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LIBYE
Le trafic de drogue est en hausse
Maryline Dumas

TRIPOLI, 15 mars (IPS) - En Libye, la pilule de LSD ou de tramadol (un anti-douleur) coûte 78 cents US, et la barrette de cannabis 7,8 dollars. La drogue est accessible aux plus modestes pour une raison simple: «casser les prix, c’est un moyen de créer la demande, d’ouvrir le marché», affirme un diplomate occidental à Tripoli, la capitale.

«Les prix augmenteront quand les gens seront déjà dépendants», ajoute ce diplomate qui travaille sur les questions de défense et de sécurité.

En attendant, le marché de la drogue est florissant, même si aucun chiffre n’existe, pour le moment, sur le nombre de drogués en Libye. Mais Dr Abdullah Fannar, directeur assistant de l’hôpital psychiatrique de Gargaresh, un quartier riche de Tripoli, note une évolution: «Il y a clairement une augmentation des personnes souffrant de dépendance aux substances illégales. Nous avions un service spécial pour les drogués il y a dix ans, nous réfléchissons à le rouvrir».

Pour Dr Fannar, la drogue touche «les jeunes personnes ainsi que les rebelles qui souffrent de troubles post-traumatiques suite à la guerre». Plus fragiles, des gens peu instruits et des anciens soldats se laisseraient facilement convaincre de consommer de la drogue et de l’alcool - interdit en Libye. Ainsi, début mars, plusieurs dizaines de personnes sont mortes, empoisonnées au méthanol contenu dans de l’alcool frelaté localement.

Les trafics de drogue et d’alcool ne sont pas nouveaux en Libye. Plusieurs rapports des Nations Unies ont fait état, sous le régime de Kadhafi, de la circulation de ces produits, passant de l’Afrique vers l’Europe par la Libye. Mais aujourd’hui, le marché se développe encore plus, le gouvernement libyen ayant du mal à surveiller ses frontières.

«Nous savons qu’il y a de la contrebande de drogue et d’alcool, notamment aux frontières du sud», reconnaît auprès d’IPS, le colonel Adel Barasi, porte-parole du ministère de la Défense. «Nous travaillons à une stratégie de surveillance, nous formons l’armée, nous allons nous équiper et, Inchallah, l’armée libyenne parviendra à protéger nos frontières».

«Les routes de la drogue évoluent à l’international, en utilisant les pays en déstabilisation et (ayant une) fragilité sécuritaire. C’est le cas en Libye, où de nombreux trafics existent. Et cela risque d’empirer», explique Céline Bardet, spécialiste des crimes de guerre et criminalité transnationale.

Bardet qui est consultante auprès de la Commission européenne, estime même que l’existence de laboratoires de drogue en Libye est possible, même si cela n’a pas encore été prouvé. Elle reconnaît cependant que «la police commence à travailler ces questions avec l’aide de la coopération internationale».

Dans un quartier de l’est de Tripoli, l’Unité spécialisé de la police, créée en 2012 et coiffée par la brigade anti-criminalité, est fière de montrer qu’elle lutte contre les trafics de drogues et d’alcool.

Abdulhakim Belhasi, le porte-parole de cette unité, a déballé pour IPS les prises déjà opérées par ses hommes: sept kilos d’héroïne et de cocaïne, du cannabis, 1.400 tablettes de tramadol, du whisky, de vodka et 1.400 litres d’alcool frelaté. Le tout était stocké dans un hangar en attente d'être détruits.

La dernière saisie de drogue avait été annoncée le 23 février par le porte-parole de la marine libyenne, le colonel Ayoub Gacem: 30 tonnes de drogues récupérées et trois personnes appréhendées sur un bateau intercepté la veille par les garde-côtes libyens. Mais la nature des drogues n’a pas été précisée.

Belhasi en appelle à l’aide internationale. «Des gens nous combattent en faisant circuler la drogue. Ils cherchent à détruire les repères de nos jeunes. Cela ne peut être que des kadhafistes qui sont dans les pays voisins. Eux seuls ont l’argent», affirme-t-il.

Mais, cette affirmation fait rire ce jeune consommateur qui tient à préserver l’anonymat: «Boire un peu d’alcool, fumer un joint, ça n’a jamais fait de mal à personne! Ceux qui nous traquent ne sont que des barbus (islamistes) qui cherchent à imposer la charia en Libye!»

Khaled Kara, membre d’une association anti-drogue et ancien maire de Souq al-Juma, un district de Tripoli, réfute cette accusation: «Je porte la barbe, je ressemble à un islamiste, mais je suis un modéré».

Les drogués sont interpellés quand ils sont pris en flagrant délit. Dr Fannar indique qu'il reçoit des patients qui viennent de prison - envoyés par la police parce qu’ils sont en crise de manque – mais aussi par leur famille.

Kara se dit inquiet: «Les trafiquants de drogue sont très violents. Ils sont prêts à tout pour défendre leur business. Ils sont mieux armés que l’Unité spéciale: ils ont des lance-roquettes alors que la police n’a que des revolvers».

Les hommes de l’Unité spéciale disent qu’ils aimeraient être plus armés. Mais ils parlent de pressions d’un autre genre: «On a enlevé mon fils d’un an et demi», explique Kamal, le seul nom connu de ce policier pour des raisons de sécurité. «Cela n’a duré que quelques heures. Mais quand je l’ai retrouvé, il portait un message: 'si tu ne démissionnes pas, la prochaine fois, ce sera ta femme'».

Prié par IPS de dire s’il a peur, Kamal, admiré par ses camarades pour ses faits de guerre pendant la révolution, répond simplement: «Je suis ici, je travaille». Un de ses collègues ajoute: «On a fait la révolution pour notre pays, on lutte contre les dealers pour notre pays».

Toutefois, s’ils continuent de faire leur travail, la plupart des membres de l’Unité spéciale sortent à présent cagoulés. (FIN/2013)

 

 

 

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