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TANZANIE
Un fleuve tarit
Orton Kiishweko

DAR ES SALAAM , 18 jan (IPS) - Avelina Elias Mkenda, une petite agricultrice de 52 ans dans le district de Mbarali, de la région de Mbeya, dans le sud-ouest de la Tanzanie, peut sentir un changement dans son environnement.

Habitante du bassin du grand fleuve de Ruaha, elle n'a jamais eu du mal à arroser ses cultures et abreuver son bétail.

Mais au cours de ces dernières années, le fleuve fournit de moins en moins cette ressource précieuse; les herbes qui étaient autrefois abondantes sont maintenant rares, laissant le bétail affamé, tandis que la production de café, la culture prisée dans la région, s'est effondrée.

Considéré comme la "colonne vertébrale écologique" de la Tanzanie, le grand fleuve de Ruaha prend sa source dans les montagnes de Kipengere et s'étend approximativement sur 84.000 kilomètres, traversant les zones humides de la Vallée d’Usangu et le Parc national de Ruaha, pour finalement se jeter dans le fleuve Rufiji.

Son bassin hydrographique arrose une grande étendue de la campagne tanzanienne. Plus d'un million de petits fermiers produisent une proportion importante des aliments du pays sur le sol verdoyant dans le bassin de Ruaha, qui fournit également 70 pour cent de l'énergie hydroélectrique de la Tanzanie, selon des sources gouvernementales.

Mais les autorités de l'Office du bassin hydrographique de Rufiji (RWBO), qui administre le bassin de Ruaha, avec des universitaires de la principale Université des études agricoles de Sokoine (SUA) en Tanzanie, préviennent actuellement que le fleuve est sous "un stress alarmant".

"Le fleuve tarit pendant de longues périodes de trois mois (d’affilée), en hausse par rapport à la courte période de trois semaines", a indiqué à IPS, Damian Gabagambi, agroéconomiste à la SUA. Il croit que la crise est en grande partie due à un nombre croissant d'agriculteurs qui détournent le fleuve à des fins d'irrigation.

"Avant 1993, le fleuve n'avait jamais été sec", a souligné à IPS, Andrew Temu, professeur à la SUA, ajoutant que les périodes sèches de trois mois avaient commencé en 1999. Pendant cette période, le nombre des habitants du bassin fluvial avait augmenté de trois à six millions de personnes.

"Avec l'augmentation de la population, il y a une demande correspondante pour plus d'eau", a-t-il expliqué. Le pâturage intensif et la déforestation ont également contribué à la crise imminente.

En outre, le manque d'infrastructures adéquates d'irrigation signifie qu'une grande partie de l'eau est gaspillée, a ajouté Gabagambi.

Le chargé de développement communautaire du RWBO, David Muginya, a dit à IPS que des projets agricoles développés à la fois par les grands et les petits fermiers n’ont pas réussi à respecter la Loi 2009 sur la gestion des ressources en eau, qui oblige tous les utilisateurs de l'eau à déployer des infrastructures appropriées afin d'éviter le gaspillage.

Un rapport publié par l’Université de Dar es-Salaam en juillet 2012, intitulé "Vulnérabilité des moyens de subsistance des populations à la disponibilité des ressources en eau dans les régions semi-arides de la Tanzanie" a constaté que le gaspillage d'eau rend également le million de personnes dépendantes des ressources en eau en aval du grand fleuve de Ruaha, extrêmement vulnérables à une grave pénurie d'eau.

Tous les signes indiquent que la gestion actuelle des ressources naturelles n'est pas viable et pourrait causer des dommages irréparables à l'environnement.

"La situation met en danger la vie de millions de personnes vivant dans le sud-centre de la Tanzanie, qui risquent de devenir plus pauvres si l'environnement est laissé dans un état de délabrement", a prévenu Gabagambi.

Des experts estiment que l'impact sur l'agriculture et la production alimentaire vont bien au-delà de la proximité immédiate du bassin du fleuve, affectant une grande partie des 46 millions d’habitants de la Tanzanie.

En attendant, les responsables du RWBO sont préoccupés par l'avenir de l'approvisionnement en hydroélectricité du pays.

Qui culpabiliser?

De grands agriculteurs dans la région, qui disent qu'ils ont des plans pour construire des infrastructures adéquates d'irrigation, accusent les petits fermiers d’accéder illégalement aux canaux d'eau et estiment qu’ils devraient être amenés à payer pour leur utilisation de l'eau.

Le directeur général de la 'Kilombero Sugar Company Limited' (Société sucrière de Kilombero, SARL), Don Carter Brown, a déclaré à IPS que les petits agriculteurs "mettent la pression sur les ressources en eau parce qu’ils pratiquent tous l'agriculture et tirent l'eau de façon illégale sans payer pour ces droits".

Mais de petits fermiers comme Mkenda, originaire du district de Mbarali, affirment qu'ils n'ont pas de choix.

Avec des variations climatiques, le soleil plus intensif et maintenant une pénurie d'eau du fleuve, sa culture de café a souffert, entraînant un revenu encore plus bas. "Nous n'avons pas d'argent pour mettre en place (des infrastructures d'irrigation)", a-t-elle déploré.

Ironie du sort, ce sont ces petits fermiers qui seront les plus touchés par la pénurie d'eau pendant qu’ils luttent pour gagner leur vie à côté d'un fleuve mourant.

D'autres experts comme Bariki Kaale, un spécialiste de l'environnement et de l'énergie au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), imputent le problème à la "destruction des sources d'eau par l'être humain". (FIN/2013)

 

 

 

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