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MOZAMBIQUE
Les fermiers craignent les accaparements des terres par des étrangers
William Mapote

MAPUTO, 14 mars (IPS) - Les syndicats des fermiers mozambicains croient que bientôt la terre deviendra très rare pour les habitants puisque le gouvernement en loue de plus en plus aux agro-industries étrangères – déplaçant ainsi des milliers de communautés rurales et de petits fermiers sans titres de propriété officiels de leurs terres.

"En tant qu'UNAC (Syndicat national des paysans du Mozambique), nous pensons que dans un très court terme, la terre deviendra plus rare pour les Mozambicains parce que le gouvernement est en tain d'attirer des investisseurs étrangers, affirmant que nous avons de vastes terres inexploitées", a déclaré à IPS, João Palate, un porte-parole de l'UNAC.

Les chiffres officiels du Centre de promotion des investissements indiquent que le Mozambique dispose d’environ 19 millions d'hectares de terres ayant un potentiel pour l'agriculture, la sylviculture et l'élevage - bien que seulement 5,6 millions d'hectares soient exploités.

"Mais ce qui se passe, en fait", a expliqué Palate, "quand les investisseurs viennent, leur appétit est centré sur les terres déjà exploitées par la population locale".

Environ 64 pour cent des Mozambicains vivent actuellement dans les zones rurales où l'agriculture est la principale forme de revenu et 45 pour cent vivent avec moins d'un dollar par jour, selon 'FIAN International', une organisation de défense des droits humains.

Au cours des deux dernières années, le gouvernement mozambicain a approuvé plus de 10 nouveaux projets étrangers de développement agro-industriel. Le plus grand est ProSavana, dans lequel plus de 10 millions d'hectares ont été attribués aux investisseurs brésiliens et japonais.

"Nous avons des cas comme celui de la province de Niassa, où près de quatre districts entiers ont été loués à 'Chikweti Forests', expulsant des milliers de petits fermiers qui étaient là depuis plusieurs générations", a affirmé Palate.

'Chikweti Forests', une filiale du fonds d'investissement basé en Suède, 'Global Solidarity Forest Fund' (Fonds mondial de solidarité pour les forêts), a créé des plantations d'arbres sur 13.000 hectares.

Selon la constitution du pays, la terre appartient à l'Etat et ne peut pas être vendue, mais "le droit d'exploiter et de profiter de la terre est conféré aux individus ou aux groupes..."

Selon les lois sur le foncier au Mozambique, les gens peuvent demander le droit d'exploiter et de profiter de la terre auprès du gouvernement provincial, s’il s’agit de moins de 1.000 ha. Pour des terres de superficie supérieure à 10.000 ha, les demandes doivent être soumises au ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Selon la loi, la terre peut être également allouée aux communautés locales qui l’ont occupée pendant plus de cinq ans.

Palate a souligné que la terre est une question de souveraineté et que la production alimentaire doit être dominée par les habitants dotés de connaissances sur les meilleures pratiques agricoles.

ProSavana, par exemple, va cultiver des sojas, a-t-il dit. "Ce qui signifie que leur activité est centrée sur l'exportation - si c'est le cas, ils ne vont pas résoudre nos problèmes (de sécurité alimentaire)", a-t-il déclaré.

Le projet ProSavana sera mis en œuvre dans le Corridor de développement de Nacala, une zone située entre les provinces de Nampula, de Zambézie et de Niassa, dans le nord du Mozambique. La terre destinée au projet est actuellement occupée par des milliers de petits agriculteurs.

Pendant ce temps, le gouvernement a, à plusieurs reprises, nié les affirmations selon lesquelles les petits fermiers perdraient leurs terres dans cette affaire.

Des promesses non tenues

Delfina Sidónio, une mère de trois enfants, ne se souvient plus du nombre de fois qu’on lui a promis un dédommagement pour la perte de sa terre traditionnelle, a-t-elle indiqué à IPS.

Elle a perdu sa ferme de cinq hectares dans la communauté de Ruace, dans la province de Zambézie à cause de l'agro-industrie portugaise Quifel lorsque 10.000 ha de terres y ont été accordées à la société par le gouvernement. Opérant sous le nom de projet Hoyo-Hoyo, l’entreprise envisage de cultiver le soja et le tournesol pour la production de biocarburants.

"J'ai été expulsée de ma terre, que j'ai héritée de mes parents, avec des promesses de nouvelles terres pour y travailler et de 680 dollars sous forme de dédommagement. Depuis que j'ai été expulsée, il y a un an, tout ce qu’on m’a versé, c’est environ le quart du montant qu'ils ont promis de payer, et il n'y a aucune information sur la nouvelle terre à exploiter", a expliqué Sidónio à IPS.

Sidónio est l'un des plus de 200 petits agriculteurs qui ont perdu leurs terres dans cette affaire.

"Toute notre vie dépendait de cette terre. Cette terre nous donnait des vivres - notre mode de vie", a indiqué à IPS, Ernesto Elias, responsable du forum d’association des petits fermiers à Ruace.

"Au début, l’entreprise avait promis de nous donner de nouvelles terres agricoles pour construire des infrastructures, fournir de l'eau et de verser une indemnité en fonction de ce que nous avions sur la ferme", s’est-t-il rappelé, "mais après quelques mois, toutes les promesses sont devenues des mensonges".

Fatima José, une autre petite agricultrice originaire de la région, a dit qu'elle s’inquiétait de son avenir immédiat. "Les dernières récoltes sont maintenant en train de s’épuiser dans nos magasins et à partir des prochains mois, nous ne savons pas comment nous allons survivre", a-t-elle déclaré à IPS.

Contacté par IPS, le bureau de Quiefel à Gurue, dans la province de Zambézie, a nié ces allégations.

"Nous nous préparons à honorer, jusqu'à juin prochain, les promesses restantes faites durant les négociations avec les communautés", a affirmé un responsable de la société. "Et à partir de là, personne ne parlera d'accaparement de terres à Ruace, mais parlera de coopération durable entre la communauté et les investisseurs pour développer l'agro-industrie". (FIN/2013)

 

 

 

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