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CENTRAFRIQUE
Après le coup d’Etat, la Seleka respectera-t-elle la lettre des Accords de Libreville?
Arsène Séverin

BRAZZAVILLE, 26 mars (IPS) - Le chef des rebelles de la coalition Seleka, Michel Djotodia, qui s’est autoproclamé nouveau président de la République centrafricaine (RCA), le 24 mars, a suspendu la constitution du pays, ainsi que le gouvernement et l’Assemblée nationale.

L’Union africaine a condamné lundi ce coup d’Etat et suspendu la RCA de l’organisation, prenant des sanctions d’interdiction de voyage et de gel des avoirs contre sept responsables de la Seleka, dont son chef Djotodia. De son côté, le Conseil de sécurité des Nations Unies qui condamne également le renversement des institutions en RCA, appelle au retour à l’ordre constitutionnel.

Dans sa première déclaration officielle, le 25 mars à Bangui, la capitale de la RCA, Djotodia a également confirmé sa volonté d’appliquer les accords conclus en janvier 2013 à Libreville au Gabon, entre la Seleka et le gouvernement de l’ancien président centrafricain, François Bozizé.

Djotodia avait déjà exprimé cette intention devant des journalistes aussitôt après la prise de Bangui, dimanche par les rebelles. Il s’est donc engagé à reconduire le Premier ministre du gouvernement d’union nationale, Nicolas Tiangaye, pour composer un nouveau cabinet. Et le président autoproclamé promet d’organiser des élections dans trois ans.

Toutefois, les Accords de Libreville ont prévu l’organisation des élections législatives en 2014 et le scrutin présidentiel en 2016, à la fin du second mandat du président Bozizé. Mais les accords précisent que les responsables de la transition – président et ministres – ne doivent pas être candidats aux élections. Les rebelles respecteront-ils cette clause?

Le président Bozizé a quitté Bangui le 24 mars pour se réfugier au Cameroun tandis que sa famille a été accueillie en République démocratique du Congo.

Entre les 23 et 24 mars, les événements se sont précipités à Bangui, les rebelles de la Seleka ayant décidé de prendre le pouvoir. Ils n’ont cependant été inquiétés ni stoppés par les troupes de la Force militaire de l’Afrique centrale (FOMAC).

Quant aux militaires sud-africains présents en RCA pour protéger le président Bozizé, ils ont perdu au moins 13 hommes dans les combats, selon plusieurs sources. Et le président sud-africain Jacob Zuma a reconnu la mort de ses soldats.

La FOMAC, dirigée par le général congolais Guy Pierre Garcia, n’est pas intervenue dans les combats, lors de la prise de Bangui. Au contraire, les militaires de la FOMAC auraient essuyé les tirs des Forces armées centrafricaines, fidèles à Bozizé.

Accusé de "dérive totalitaire" par le chef de la Seleka, le président Bozizé s’était rétracté à appliquer les Accords de Libreville, parrainés par le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, médiateur dans la crise centrafricaine. Plusieurs fois annoncé et attendu à Bangui, Sassou Nguesso n’est finalement plus venu à la rescousse de son protégé au pouvoir depuis 2003.

Et depuis le coup d’Etat de la Seleka à Bangui, les autorités congolaises n’ont voulu faire aucun commentaire. Toutefois, des sources proches de la présidence à Brazzaville affirment que Bozizé "était sorti des Accords de Libreville et avait ainsi trahi la confiance du président Sassou Nguesso. Il ne méritait plus d’être soutenu".

Bozizé a été également lâché par ses autres pairs d’Afrique centrale qui ne lui ont pas pardonné de les avoir ignorés pour aller rechercher la protection militaire de l’Afrique du Sud.

Le chef de l’Etat tchadien Idriss Deby, président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, était en froid depuis mai 2012 avec Bozizé qui refusait de suivre ses conseils lui demandant de dialoguer avec ses opposants. Et les 500 soldats tchadiens qui formaient auparavant sa garde rapprochée, ont quitté la RCA en octobre 2012, Bozizé les ayant accusés d’exactions.

Malgré les assurances de Djotodia de créer une "brigade rouge" pour stopper les pillages et autres exactions, les populations ne se sentent pas en sécurité. "Nous sommes en insécurité, malgré le couvre-feu que les rebelles ont instauré à Bangui. Ça tire de partout et nous avons peur avec les enfants", témoigne au téléphone mardi à IPS, Bibi Menbgi, une mère de famille à Bangui où il n’y a toujours pas d’électricité et d’eau depuis dimanche.

"De moins en moins, on voit les jeunes piller et tirer en l'air, mais la tension reste vive à Bangui. Plusieurs jeunes avaient été armés par Bozizé", déclare John Mourassen, un journaliste basé à Bangui.

Selon Jean Kinga, juriste à Brazzaville, le président autoproclamé de la RDA risque de se livrer à des actions extrajudiciaires. "Il a mis toutes les institutions législatives et judiciaires en berne, cela lui donne libre cours à agir comme il veut. Il n’est donc pas exclu qu’il règle les comptes à ceux qui ont géré hier la Centrafrique".

"Pour gagner la confiance de la population, Djotodia doit réunir tout le monde, notamment le camp Bozizé et surtout l’opposition politique", suggère Mourassem.

Jonas Mokpendiali, un Centrafricain résidant à Brazzaville depuis 2003, se dit perplexe pour l’avenir de son pays. "Chaque fois, c’est toujours pareil. Bokassa chassé, André Kolingba chassé, Patassé chassé et maintenant Bozizé qui se croyait le maître de Bangui avec une dictature sauvage", se plaint-il.

Gabriel Mialoundama, sociologue à l’Université de Brazzaville, estime que les événements de Bangui sont le résultat d’une longue crise. "Depuis son arrivée au pouvoir, François Bozizé n’a pas réussi à rassembler le peuple. Il s’est distingué par l’exclusion des opposants et surtout du président Ange-Félix Patassé qui est mort (en 2011) à cause de sa maladresse. Ce n'était pas un homme de poigne", dit-il à IPS.

Mais, Mialoundama ajoute, optimiste: "Si Djotodia travaille durement à mettre une nouvelle constitution et remettre de l’ordre dans la maison en organisant les élections sans qu’il soit candidat, il rendrait un grand service à la Centrafrique".

Pour ce sociologue, il sera difficile au président autoproclamé de la RCA de travailler les mains libres. "La Centrafrique reste entre les serres du Congo et du Tchad qui aurait largement soutenu les rebelles avec la bénédiction de Sassou Nguesso. Comme ils l’ont fait avec Bozizé, Deby et Sassou garderont la main sur Bangui, Djotodia va se comporter comme leur poussin", affirme-t-il. (FIN/2013)

 

 

 

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