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SANTE
La morphine atténue la douleur mais son prix tue les malades
Busani Bafana

BULAWAYO, 15 jan (IPS) - Il a fallu deux semaines aux filles de Gily Ncube pour vendre assez de poulets afin de réunir les 18 dollars nécessaires pour acheter les comprimés de morphine que leur mère prend toutes les quatre heures.

Dans un pays où le taux de chômage est d’environ 70 pour cent, 18 dollars pour un flacon de 60 comprimés de 10 milligrammes (mg) chacun est un prix élevé à payer, équivalant à environ 18 baguettes de pain.

Mais cette petite famille rurale n'avait pas le choix - la morphine est le seul médicament qui atténue la douleur de Ncube pour qu'elle puisse dormir la nuit.

Ncube (un nom d’emprunt) souffre d’un cancer du col de l'utérus de stade quatre et est maintenant presque complètement alitée. Même plus qu’un traitement, elle désire un peu de soulagement de la douleur causée par son état.

La morphine, un médicament contrôlé dérivé de l'opium, fournit à Ncube et à d'autres malades comme elle-même, un peu de réconfort. Une dose quotidienne d'environ 40 mg permet à Ncube de s'asseoir, de faire même quelques travaux autour de la maison.

Mais aux prix actuels, peu de gens peuvent acheter le médicament, ou y accéder en cas de besoin.

La douleur se lit sur le visage de Ncube pendant qu’elle raconte son histoire: depuis six mois, elle est sur la liste d'attente pour subir une radiothérapie à l'Hôpital Mpilo à Bulawayo, la deuxième plus grande ville du Zimbabwe, située à environ 430 kilomètres au sud-ouest de la capitale Harare.

L’appareil de radiothérapie est en panne depuis un temps plus long que la période durant laquelle elle attend et une nouvelle machine est en train d'être installée seulement maintenant.

"La douleur est inimaginable", a déclaré Ncube à IPS dans sa maison. Montrant un flacon plastique blanc rempli de paracétamol, un calmant léger, elle a ajouté: "C'est tout ce que je pouvais recevoir de l'hôpital".

Toutefois, sur les quelque 7.000 malades de cancer dans le pays, Ncube fait partie des chanceux - elle reçoit de l'aide, et parfois une fourniture de morphine, de l’hospice 'Bulawayo Island Hospice' qui opère dans la région depuis 1982.

Les responsables de cet hospice ont dit à IPS que le système de santé est si inadéquat que bon nombre de leurs malades sont décédés alors qu’ils attendaient les rendez-vous d'un oncologue, souffrant souvent d’une grave douleur à la fin malgré une ordonnance pour la morphine.

Sœur Adelaide Nyathi, qui travaille pour 'Bulawayo Island Hospice Service', a en charge plus de 90 malades de cancer. Elle effectue des visites hebdomadaires pour les examiner, apportant des calmants et un peu de nourriture quand elle le peut, mais surtout des sourires, des accolades, et de l'espoir.

Nyathi a indiqué que le service des soins palliatifs dépend de la morphine donnée pour offrir un peu de répit à des dizaines de patients souffrants.

"La plupart de nos malades sont à un stade avancé de cancer où les médicaments non opiacés ne font aucune différence pour la douleur", a expliqué Nyathi à IPS. "Des malades m'ont dit qu'ils s’habituent à la douleur, mais ce n'est jamais facile".

Bien que le gouvernement du Zimbabwe ait estimé à 7.000 le nombre de malades de cancer dans le pays, les soigneurs à domicile affirment que le nombre réel de cas pourrait être beaucoup plus élevé, puisque bon nombre de patients meurent avant qu’ils ne soient même diagnostiqués.

Les services sont incroyablement limités, et aujourd'hui, l'une des rares alternatives laissées aux personnes pauvres - 'Bulawayo Island Hospice', l’un des plus vieux au Zimbabwe – risque de fermer en raison des coûts d'exploitation élevés et de la faiblesse de l’appui des donateurs.

Cet hospice compte seulement cinq infirmières qui s'occupent de près de 200 malades de cancer à travers la ville, à qui elles rendent visite chaque semaine. Bien qu'elles soient en mesure d'apporter un peu de soulagement, elles ne peuvent pas sauver tous les patients dans le besoin.

Sekesai Dziva (un nom d’emprunt) a été diagnostiquée comme souffrant de cancer de la gorge en 2010 et a subi de nombreuses épreuves. Ses fils travaillaient 24 heures sur 24 pour réunir 84 dollars afin d’acheter les comprimés de chimiothérapie qui la maintenaient à peine en vie.

Mais souvent, l'argent s'épuisait et pendant ces périodes, elle restait couchée à cause de la douleur jour après jour. Elle est morte il y a six mois, laissant derrière trois enfants adolescents.

Bien que les comprimés et les injections de morphine soient fabriqués au Zimbabwe, le coût est encore prohibitif pour beaucoup de malades, une situation qui, selon un expert en santé, pourrait être rectifiée par l'utilisation de (la buée) de morphine liquide, fabriquée à partir de la poudre de morphine, pour laquelle les techniciens en pharmacie et même les infirmières peuvent être formées afin de la préparer et la fabriquer dans des institutions locales de santé.

"Nous savons que beaucoup de patients ne peuvent pas acheter les comprimés de morphine parce que 18 dollars, c'est beaucoup d'argent", a expliqué à IPS, Dr Dickson Chifamba, chef de 'Island Hospice Service' à Harare. "Ces 18 dollars pourraient revenir à plus de 54 dollars par mois, même pour une personne sous une faible dose d'un comprimé (de 10 mg) toutes les quatre heures".

"(La buée) de morphine liquide est une bonne option si nous pouvons avoir des agents de santé formés dans sa préparation à partir de la poudre de morphine", a déclaré Chifamba. "Les pharmaciens peuvent le faire, mais se plaignent souvent du fait que cela prend du temps".

Des efforts sont actuellement en cours afin d’engager des partenaires locaux et extérieurs pour aider dans la formation du personnel de santé, principalement des techniciens dans des institutions locales de santé, pour fabriquer de la morphine liquide.

"La forme liquide rendra (le médicament) moins cher; c’est également plus facile à distribuer dans les hôpitaux publics", a-t-il ajouté. (FIN/2013)

 

 

 

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