert aux populations de petits téléphones portables pour leur signaler la position des éco-gardes. Il est donc difficile qu’ils tombent dans une patrouille. Les braconniers se déplacent aujourd’hui avec des motos dans la forêt, ce qui n’était pas envisageable il y a quelques années», a révélé Honig. Il appelle à une grande mobilisation contre le braconnage au Congo. (FIN/2012)

 

 

 

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