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RD CONGO
Les mutuelles de santé prennent en charge les malades insolvables
Maurice Wa ku Demba

LUBUMBASHI, 22 mars (IPS) - Pour avoir accès aux soins de santé, des citoyens adhèrent de plus en plus aux mutuelles de santé en République démocratique du Congo (RDC). Ces mutuelles permettent aux centres hospitaliers de faire des recettes pour leur fonctionnement.

De nombreux malades au revenu modeste en RDC paient difficilement leurs factures pour les soins dans des hôpitaux dont certains les gardent parfois 'en otage' jusqu’à ce que leurs parents règlent leurs dettes.

«Mon épouse a subi une intervention chirurgicale en octobre 2012 lors d’un accouchement qui m’aurait couté cher», déclare à IPS, Freddy Bukasa, un agent à la mairie de Likasi au Katanga, la province du sud-est du pays. Mais, grâce à une cotisation mensuelle de 2,5 à 4,5 dollars, sa mutuelle de santé 'Assurance communautaire de santé' a pris en charge 85 pour cent des frais d’hospitalisation de sa femme.

Par contre, la majorité des fonctionnaires de Likasi ont des dettes auprès des structures sanitaires où ils sont enregistrés comme des clients insolvables. Selon une étude de 2011 sur la pauvreté en RDC, «70 pour cent des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour».

Depuis le lancement par le ministère de la Santé, en septembre 2012, du Programme national pour la promotion des mutuelles de santé, de plus en plus de Congolais adhèrent à ces structures.

«Quand j’ai un malade en famille, les dépenses de soins que la mutuelle couvre sont de loin supérieures à ma contribution. Je ne peux m’empêcher de donner mes quatre dollars par mois», affirme à IPS, Mamie Muand, membre de la mutuelle de santé de l’église méthodiste de Lubumbashi, la capitale provinciale du Katanga.

Dans chaque mutuelle, les membres qui paient leur cotisation se présentent, en cas de maladie, dans des centres de santé agréés et reçoivent des soins primaires en ophtalmologie, dans les petites et moyennes chirurgies, et peuvent bénéficier d’une hospitalisation de courte durée...

Bouffée d’oxygène

Dans la capitale congolaise Kinshasa, les dix hôpitaux et la soixantaine de centres de santé gérés par le Bureau diocésain des œuvres médicales (BDOM), une structure de l’église catholique, ont signé des conventions avec trois mutuelles de la ville.

Chaque mois, le BDOM perçoit auprès de ces mutuelles plus ou moins 50.000 dollars pour environ 20.000 bénéficiaires, dont le nombre va croissant. «Avec ce que nous paient les mutuelles de santé aujourd’hui, nous renouvelons l’appareillage, assurons la remise à niveau du personnel soignant et améliorons la qualité des soins», reconnaît Stanislas Tambwe, administrateur de l’hôpital Daco.

Depuis avril 2011, l’Etat congolais subventionne, à hauteur de 300.000 dollars par mois, la mutuelle de santé du secteur de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel. L’objectif est de faciliter aux enseignants et à leurs proches l’accès aux soins de santé primaires.

«Nous encourageons les mutuelles parce que malades et personnel de santé en sortent gagnants», déclare Cécile Muteba, responsable du service financier à l’hôpital de référence Jason Sendwe de Lubumbashi. Son hôpital encaisse près de 12.000 dollars chaque mois pour la prise en charge médicale des membres des mutuelles de santé qui y sont affiliées.

C’est un début de solution à l’épineux problème de malades insolvables qui ruinaient les hôpitaux, admet Muteba. Mais ce système ne profite pas seulement aux structures sanitaires. «Les bénéficiaires de nos services (membres des mutuelles de santé) sont aussi surtout sauvés du danger de l’automédication et du recours aux tradipraticiens», ajoute-elle à IPS.

Le ministre de la Santé publique, Félix Kabange, se réjouit de ces nombreuses adhésions aux mutuelles. Pour lui, le programme quinquennal du gouvernement «Révolution de la modernité» (2011-2016) vise l’accès de tous aux soins de santé de qualité et à moindre coût.

Sensibiliser pour plus d’adhésions

«Seule votre carte de membre vous donne droit aux examens de laboratoire et aux soins quand vous vous présentez dans un centre de santé», souligne Dady Mputu, responsable provincial de la mutuelle de l’Union nationale des travailleurs du Congo. Il suffit d’être en règle de sa cotisation et de s’en tenir aux recommandations de la mutuelle sur les hôpitaux pour bénéficier des soins de santé, expliquait-il lors d’une séance de sensibilisation des femmes marchandes à Lubumbashi, le 15 mars.

A la fin de février, une source au ministère provincial de la Santé indiquait qu’un peu plus d’un million de personnes ont déjà adhéré aux mutuelles de santé au Katanga sur une population estimée à plus de neuf millions d’habitants. Ces adhérents sont membres de 16 mutuelles de santé reconnues par le ministère. Dans la région de Kinshasa, ils sont plus de 1,2 millions adhérents dans 14 mutuelles.

Mais à Lubumbashi comme dans biens d’autres localités de la province, des campagnes de sensibilisation se multiplient sur l’importance d’une mutuelle de santé. Elles sont souvent menées dans les églises, les marchés et places publiques pour susciter davantage d’adhésions.

A Katuba, une commune très peuplée de Lubumbashi, les agents sensibilisateurs font du porte-à-porte pour toucher la majorité des familles pauvres qui sont une charge pour des centres de santé, presque condamnés à toujours soigner des personnes sans ressource. (FIN/2013)

 

 

 

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