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Q&R
Le développement durable se fonde sur la démocratie
Busani Bafana interviewe HALINA WARD, directrice de la Fondation pour la démocratie et le développement durable, basée à Londres

BULAWAYO, 8 jan (IPS) - "L’accélération des pressions environnementales et l'augmentation des inégalités économiques déclenchent d’énormes changements sociaux dans le monde, en mettant à l’épreuve les démocraties existantes", déclare à IPS, Halina Ward, directrice de la Fondation pour la démocratie et le développement durable (FDSD), basée à Londres.

"Les démocraties, cependant, ne répondent pas bien, ce qui aggrave les effets de ces défis, plutôt que de les considérer comme des opportunités pour leur propre réforme".

La fondation, une cellule de réflexion sur le développement durable, tente de lier la démocratie au développement durable dans son plan "manifeste pour le changement", qui sera lancé mondialement en mars 2013. Le manifeste est un appel aux citoyens du monde et aux dirigeants à trouver des moyens de façonner la démocratie afin qu'elle puisse assurer un environnement sain et l’équité pour tous.

Ward explique à Busani Bafana, un journaliste de IPS pourquoi elle pense que la démocratie peut assurer un développement durable. Voici des extraits de l'interview avec IPS.

Q: Entre la démocratie et le développement, lequel vient en premier?

R: Il y a un débat actif précisément sur cette question, et il y a quelques gouvernements plus autoritaires qui affirment qu’on a besoin d’assurer, en premier lieu, une croissance économique, et la démocratie plus tard. De notre point de vue, ce n'est, en quelque sorte, pas une question pertinente.

Notre préoccupation est le développement durable plutôt que le développement économique ou la croissance en soi. Et le manifeste ne se préoccupe vraiment pas de la vulgarisation de la "démocratisation".

Si vous commencez avec une perspective de développement durable, qui comprend des idées de protection environnementale et d'équité, ainsi que le développement économique, il n'y a pas de séparation avec la démocratie.

L’une des choses positives qui est ressortie cette année de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable a été de reconnaître que la démocratie est, tout simplement, essentielle pour le développement durable. Et nous pensons que la démocratie elle-même a également besoin d'un développement durable - parce que le développement non durable et l’injustice, y compris un échec continu à éradiquer l'extrême pauvreté, peuvent causer de grandes difficultés à la démocratie.

Q: En Afrique, la démocratie et le développement durable sont encore difficiles à cerner. Quelle influence ce manifeste peut-il avoir sur le continent?

R: Nous travaillons avec l'idée que la population, les groupes de la société civile et les élus puissent prendre des engagements qui pourraient ainsi conduire à un changement dans la pratique de la démocratie. Nous avons adopté l'idée de créer un "effet d'entraînement" avec le lancement du manifeste et des processus consécutifs d’expérimentation et d'innovation. Nous espérons que le manifeste sera une ressource utile pour les gens et les organisations partout où il est important de parler de comment adapter la démocratie au développement durable.

Mais je soupçonne que les lecteurs africains du manifeste trouveront qu'il y a beaucoup de choses qui peuvent être faites pour l'adapter aux réalités des systèmes multiples et variés de démocratie sur le continent africain. Je dois également souligner que nous avons eu moins de contributions de citoyens africains que ceux des autres régions du monde dans le processus de consultation.

Nous lancerons le manifeste comme un document dont nous aimerions qu’il puisse avoir une résonance mondiale - mais en reconnaissant inévitablement qu’aussi bien les processus d'expérimentation que d'innovation qui lui sont associés, devront évoluer au fil du temps.

Nous serons très heureux, par exemple, s’il conduit à une initiative visant à élaborer un ensemble plus spécifique de principes et d'actions pour une variété de contextes africains. Il s'agit de catalyser les mouvements auto-organisés pour le changement, plutôt que de vulgariser "notre" manifeste partout dans le monde.

Q: Pourquoi un manifeste pour le changement?

R: Parce que nous voulons faire de nos trois premières années de partenariat, d'analyse et de plaidoyer à FDSD, un plan d'action. Des solutions aux tensions entre la démocratie et le développement durable existent - nous en sommes convaincus - et seront mises en œuvre.

Ce dont nous avons besoin est un document d’inspiration qui crée des ondulations, et permet la vulgarisation de ces solutions partout. Nous espérons que le manifeste deviendra un catalyseur pour le changement, comme d'autres manifestes l’ont été dans le passé, et pourra atteindre, au-delà de la petite communauté d'initiés, pour toucher des expériences de démocratie vécues comme un système politique dans une variété de contextes.

Q: Sur quoi le manifeste se concentrera-t-il ?

R: Le manifeste présentera une vision large de ce à quoi pourrait ressembler une démocratie lorsqu’elle est correctement équipée pour assurer un développement durable, il listera des principes clés sous-tendant cette vision et proposera des suggestions pour des innovations qui doivent se produire pour mettre en œuvre ces principes. Ce sera un document court, de deux à trois pages au total, avec un ton positif et constructif qui, nous l'espérons, contribuera à assurer sa réussite.

Q: La démocratie peut-elle assurer un développement durable?

R: A l'heure actuelle, la démocratie a le potentiel d’assurer un développement durable, mais ne le fait pas réellement. Les démocraties sont trop souvent orientées vers des intérêts à court terme basés sur des cycles électoraux, avec un accent disproportionné sur la croissance économique et une compréhension insuffisante de compromis indispensables entre la démocratie directe, représentative et délibérative, et l'équilibre entre l'expertise et la participation.

Pour aggraver les choses, certaines démocraties n'ont même pas les bases de droit. Elles violent les droits fondamentaux de l'Homme, ne parviennent pas à fournir un accès approprié à l'information et à la justice, et manquent de respect à l’égard de l’Etat de droit. (FIN/2013)

 

 

 

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