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AFRIQUE
L'industrialisation des petites exploitations agricoles
Ed McKenna

ADDIS-ABEBA, 3 jan- (IPS) - De grandes entreprises, des gouvernements et des ONG encouragent les petits fermiers africains, qui contribuent pour 80 pour cent de la production alimentaire et agricole de l’Afrique subsaharienne et de la plus grande partie de la production alimentaire du monde, à devenir moins dépendant de la subsistance et plus entrepreneuriaux en adaptant la production aux forces du marché.

"L’implication de la productivité accrue et de la chaîne de valeur devrait traiter les faiblesses de l'économie alimentaire en Afrique et créer des opportunités d'emploi en engageant de petits exploitants agricoles dans l'agro-transformation, le conditionnement et la commercialisation de leurs produits", a déclaré à IPS, John Moffett, directeur de la politique et de la stratégie à 'Self Help Africa', une ONG qui travaille avec les communautés rurales pour apporter des solutions durables aux causes de la faim et de la pauvreté.

La question est la suivante: l'Afrique peut-elle équilibrer en même temps la tâche de nourrir une population de deux milliards d'ici à 2050, et s’adapter aux intérêts des détaillants mondiaux de l’alimentation qui désirent tirer des profits des ressources du continent, des marchés et des petits exploitants?

Michael Hailu, directeur du Centre technique de coopération agricole et rurale, qui travaille pour la promotion du développement agricole et rural des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, a affirmé à IPS que le secteur privé devait jouer un rôle plus important dans les petites exploitations agricoles puisque leur participation accrue dans les chaînes de valeur agricoles était indispensable à la stabilisation de la production alimentaire mondiale et au développement des moyens de subsistance des petits fermiers en Afrique.

"Plus qu'à n’importe quel moment par le passé, l'agriculture obtient de plus en plus une attention nationale et mondiale, en particulier après la crise des produits alimentaires de 2007-2008. En conséquence, le secteur attire le soutien de la politique et l'investissement nécessaire pour atteindre les objectifs de la sécurité alimentaire et de la croissance économique".

Face à l'instabilité de l’approvisionnement en produits alimentaires et de l'incertitude climatique, les détaillants alimentaires au niveau mondial et les entreprises agroalimentaires veulent plus que jamais prioriser les petits agriculteurs. Beaucoup de grandes entreprises comme Unilever et Walmart prétendent que les moyens de subsistance des petits exploitants sont essentiels à l'expansion commerciale des géants détaillants de l’alimentation.

David Hughes, professeur des marchés de l’alimentation au 'Imperial Collège' de Londres, a déclaré à IPS que l'accent mis sur les petits exploitants était un impératif commercial et pas seulement un ajout de responsabilité sociale des entreprises.

"S'ils ne montent pas dans le train vert, ils sauront alors que leur entreprise ne seront pas à long terme. Je pense que nous allons commencer à voir des entreprises opérer des changements radicaux dans leurs modèles d'affaires au cours des 10 prochaines années".

Les organisations de développement font également la promotion de l'opinion selon laquelle le développement durable dans les pays africains devrait être généré par un partenariat entre de grandes entreprises et de petits agriculteurs.

'Farm Concern' est une organisation panafricaine de développement des marchés qui préconise que les petits exploitants doivent avoir le sens du marché et élaborer des stratégies pour satisfaire les demandes des marchés, afin de sortir de l'agriculture de subsistance.

Les ONG font la promotion d’un modèle de "Village commercial" pour aider les producteurs à répondre aux besoins de la sécurité alimentaire et des forces du marché.

"Nous prenons le nombre total d'hectares dans un village et nous faisons la promotion de trois catégories de produits. Les denrées alimentaires et nutritionnelles sont produites en utilisant 35 pour cent des terres disponibles; la deuxième catégorie étant des cultures commerciales non alimentaires, occupe 65 pour cent, laissant cinq pour cent des terres pour la gestion des ressources naturelles", a expliqué à IPS, Mumbi Kimathi, directeur de la stratégie de 'Farm Concern'.

Le Royaume-Uni est également occupé à promouvoir le rôle du secteur privé dans les petites exploitations agricoles.

Son département pour le Développement international finance la création de liens entre les petits exploitants agricoles avec l'industrie de distribution alimentaire britannique de détails et les supermarchés afin de créer des opportunités pour permettre aux agriculteurs africains d’exporter davantage leurs produits vers les étagères des supermarchés britanniques.

Le partenariat entre Taylors au Royaume-Uni, une marque de thé du Yorkshire, et les petits producteurs de thé au Rwanda est un exemple de la façon dont le gouvernement britannique a contribué à la facilitation de l'entrée des géants détaillants en Afrique. Cette alliance a abouti à la formation de 10.000 agriculteurs et 1.800 producteurs, et à une augmentation de 40 pour cent sur le salaire minimum des petits producteurs de thé au Rwanda.

Les détaillants de l’alimentation au niveau mondial sont également excités à propos du fort potentiel de croissance des marchés émergents en Afrique subsaharienne. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance économique de 5,7 pour cent en 2013. Cette croissance, selon le FMI, proviendra de la hausse des prix des matières premières.

Les détaillants des produits alimentaires au niveau mondial ont vu ces tendances comme des opportunités pour l'intégration des petits exploitants dans des chaînes de valeur plus sophistiquées afin de satisfaire la nouvelle demande.

Walmart, le plus puissant détaillant de produits alimentaires, a réalisé un bénéfice de 460 milliards de dollars l’année passée - 15 fois le PIB de l'Ethiopie. Walmart étend actuellement son monopole en Afrique. En 2011, l’entreprise a acheté la chaîne de supermarchés Massmart en Afrique du Sud, lui facilitant l'entrée dans 13 pays de l’Afrique subsaharienne.

Ils visent à vendre un milliard de dollars de production alimentaire des petits exploitants agricoles d’ici à 2015 dans le but de démontrer leur engagement pour le développement durable.

Certains sont sceptiques

Les petits exploitants africains à ressources limitées sont attirés par la promesse d'un meilleur accès au crédit, aux intrants, aux semences améliorées, aux possibilités de formation et de marché, et par la promesse d'un meilleur rendement financier.

La croissance agricole est plus importante pour l'Afrique que pour n'importe quel autre continent. Les Africains dépendent de l'agriculture et des entreprises rurales non agricoles pour leur subsistance, mais ils sont également incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires de base en raison de la pression démographique, des effets du changement climatique et de la dégradation des terres.

Selon le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), un programme de l'Union africaine pour le développement panafricain et socioéconomique, l'épuisement des nutriments en Afrique représente une perte importante de capital naturel, estimée à environ un à trois milliards de dollars par an.

Si la plupart des quelque 70 millions de familles de petits agriculteurs d’Afrique subsaharienne échouent d’ici les dix prochaines années dans l’adoption des pratiques durables de gestion des terres et de l'eau dans leurs champs, la sécurité alimentaire, la productivité et le revenu seront compromis à long terme.

Il y a aussi le risque que les cultures de rente comme le thé, le café, le tabac et les fleurs prennent le dessus chez les petits producteurs sur les produits de base, ce qui pourrait nuire aux efforts de mettre l'Afrique à l’abri de l’insécurité alimentaire.

Patrick Mulvany, vice-président de 'U.K. Food Group', est opposé à l'industrialisation des petites exploitations agricoles et à l’implication des petits agriculteurs africains dans l'économie de l’alimentation des entreprises. Il a affirmé à IPS que même si elle peut stimuler la production et assurer une production de matières premières brutes à court terme, elle ne sera pas durable et sera destructrice à long terme.

"Les agriculteurs africains ont vraiment besoin d’appui pour rendre durables ces systèmes alimentaires, qui nourrissent actuellement plus de 70 pour cent de la population mondiale, et ils ont besoin de protection de la part de la production des matières premières industrialisés comme elles absorbent et compromettent les marchés des agriculteurs, leurs moyens de subsistance et l'environnement à long terme".

Il a indiqué qu'il était préoccupé par la façon dont il était durable de détourner la production alimentaire vers les demandes des géants détaillants étrangers et par l’instabilité des marchés mondiaux où 63,6 pour cent des revenus des ménages en Afrique subsaharienne sont dépensés dans l’alimentation. Mulvany était aussi inquiet du fait que les pays africains, qui sont incapables de nourrir leur population croissante, pourraient devenir vulnérables à la révolte comme l’expérience de la Tunisie en 2011. (FIN/2013)

 

 

 

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