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RD CONGO
Régler à l’amiable les cas de viol encourage leurs auteurs au Katanga
Maurice Wa ku Demba

LUBUMBASHI , 26 déc (IPS) - Le nombre de cas de violences sexuelles est en hausse au Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC). Les auteurs, persuadés qu’après leur forfait ils obtiendront un arrangement à l’amiable avec leurs victimes, sont prêts à récidiver.

Au total 1.956 cas de violences faites aux femmes ont été documentés de juin 2011 à novembre 2012, soit une moyenne de 108 cas par mois, selon la division provinciale du genre au Katanga.

Furieuses, avec des calicots et banderoles en mains, les femmes et filles membres de différentes associations féminines du Katanga, ont sillonné, du 27 novembre au 12 décembre, les rues de Lubumbashi, la capitale de la province. Agitant leurs foulards sous des cris de détresse, elles ont appelé les hommes à stopper les violences sexuelles qu’ils leur imposent.

Le 27 novembre, le gouvernement provincial du Katanga avait lancé, au palais de justice de Lubumbashi, 16 jours d’activisme contre les violences faites à la femme. Et pendant leurs marches, les femmes ont scandé des slogans dénonçant le comportement irresponsable des hommes et les invitant à plus de dignité.

Micheline Bora Kabera, la chef de la division provinciale du genre, famille et protection de l’enfant, a souligné que le nombre de cas de viols et violences sur les femmes est en augmentation dans la province. Et elle a cité les villes de Lubumbashi, Likasi, Kamina, ainsi que les territoires de Kalemie et Kipushi comme les endroits les plus célèbres dans ces violences.

Elodie*, 17 ans, est une des victimes. Elle était en classe de quatrième du cours secondaire lorsqu’un douanier de 59 ans l’avait engrossée. «Il s’est présenté dans ma famille comme auteur de la grossesse et a formulé des excuses aux parents, promettant de me prendre comme sa seconde épouse», raconte, timide, la jeune fille aujourd’hui mère.

Choqués au départ, les parents ont fini par accepter. «Nous pouvions bien saisir la justice, mais pour le voir arrêté aujourd’hui et libéré demain», affirme la mère d’Elodie. Cette pauvre mère s’est contentée de deux chèvres et d’autres objets comme des pagnes, foulards, chaussures et casseroles offerts par le bourreau de sa fille. Ces objets ne comprennent pas la dot proprement dite et d’autres effets donnés au père.

Mais aujourd’hui, le douanier multiplie des raisons de ne plus épouser la jeune fille. D’abord, il trouve qu’Elodie a l’âge de ses propres filles et ce serait donc une honte pour lui de l’épouser. Ensuite, sa femme s’oppose vigoureusement à ce mariage.

De son côté, Esther*, 16 ans, habite Rwashi, une commune de Lubumbashi, et a été engrossée par un cadre d’une entreprise minière. Pour éviter 20 ans de prison et taire l’affaire qui risquait de lui faire perdre son emploi, le bourreau a offert l’une de ses maisons à la famille de la fille sous la médiation du chef quartier qui en a tiré, lui aussi, quelques profits.

La justice accusée

«Plusieurs présumés violeurs déférés devant les instances judiciaires, finissent par être libérés sans subir la rigueur de la loi», se plaint Eliane Kon, chargée de plaidoyer à l’Union des femmes congolaises pour le changement, une organisation locale de défense des droits de la femme.

La femme ne sait pas à qui se confier quand la justice ne fait plus son travail, explique-t-elle à IPS. Ainsi donc, même pour des cas de viol, certaines victimes trouvent mieux de s’arranger à l’amiable en famille. Ce qui ne peut qu’encourager les violeurs qui se voient gratifiés après leur forfait, déplore Kon.

Le procureur général à la Cour d’appel de Lubumbashi, Hussein Sefu, reconnaît qu’il y a des failles dans l’appareil judiciaire. Il affirme qu’il s’engage à secouer la justice et corriger son image. «Aucun présumé violeur ne bénéficiera plus jamais de la liberté provisoire», promet-il.

Mais l’avocat Théophile Kazadi, conseiller juridique à l’ONG locale Initiatives communautaires pour le bien être social, explique à IPS qu’on ne peut pas réussir efficacement la lutte contre les violences faites aux femmes sans guérir au préalable le système judiciaire de ses deux maux chroniques: la corruption et le trafic d’influence.

Kazadi propose de sanctionner tous les membres du corps judiciaire qui se rendent coupables de corruption et qui cèdent à l’influence, notamment des politiciens.

L’un des objectifs poursuivis par les organisateurs des 16 jours d’activisme au Katanga, est de sensibiliser la communauté sur la gravité de la situation de la femme et de la jeune fille dans cette province.

Orpheline de père à 14 ans, Gloria* a été aussi victime de viol en juin 2012, et son bourreau est le mari à sa mère. Il l’a violée plusieurs fois.

«L’homme a été informé par sa femme que nous étions à sa recherche et il a pris le large», déclare le commissaire Simon Ilunga, de l’Unité de la police de protection de la femme et de l’enfant. Convaincu que les femmes sont victimes de violences sous plusieurs formes, Ilunga estime qu’elles doivent aussi aider la justice à les aider en dénonçant leurs agresseurs.

Depuis le début du second semestre 2012, cette unité spéciale de la police est saisie de 103 cas de viol dans la province. Parmi eux, 41 cas ont fait l’objet d’un arrangement à l’amiable, regrette Ilunga.

«S’il y a des auteurs de violence sur les femmes qui sont dénoncés, poursuivis et sanctionnés par la justice, les autres hésiteront deux fois avant de commettre le même forfait», affirme Thérèse Lukienge, ministre provinciale du Genre. Ce qu’il faut, c’est briser le silence, ajoute-t-elle à IPS.

* Ce sont des noms d’emprunt pour protéger l’identité des victimes. (FIN/2012)

 

 

 

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