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GUINEE-BISSAU
Les coups d’Etat deviennent la norme
Mario Queiroz

LISBONNE, 23 jan (IPS) - L'instabilité chronique, l'extrême pauvreté, le trafic de drogues et la corruption constituent le lot tragique de la Guinée-Bissau, qui commémore cette année quatre décennies d’indépendance à l’égard du Portugal.

Depuis l'indépendance, déclarée en septembre 1973 et reconnue par Lisbonne un an plus tard, cet Etat d'Afrique de l’ouest de 1,5 million d'habitants a connu peu de périodes de paix, et il est l'un des pays les plus pauvres au monde, avec un produit intérieur brut par habitant de 485 dollars, le mettant à la 178ème place.

Son instabilité a été particulièrement le résultat d'une série de coups d’Etat provoqués par "les forces armées qui sont toujours en transition entre un coup d’Etat et le suivant, suspendant constamment la constitution", a déclaré à IPS, Kafft Costa, le modérateur d’une conférence sur l'avenir de la Guinée-Bissau tenue à Lisbonne, au Portugal, le 17 janvier. Costa est un chercheur et professeur bissau-guinéen qui enseigne à Lisbonne.

Le séminaire intitulé "La Guinée-Bissau: Le carrefour multidimensionnel", a réuni des leaders politiques et universitaires, des étudiants et des hommes d’affaires de la diaspora bissau-guinéenne vivant au Portugal en raison de l'instabilité créée par le coup d'Etat le plus récent en avril 2012, qui a empêché le gouvernement démocratiquement élu un mois plus tôt de prendre fonction.

A ce moment, l’homme fort de Guinée-Bissau, le général Antonio Indjai, avait nommé Manuel Serifo Nhamadjo en tant que président, et Rui Duarte de Barros comme Premier ministre, pour une soi-disant période de transition.

Le général Indjai avait accusé le Portugal de "profiter de la crise avec l'intention de recoloniser la Guinée-Bissau". Ses déclarations ont été rejetées par le ministre des Affaires étrangères du Portugal, Paulo Portas, qui avait répliqué, affirmant que les auteurs du coup d’Etat servent les intérêts des trafiquants de drogues, qui règnent dans le pays.

"Toutes les informations disponibles au Portugal lient le coup d’Etat du 12 avril en Guinée-Bissau au trafic de drogues", avait indiqué Portas.

La transformation de la Guinée-Bissau en premier Etat de narcotrafiquants d’Afrique est une grande inquiétude pour les forums impliqués dans sa crise institutionnelle, tels que les Nations Unies, l'Union africaine (UA), la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l’ouest (CEDEAO).

Mais en dépit des condamnations provenant de l'ONU, de l'UA, de la CPLP et de l'Union européenne, le régime Indjai demeure au pouvoir et les analystes indiquent que cette situation a la bénédiction du Nigeria.

Selon Costa, le problème principal, c’est le rôle influent joué par le Nigeria dans la CEDEAO, qui était mitigé dans ses expressions de regret au sujet du renversement de la démocratie qui a empêché l'achèvement du second tour des élections présidentielles dans lequel l'ancien Premier ministre, Carlos Gomes Júnior, avait été clairement le gagnant au premier tour.

"Cela a à voir avec la duplicité de certains pays de la CEDEAO qui mettent leurs propres intérêts nationaux devant ceux de la Guinée-Bissau ou de la sous-région, et le Nigeria est le principal acteur géostratégique dans la région", a-t-il déclaré.

Les actions du Nigeria, un grand producteur de pétrole, sont façonnées par sa concurrence ouverte pour l'influence avec l'Angola, un autre pays exportateur de pétrole brut en Afrique.

"Le Nigeria est fâché par la forte présence de l'Angola en Guinée-Bissau, et cela a provoqué son attitude par rapport à l'influence croissante de Luanda dans une zone où les Nigérians ne sont pas prêts à faire des concessions", a indiqué Costa.

La nomination en janvier de l’ancien président du Timor oriental, José Ramos-Horta, en tant qu'envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour mener une médiation en Guinée-Bissau, a été qualifiée de "très positive" par Costa. "Cela facilitera le dialogue et gagnera un peu de temps qui serait perdu à reprendre un travail déjà fait", a-t-il dit.

Jouissant d'un grand prestige dans les pays lusophones d'Afrique, "Ramos-Horta a également d'importantes compétences en tant que l'un des leaders indépendantistes de son pays, ancien ministre des Affaires étrangères et chef d'Etat, ainsi qu'un lauréat du Prix Nobel de la Paix" en 1996, a souligné le coordonnateur du séminaire.

En dépit de l'optimisme que la démocratie sera rétablie dans son pays, Costa déplore le manque d’effet des nombreuses dénonciations du régime.

Il a déclaré que ce n'était pas seulement dû à la passivité du Nigeria, mais aussi aux "organisations internationales, à l'exception de la CPLP, et de beaucoup de pays, qui utilisent la prescription ancienne d’émettre des condamnations véhémentes et ne faire absolument rien par la suite.

"Qu'ont-ils fait dans ce cas? Quels ont été les résultats des déclarations de condamnation? Rien. A l'exception de la CPLP, qui a été laissée toute seule, il n'y avait pas de résultats visibles concrets pour la restauration de la démocratie en Guinée-Bissau", a-t-il affirmé.

Le Brésil, le pays renfermant plus de deux-tiers de la population lusophone totale de la CPLP, tient également ce point de vue, formulé dans des termes plus diplomatiques et mesurés.

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil, Antonio Patriota, s’est servi de la plateforme de la réunion ministérielle de la Zone de paix et de coopération de l'Atlantique sud (ZOPACAS), tenue à Montevideo, en Uruguay, le 15 janvier, pour rappeler à ses collègues que la situation en Guinée-Bissau est l'un des plus grands défis auxquels est confrontée la zone.

Patriota, le chef de la diplomatie de la sixième plus grande économie au monde, a déclaré que "nous ne pouvons pas rester indifférents" à la situation de conflit dans un pays qui a "des liens (culturels et historiques) très étroits avec le Brésil".

Il a reconnu que les efforts du Conseil de sécurité de l’ONU, de la CEDEAO, de l’UA et de la CPLP n’ont pas conduit à un consensus satisfaisant pour une solution au problème, "ce qui est intrinsèquement nuisible à la Guinée-Bissau". (FIN/2013)

 

 

 

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