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MALI
Le dilemme du retour pour les réfugiés maliens au Niger
Emmanuel Haddad

NIAMEY, 18 fév (IPS) - Les quelque 50.000 Maliens, partis du nord du Mali pour se réfugier au Niger en 2012, pensaient n’y rester qu’un laps de temps. Un an plus tard et malgré l’intervention militaire française, rares sont ceux qui se disent prêts à prendre le chemin du retour.

«Vous suivez les informations? Est-ce que vous songez sincèrement que l’on puisse rentrer au Mali dans ces conditions?», demande Omar*, le vice-président de l’Association des familles maliennes réfugiées à Niamey, la capitale nigérienne.

Créée par les quelque 2.800 réfugiés qui se sont installés au compte-goutte à Niamey depuis l’arrivée des groupes armés séparatistes ou djihadistes au nord du Mali en 2012, l’association tenait une réunion dans l’ancien consulat du Mali le 9 février. Omar est arrivé de Gao en avril 2012 et, comme les autres, il n’imaginait pas que l’exil serait si long.

Le retour, une obsession

La veille de cette réunion, un kamikaze s’était fait exploser à Gao, sans faire de victime, plongeant la ville d’origine d’Omar dans la peur du terrorisme. Mais ce n’est pas la seule raison qui l’empêche de retourner au Mali: «Ce n’est pas juste une question d’insécurité. Je suis fonctionnaire à Gao et en l’absence de l’administration, je ne peux pas envisager d’y retourner sans retrouver mon travail».

Tous les Maliens réfugiés à Niamey ne partagent toutefois pas son avis. Seydou*, un professeur de physique-chimie qui a fui Ansongo en mai 2012, estime que parler de retour au Mali n’a rien d’insensé: «On pense tous au retour. Pour être sincère, j’ai la nostalgie, je pourrais même dire l’obsession de revoir la région de Gao. Et puis, mes parents proches m’appellent chaque semaine pour que je revienne», a-t-il dit à IPS, le 14 février, au quartier Nouveau marché de Niamey.

Mais pour lui non plus, l’heure du départ n’est pas encore arrivée: «Je ne peux pas reprendre mon travail de professeur tant que les écoles ne rouvrent pas. Et de toute manière, aucun bus ne sort de Niamey en direction du Mali depuis le début de l’intervention militaire française», le 11 janvier, ajoute-t-il avec regret.

Assis à ses côté, Moussa* a, pour sa part, laissé sa boutique de prêt-à-porter au centre-ville de Gao et il compte bien la retrouver dans les jours à venir. «Je m’apprête à repartir. J’ai déjà commencé à envoyer la marchandise vers Gao».

Rien ne semble décourager ce quadragénaire songhaï, ni les mines qui jalonnent la route menant à Gao, ni les risques d’attentat. «Le calme va revenir. Sur place, les gens me disent que l’armée entre désormais dans toutes les maisons pour traquer les membres du MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest). Ces derniers préfèrent se rendre pour ne pas porter préjudice aux familles qui les ont accueillis», affirme-t-il avec optimisme.

La peur des représailles

Un optimisme que la présidente de l’Association des familles déplacées aimerait partager. Rencontrée par IPS dans une maison accueillant six familles maliennes, Aminata* explique néanmoins qu’elle n’envisage pas de retour, tant que le MUJAO sera présent à Gao.

«Les islamistes veulent faire des femmes des armoires dans les maisons, nous interdire de sortir sans voile, de vivre. Alors, on a décidé de s’enfuir». Selon elle, de nombreux réfugiés «à la peau claire» redoutent aussi qu’une fois de retour, ils subissent des représailles s’ils sont assimilés aux islamistes d’Ansar Dine et aux membres du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad).

Alors s’enfuir, oui, mais pas n’importe où. «Pas question d’aller dans les camps de réfugiés d’Abala ou de Mangaïzé, dans la région de Tillabéri (sud-ouest du Niger). Là-bas, les maladies peuvent se propager trop vite et des gens de tous horizons se retrouvent mélangés au même endroit», souligne Aminata*.

Plus de 50.000 réfugiés maliens sont regroupés dans des camps situés dans la région de Tillabéri, frontalière du Mali.

Les éleveurs pris entre deux feux

«Pour l’instant, nous n’avons pas constaté de retour vers le Mali. A l’inverse, les gens continuent d’arriver», indique le bureau du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, à Niamey.

Beaucoup de ces réfugiés ruraux sont des éleveurs et, selon Dodo Boureïma, secrétaire permanent de l’Association de redynamisation de l’élevage au Niger (AREN), ils seront les plus exposés en cas de retour.

«Au nord du Mali, les éleveurs sont pris entre deux feux. D’un côté, les bandits vivent sur leur dos. De l’autre, les militaires les accusent d’être les passe-frontières des rebelles. J’ai encore appris récemment qu’un éleveur avait été tué par des militaires et que ses animaux avaient été dispersés», déclare Boureïma à IPS.

Mais contrairement aux réfugiés urbains, ces éleveurs pourraient être forcés de quitter le Niger avec l’arrivée de la saison des pluies, explique-t-il. «Les agriculteurs nigériens risquent de se montrer intransigeants avec la nouvelle saison des pluies qui va démarrer en mai ou juin. Ils pourraient considérer que la présence des éleveurs-pasteurs maliens constitue une menace pour les champs de cultures, donc pour la sécurité alimentaire».

«AREN a récemment discuté de cette question brûlante avec une délégation du nord du Mali. Les éleveurs maliens sont en alerte, mais aujourd'hui, tant les autorités nigériennes que la population sont conscients des épreuves que doit traverser la population du nord du Mali», témoigne Boureïma.

«Des dispositions sont malgré tout à prendre, notamment à Bankilaré, au nord-ouest de Tillabéri, à la frontière avec le Mali, où sont concentrés de nombreux éleveurs venus du Nord-Mali. AREN y a envoyé ses membres pour cartographier les points d'eau et prévenir des conflits potentiels», ajoute-t-il.

*Les noms des réfugiés maliens ont été modifiés à leur demande pour préserver leur sécurité. (FIN/2013)

 

 

 

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