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ZIMBABWE
La lutte pour faire payer les employés licenciés
Jeffrey Moyo

HARARE, 2 avr (IPS) - Comme d'anciens employés de la Banque centrale du Zimbabwe (RBZ) sont allés au Tribunal du travail d’Harare il y a deux semaines pour une décision en faveur de la finalisation de leurs droits de licenciement, les secteurs public et privé du pays continuent de renvoyer des travailleurs sans payer les indemnités promises.

Des économistes dans ce pays d'Afrique australe affirment que les entreprises, qui ont dû réduire le nombre de leurs employés afin d’accroître des bénéfices qui baissent, ont du mal à réunir les droits de licenciement pour leurs travailleurs licenciés.

"L'économie du pays se porte mal et sans une transformation locale, il y a peu ou pas d'argent pour que les entreprises accordent des droits de licenciement aux travailleurs compressés", a déclaré à IPS, Kingston Nyakurukwa, un économiste local indépendant.

Hapson Munjanja, un autre économiste local indépendant, a approuvé cela et a ajouté que les entreprises ne pourraient pas être accusées d'être incapables de payer les indemnités de leurs employés licenciés.

"Ce n'est pas la faute aux entreprises si les travailleurs licenciés ne reçoivent pas leurs indemnités, parce que les politiques gouvernementales n'ont jamais été bonnes pour que les employeurs fassent des affaires rentables puisqu'elles font fuir les investisseurs", a-t-il expliqué à IPS.

Mais cela n'a pas empêché les travailleurs compressés de réclamer des indemnités. Le 27 mars, 1.456 anciens employés de la RBZ étaient devant le Tribunal du travail à Harare, puisque la banque ne leur avait pas encore payé tous leurs droits de licenciement après avoir été renvoyés en 2011 dans une mesure désespérée de réduction des coûts. L'affaire a été reportée au 3 avril.

Webster Ngundu, président du groupe des travailleurs de la RBZ licenciés, a déclaré à IPS que leur situation avait dégénéré en une crise humanitaire.

"Sans emploi et droits de licenciement, plusieurs anciens travailleurs de la RBZ et leurs familles ne sont plus sous assistance médicale. Et bon nombre de nos enfants sont à la maison parce que nous ne pouvons pas payer les frais de scolarité", a indiqué Ngundu.

"Nous avons plusieurs cas où d’anciens employés de la RBZ se sont suicidés après que la banque n’a pas réussi à tenir ses promesses, avec d’autres travailleurs licenciés qui cèdent au stress", a ajouté Ngundu.

Mildred Chikukwa, 37 ans, célibataire et mère de quatre enfants, qui a été renvoyée de la RBZ en 2011, a affirmé à IPS: "En raison de ma situation désespérée, je peux également opter pour le commerce du sexe pour nourrir mes enfants".

Mais le gouverneur de la RBZ, Gideon Gono, a déclaré publiquement que la banque n'a pas d'argent pour payer les travailleurs licenciés à cause des problèmes de liquidité. L’une des raisons est que la banque centrale a cessé d’imprimer de l'argent en 2009, optant pour l’adoption d’un régime à monnaies multiples pour combattre l'hyperinflation sous le dollar zimbabwéen.

La RBZ n'est pas le seul cas puisque plusieurs autres entreprises publiques et privées comme la 'Rio Zim', une société minière locale; Air Zimbabwe et la Société cotonnière du Zimbabwe, ont également licencié des centaines de travailleurs entre 2011 et 2012.

Bien qu'il n'existe pas de chiffres récents, un rapport publié en 2009 par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires indiquait que le taux de chômage dans le pays était de 94 pour cent. Une grande majorité des gens travaillent aujourd'hui dans le secteur informel. Et Eric Bloch, un économiste célèbre, a déclaré publiquement qu’au fort moment de la crise économique au Zimbabwe, de 2000 à 2010, environ 15.000 à 20.000 travailleurs avaient été licenciés.

Les statistiques de la Confédération des employeurs du Zimbabwe (EMCOZ) montrent que même après la crise économique dans le pays, les licenciements se poursuivent.

En 2011, 4.432 travailleurs ont été licenciés à la fois dans les secteurs public et privé, par rapport à quelque 6.972 qui ont été déflatés en 2010. En 2012, le ministère du Travail et des Services sociaux seul avait approuvé le licenciement de 1.681 travailleurs à travers le pays, portant à plus de 6.100 le nombre d’employés dont le gouvernement avait approuvé le licenciement en moins de deux ans.

"Plusieurs industries se sont transformées en boutiques, et le pays (est passé) d'une économie de transformation à une économie de supermarché", a déclaré à IPS, John Mufukari, le directeur de l’EMCOZ. Il a indiqué que les licenciements se sont intensifiés lorsque le pays a adopté un régime à monnaies multiples, et que les salaires ont commencé à dépasser les niveaux de production.

Un haut responsable du ministère du Travail, qui a requis l'anonymat, a affirmé à IPS: "La demande réduite des produits, les machines obsolètes, le manque de matières premières, l’absence de fonds de roulement et une faible capacité de production sont les facteurs qui conduisent à la compression et à la fermeture subséquente des industries".

Toutefois, selon des économistes, les chiffres sur les licenciements au Zimbabwe ont chuté au cours des neuf premiers mois de 2012 à 3.060, de 4.432 en 2011.

Mais, l'économiste Godfrey Dupwa a déclaré à IPS que cela est dû au fait qu'il reste seulement un petit nombre d’employés à licencier.

Percy Mcijo, directeur régional du Congrès des syndicats du Zimbabwe, a indiqué à IPS que plusieurs entreprises avaient refusé au début de payer les salaires de leurs employés avant de les licencier.

"En raison des difficultés qu'ils rencontrent à vivre dans les villes, plusieurs travailleurs compressés finissent par retourner dans leurs maisons en zones rurales, et meurent par la suite sans obtenir leurs droits de licenciement", a souligné Mcijo. (FIN/2013)

 

 

 

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