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RD CONGO
La résolution de l’ONU conforte le gouvernement mais déplaît au M23
Taylor Toeka Kakala

GOMA, RD Congo , 13 avr (IPS) - Les rebelles du M23 ont reprogrammé au 15 avril une marche de protestation initialement imposée le 10 avril à la population civile du Nord-Kivu, contre la résolution de l’ONU prévoyant l’envoi d’une brigade d’intervention avec un mandat offensif dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

La journée du 10 avril était maussade à Kibumba, à 25 kilomètres au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, où les rebelles ont constaté que les habitants de cette localité avaient non seulement refusé de manifester, mais avaient fui aussi. Le M23 a donc annulé la marche pour la reporter au 15 avril.

Tentatives de marches forcées, meetings populaires, blocage, pendant cinq jours, de 11 véhicules de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) à Rutshuru, au nord de Goma, sont des stratagèmes du M23 pour montrer sa désapprobation de la résolution 2098 adoptée le 28 mars par le Conseil de sécurité.

Mais le groupe rebelle M23 a aussi interpellé à sa manière le parlement sud-africain, en lui adressant un message tweeter sur Internet pour dire qu'il riposterait s’il était attaqué par la Force nationale sud-africaine de défense (SANDF, son sigle en anglais).

La résolution 2098 donne à cette brigade de 3.069 hommes le mandat de traquer, dès début-mai, une quarantaine de groupes armés opérant dans l’est de la RDC, "avec ou sans l’armée congolaise", a indiqué Madnodje Mounoubai, le porte-parole de la MONUSCO sur Radio Okapi, la radio de l’ONU.

Pour le gouvernement congolais, "le seul avenir pour le M23, c’est de cesser d’exister comme mouvement politico-militaire. Si tel n’est pas le cas, la brigade s’occupera à mettre fin à son existence", a déclaré à la presse à Kinshasa, le 1er avril, Raymond Tshibanda, ministre congolais des Affaires étrangères.

"Faisant semblant de parler avec la rébellion du M23, le gouvernement souhaite, en réalité, lui tordre militairement le cou quand l’occasion lui en sera offerte", affirme à IPS, Godefroid Kä Mana, président de 'Pole Institute', un institut interculturel dans la région des Grands-Lacs.

Mais, l’incursion, le 3 avril, des troupes ougandaises et rwandaises en appui au M23 a obligé le gouvernement à revenir aux pourparlers de Kampala, en Ouganda, affirme à IPS, Omar Kavota, vice-président de la société civile du Nord-Kivu. Toutefois, "depuis le 8 avril (à la reprise des négociations), il n’y a toujours pas de plénières", ajoute-t-il.

Kavota dénonce aussi le récent transit du matériel militaire sud-africain en Ouganda, un pays accusé par les experts de l’ONU de soutenir le M23. Expédié de la base de Bloemfontein, en Afrique du Sud, à bord de cargos russes, ce matériel est destiné à la brigade d’intervention rapide de l’ONU, selon Radio Okapi.

Le M23, de son côté, prévient l’ONU. "Nos hommes ne vont pas hésiter à riposter au cas où on tire sur eux. Le blocage des véhicules de la MONUSCO en est un message fort", déclare à IPS, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole militaire du M23.

Alors que le M23 se dit prêt à riposter aux tirs de la brigade de l’ONU, les notables du Masisi, à l’ouest de Goma, demandent plutôt au gouvernement congolais d’intégrer les miliciens de l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) au sein des Forces armées de la RDC (FARDC).

Fort de sa victoire sur l’APCLS, à la fin-mars, à Kitshanga, dans le Masisi, le gouvernement a lancé un ultimatum, le 30 mars, aux miliciens de ce groupe, leur demandant de quitter les villages qu’ils occupent dans 13 jours, selon les notables qui semblent préoccupés par cette décision.

Les derniers affrontements entre les FARDC et l’APCLS à Kitshanga, de février à mars, ont occasionné, selon le gouvernement provincial du Nord-Kivu, une centaine de morts parmi les civils et des dégâts matériels importants: plus de 500 maisons incendiées.

Tout en reconnaissant que toutes les milices et l’armée loyaliste se distinguent dans les violations des droits humains dans l’est du pays, Bahati Kahembe, l’un des quatre chefs coutumiers cooptés à l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, affirme à IPS que "l’APCLS est moins hostile à la population par rapport aux autres".

L’APCLS est l’un des plus structurés des groupes armés dans la région. Il a été créé par un général autoproclamé, Janvier Karairi, en protestation contre l’accord du 23 mars 2009 entre le gouvernement et les rebelles Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dont les membres sont issus en majorité de la communauté tutsie congolaise.

Selon la MONUSCO, la milice APCLS compte entre 500 et 1.000 combattants, en majorité des Hunde. Ils mènent une lutte très sélective contre les Tutsis, parfois en collaboration avec les Hutus rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) dont les membres sont réfugiés dans l’est de la RDC depuis le génocide de 1994 au Rwanda.

Les combattants de la milice Patriotes résistants congolais (PARECO) - aile Janvier Karairi - devenue APCLS après l’accord du 23 mars 2009, jouaient également, à l’occasion, le rôle de supplétifs des FARDC contre le CNDP, et actuellement contre le M23 issu du CNDP. "Nous ne faisons que défendre nos terres contre l’envahisseur", déclare le général Karairi à IPS.

"Il n’y a pas de bons et mauvais rebelles", réplique Julien Paluku, le gouverneur du Nord-Kivu. (FIN/2013)

 

 

 

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