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Q&R
Comment créer une société sud-africaine qui récompense le travail
Kristin Palitza interviewe HLUMELO BIKO, un banquier sud-africain d’investissement, un auteur et fils du célèbre héro anti-apartheid, Steve Biko

LE CAP, 8 mars (IPS) - Dans son nouveau livre intitulé "La Grande société africaine - un plan pour une nation égarée", Hlumelo Biko, le fils du défunt leader de Conscience noire, Steve Biko, affirme que si rien ne change en Afrique du Sud, le pays sera ravagé par la corruption, la criminalité, la déchéance sociale, le désespoir et la colère.

Près de deux décennies après la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud continue de se battre contre la grande pauvreté, le chômage élevé et des systèmes éducatifs et de santé en effondrement.

Biko a déclaré à IPS que, du point de vue économique, la société sud-africaine demeure inchangée - et là où il y a eu de transformation, elle a été politisée.

"Ceux qui sont en relation étroite avec le parti (au pouvoir) ont été autorisés à prospérer. Ceux qui ne le sont pas, n'ont pas prospéré", a-t-il indiqué. "Nous devons créer une société qui récompense le dur labeur et non la personne que vous connaissez".

Bien que Biko travaille en tant que président de la 'Spinnaker Growth Partners', une société privée d’investissement, la politique est un élément central de sa vie depuis son enfance. Sa mère, Dr Mamphela Ramphele, est une autre activiste sud-africaine anti-apartheid bien connue et une ancienne directrice générale de la Banque mondiale.

Voici quelques extraits de l’interview:

Q: Dans votre livre, vous analysez la façon dont l'Afrique du Sud est arrivée là où elle est aujourd'hui - une nation ravagée par les inégalités économiques. Votre père se retournerait-il dans sa tombe?

R: Je ne pense pas qu'il serait heureux. Et je ne pense pas que des gens comme ma mère puissent rester les bras croisés et regarder. Nous avons cédé l'espace à quelques politiciens et leur avons permis d'opérer. Et puis nous regardons en arrière 10 ans plus tard et nous nous posons la question: "Oh non, que s'est-il passé?". Les Sud-Africains doivent se faire entendre très clairement au sujet de ce à quoi leur avenir devrait ressembler, pour que nous puissions tous participer à la réalisation de l'avenir de ce pays.

Q: Votre mère a récemment lancé un nouveau parti politique, Agang, en opposition au Congrès national africain (ANC). En êtes-vous membre?

R: Non, je ne le suis pas. Je ne vais pas adhérer au parti, mais je suis un supporteur de ma mère en tant que son fils. Nous partageons des points de vue politiques similaires. J'ai écrit ce livre pour suggérer une politique de manière que le gouvernement actuel et les autres partis politiques puissent en utiliser des éléments pour les adapter aux politiques qu'ils soutiennent. J'espère que ma mère est enthousiaste à utiliser certains de ces mécanismes comme une partie de sa plate-forme.

Q: L'une des principales promesses de votre livre est que l'Afrique du Sud a besoin d'une meilleure gouvernance.

R: Une réglementation efficace signifie que vous devez avoir des gens compétents. Ce que vous avez fait avant 1994 (la fin de l'apartheid) ne devrait pas avoir d’importance. Toutefois, ces antécédents donnent toujours aux gens une longueur d'avance sur les autres. Nous devons aller au-delà de cela et nous focaliser sur la capacité technique. Si vous regardez des économies comme la Chine, elles sont là où elles sont parce que les cadres de leur gouvernement y sont, qu'on le veuille ou non, extrêmement qualifiés. Ils sont en mesure de proposer des politiques efficaces. C'est là où nous devons l’amener.

Q: Vous suggérez une commission vérité et réconciliation silencieuse pour la corruption. Pourquoi silencieuse?

R: Honnir et nommer des gens les décourage à sortir. Vous voulez renvoyer les mauvais fonctionnaires qui ont volé de l'argent. C'est assez facile si vous leur accordez l’amnistie. Ma proposition est qu’ils ne sont pas obligés de rendre l'argent s’ils quittent dans un certain espace de temps.

Essayer de récupérer l'argent (qu’ils ont volé) à travers le système de justice pénale va prendre tellement du temps qu’il est mieux de les inciter à quitter. Après cela, je propose que nous entrions dans un environnement qui est très impitoyable avec la façon dont nous engageons les poursuites pour corruption.

Q: Vous suggérez que le secteur privé aide à résoudre certains des plus grands défis du pays. Pensez-vous que les entreprises soient prêtes à assumer cette responsabilité très sociale?

R: Peut-être pas dans d'autres pays, mais en Afrique du Sud, à cause de la législation sur la BEE (Autonomisation économique des Noirs) au sein de laquelle les entreprises devaient déjà travailler au cours des 20 dernières années, elles en sont habituées. Elles sont enthousiastes à avoir un mot à dire sur là où va leur argent. J'estime qu'il existe 500 milliards de rands (56 milliards de dollars) supplémentaires à dépenser encore au cours des prochaines années pour l'autonomisation.

Au lieu d'investir cet argent dans des entreprises de la BEE, je propose que des sociétés soient autorisées à investir directement dans les communautés, à travers des initiatives comme la santé, l'éducation, le développement des compétences. C'est aussi dans l'intérêt à long terme de leurs actionnaires, car avec une meilleure qualité de l'éducation et des compétences, l'économie s'améliorera et, par conséquent, les actions seront en hausse. (FIN/2013)

 

 

 

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