Inter Press Service News Agency
20:28 GMT    
   Accueil
   Afrique Australe
   Afrique Centrale
   Afrique de l'Est
   Afrique
            de l'Ouest
   Droits de
            l'homme
   Développement
   Environnement
   Population
   Santé
   Education
   Finance
   Politique
   Energie
   Culture
 
 
   ENGLISH
   ESPAÑOL
   FRANÇAIS
   ARABIC
   DEUTSCH
   ITALIANO
   JAPANESE
   NEDERLANDS
   PORTUGUÊS
   SUOMI
   SVENSKA
   SWAHILI
   TÜRKÇE
RSS / SML
PrintSend to a friend

RD CONGO
Femmes accouchées et patients guéris "séquestrés" dans des hôpitaux
Taylor T. Kakala

GOMA, RD Congo, 25 jan (IPS) - En République démocratique du Congo (RDC), des femmes accouchées et patients guéris ne bénéficiant pas de couverture médicale sont pratiquement pris en otage dans des centres hospitaliers du pays jusqu’à ce qu’ils paient les frais médicaux et d’hospitalisation.

Mais faute de ressources pour la plupart des patients et devant la quasi-absence d’une assurance-maladie pour la majorité, beaucoup de Congolais n’hésitent pas à aller bénéficier illégalement des mutuelles de santé du Rwanda voisin, en particulier les habitants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC.

Esther Mujinga a accouché par césarienne à l’hôpital général de référence de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, en septembre 2012. Mais n’ayant pas d’argent pour payer ses factures de 80 dollars, cette dame de 28 ans a été "séquestrée" dans cet hôpital public durant deux mois. Pendant ce temps, son mari était employé gratuitement comme main-d’œuvre dans des travaux d’intérêt public pour solder la dette de sa femme.

"Notre structure est confrontée à d’énormes difficultés pour son fonctionnement par manque de moyens de sa politique", déclare à IPS, Fikiri Nzanzu, administrateur gestionnaire de cet hôpital de Goma, qui récuse le terme de "séquestration".

Nzanzu souligne que son souci premier est de faire fonctionner l’hôpital. Le fait de maintenir ici les bébés entre dans la logique d’amener la famille à s’acquitter de ses factures.

"La séquestration des nouveau-nés et de leurs mamans traduit l’ampleur des maux qui rongent le pays de l’est à l’ouest, et du nord au sud", explique Kelvin Kabunga, avocat à Goma.

En RDC, seule la Société nationale d’assurance (SONAS) détient le monopole d’assurance-maladie. Elle propose diverses rubriques: désir de transfert d’un hôpital à un autre, mode de consultation médicale, examens médicaux, maladies signalées... Mais ses prestations ne sont pas accessibles aux moins nantis. "La SONAS fixe le prix à payer à partir des rubriques choisies", explique à IPS, Anne-Marie Mudekereza, conseillère juridique à la SONAS.

Pour pallier la quasi-absence de l’assurance-maladie en RDC, la diaspora congolaise de Belgique a initié quelques mutuelles de santé à Kinshasa, la capitale. Pour une cotisation mensuelle de 30 euros, Solidarité Belgique-Congo, la branche en RDC de l’Union nationale des mutualités socialistes (UNMS en Belgique), permet à un résident congolais de payer les soins médicaux (consultations, médicaments et hospitalisations) pour sept personnes de son choix dans des hôpitaux de Kinshasa avec lesquels l’UNMS a un accord.

Outre de petites mutuelles de santé créées autour d’une profession, la quasi-totalité des Congolais ne savent pas comment s’acquitter de leurs factures dans des centres de santé. Certains donnent en gage un bien de valeur pour sortir d’un hôpital.

D’autres, notamment des mères avec leurs nouveau-nés, ont souvent leur chance dans un geste humanitaire: un appel lancé à la radio pour qu’un homme de bonne volonté paie les factures, ou encore dans le passage d’un candidat aux élections législatives - par exemple en 2006 et 2011 - pour poser un acte de propagande devant tous les médias de la place.

"Mon épouse, séquestrée pendant deux semaines, avait été libérée du centre de santé Foyer social lors du passage d’un candidat aux législatives de 2011", se souvient Bwana Mussa, un habitant de Goma.

Les séquestrations des accouchées et des patients guéris, pratiquées dans quasiment tous les centres de santé de la RDC pour insolvabilité, ainsi que les travaux gratuits pour les membres de leurs familles, poussent de nombreux Congolais du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à regarder vers le Rwanda.

Ils sont des milliers qui sont attirés par les mutuelles de santé de ce pays frontalier à l’est, qui dispose d’un système d’assurance-maladie depuis 1999. Les Congolais utilisent l’adresse de leurs frères résidant au Rwanda pour s’affilier illégalement à ses mutuelles de santé.

Pourtant à la fin 2011, les structures médicales du Rwanda ont perdu d’énormes sommes d’argent non remboursées par les mutuelles de santé. Le gouvernement rwandais avait alors décidé de revoir à la hausse les cotisations annuelles, passées de deux à trois, cinq ou dix dollars (suivant les catégories sociales et leurs revenus) dans les mutuelles réservées désormais aux seuls Rwandais.

"Depuis fin 2011, tout Rwandais assuré à une mutuelle de santé au Rwanda paie le ticket modérateur, soit 10 pour cent du coût total des soins", déclare à IPS, Brigitte Umulisa, chargée de la santé du district de Rubavu, dans l’ouest du pays.

Malgré cette restriction, des Congolais des deux Kivu tentent toujours illégalement d’y accéder. Un habitant de Bukavu, la capitale provinciale du Sud-Kivu, a tenté un renouvellement illégal de sa carte de mutuelle de santé au Rwanda, expirée pourtant en août 2012. "Mais, j’ai été butté à la tolérance zéro contre la corruption dans ce centre de santé", dit-il à IPS dans l’anonymat.

Au Rwanda, les mutuelles de santé - rendues obligatoires en 2007 - et les sociétés d’assurance-maladie couvraient 96 pour cent des habitants en 2012, selon le gouvernement. Les assurés bénéficient des accouchements, examens de laboratoire, radiologie et échographie, des opérations de petite et moyenne chirurgie, jusqu’aux consultations de médecine spécialisée. Cette facilité d’accès aux soins de santé a fait passer l’espérance de vie de 48 à 58 ans de 1999 à 2012 au Rwanda, selon des sources gouvernementales. (FIN/2013)

 

 

 

  Dernières Nouvelles
News in RSS
ETATS-UNIS: Les coupures d’eau à Detroit violent les droits humains, selon des activistes
NICARAGUA: Les gens de Mayagna et leur forêt tropicale pourraient disparaître
CHILI: Le pays jure de dissiper l’ombre persistante de la dictature
BRESIL: Carton rouge à l’exploitation des enfants lors de la Coupe du monde
THAÏLANDE: Des organisations religieuses veulent s’impliquer dans la gestion des catastrophes
SWAZILAND: Le mariage, un obstacle au traitement antirétroviral pour les femmes
KENYA: Division des opinions sur la faisabilité de l’introduction de l’option B+
OUGANDA: Les ARV, une pilule amère à avaler pour les enfants
ALLEMAGNE: La nouvelle révolution énergétique continue d'avancer
OUGANDA: Les adolescents ont du mal à révéler leur statut sérologique
More >>