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DEVELOPPEMENT
Le Sénégal cherche à freiner le baby-boom
Issa Sikiti da Silva

DAKAR, 5 fév (IPS) - Une femme de 25 ans et mère de cinq enfants, originaire de la province orientale de Tambacounda, au Sénégal, croit que les contraceptifs endommagent l'utérus et causent des problèmes de santé à long terme, tels qu’une hausse de la tension artérielle et des maux de tête chroniques.

"C'est ce que j'ai entendu certaines femmes dire dans le bus que j’ai pris pour aller en ville", déclare à IPS, cette femme qui vit maintenant à Dakar, la capitale, après son divorce tragique.

Elle n'avait que 16 ans quand elle a été forcée d'épouser son cousin de 35 ans. Quand elle essayait de discuter de la contraception avec son ex-mari, "il me battait et jurait qu'il me tuerait si jamais j’en parlais encore. Nous avons donc continué à avoir des enfants".

Comme conséquence des fausses idées au sujet des enfants et du planning familial, du dogme religieux et du manque de services de santé de la reproduction, des milliers de femmes à travers le Sénégal partagent sa situation.

Eliminer les stéréotypes

Les enfants constituent un symbole de richesse dans ce pays d’Afrique de l’ouest de 12 millions d’habitants, une perception qui a entraîné un "baby-boom", affirment des experts dans le pays.

"Cette ancienne croyance insinue que avoir plus de garçons signifie plus de main-d'œuvre (pour) une ferme, ou que vous avez la chance de voir (votre fils) devenir un homme riche ou même le président de la République ou un ministre, alors que avoir beaucoup de filles apporte à leurs parents plus d'argent ou du bétail pour la dot quand elles se marient", a expliqué à IPS, Fatoumata Sow, une conseillère pour les questions conjugales à Dakar.

"Dès que (les femmes) se marient, elles commencent à faire des enfants comme si un train à grande vitesse a décollé tard dans une gare, et file pour rattraper le temps perdu.

"Et bien que j’utilise le Sénégal comme une étude de cas, la tendance est presque la même dans toute l’Afrique de l'ouest", estime Sow, une mère de neuf enfants.

Elle dit que le planning familial est un sujet tabou dans plusieurs parties d'Afrique de l’ouest, en particulier dans les communautés rurales où l'analphabétisme règne, et la sensibilisation sur les services de planning familial – encore moins sur l'accès à la contraception et au contrôle des naissances - est inexistante.

"L'absence de politiques efficaces de planning familial avec (cette perception) que les enfants constituent un symbole de richesse a sérieusement endommagé le tissu social du Sénégal", déclare à IPS, un médecin de l'un des hôpitaux publics du pays, qui a requis l’anonymat.

"Je demande toujours à toutes les femmes enceintes, qui se présentent devant moi pour une consultation, si elles ont jamais utilisé des contraceptifs, et la réponse que je reçois tous les jours est non".

Seulement 12 pour cent des femmes sénégalaises utilisent des contraceptifs, a indiqué, à une conférence sur le planning familial à Londres l'année dernière, la ministre de la Santé et de l’Action sociale du Sénégal, le professeur Awa Marie Coll-Seck.

Intervention gouvernementale

Coll-Seck, qui a avoué que le taux actuel de prévalence de la contraception dans le pays est l'un des plus faibles au monde, affirme que la vision de son gouvernement est de faire passer l'aiguille de 12 à 27 pour cent d’ici à 2015.

Cela signifiera qu’il faudra atteindre cinq pour cent d’utilisateurs par an. "C’est possible", a déclaré Coll-Seck, optimiste, à la presse à Dakar.

Pour mener la sensibilisation et éliminer les stéréotypes qui entourent la contraception, le gouvernement a lancé une journée nationale d'action pour le planning familial à la fin de 2012.

Ce plan est venu à point nommé: selon Coll-Seck, une femme sur deux a exprimé le désir d'espacer les naissances, mais n'a pas accès aux produits et services de planning familial.

Cette journée nationale d'action sera également utilisée pour sensibiliser les hommes sur l'importance de l'espacement des naissances, parce que le planning familial est une question pour le couple, et pas seulement pour la femme.

Le gouvernement sénégalais dit qu'il s'est fixé pour objectif d'atteindre 350.000 femmes dans les trois prochaines années.

Afin d'atteindre efficacement ses objectifs, la campagne a été divisée en trois phases, selon Dr Bocar Mamadou Daff, directeur national de la santé de la reproduction et de la survie de l’enfant.

Tout d'abord, la sensibilisation à travers une communication de masse, qui comprend l'envoi de messages spécifiques à des cibles sélectionnées et l’organisation d’une campagne de plaidoyer pour amener les dirigeants à soutenir les valeurs du planning familial.

La deuxième phase implique un système communautaire de distribution pour améliorer l'accès aux contraceptifs à court terme. Des acteurs privés seront également impliqués, affirme Daff, pour aider à étendre la fourniture de contraceptifs.

La troisième et dernière phase consiste à s'assurer que les contraceptifs sont facilement disponibles pour les personnes qui en ont besoin.

Selon Sow, un meilleur planning familial pourrait également permettre au gouvernement de s'attaquer à deux problèmes connexes qu'il a du mal à aborder depuis plusieurs années: la malnutrition et les sans-abri.

En décembre dernier, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a indiqué qu'il avait distribué un traitement salvateur à plus de 850.000 enfants gravement malnutris dans la région du Sahel, qui étaient affamés à mort en 2012.

Le Sénégal a l'un des taux les plus élevés de malnutrition aiguë dans le monde; dans la province de Matam, dans le nord, ce taux atteint 19 pour cent, selon le Programme alimentaire mondial.

"Quand il y a trop d'enfants à nourrir, le chef du ménage doit avoir beaucoup (d'argent) pour prendre soin d'eux, sinon ils seront soit malades de faim et mourront, ou descendront dans les rues pour mendier", souligne Sow. (FIN/2013)

 

 

 

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