Inter Press Service News Agency
12:01 GMT    
   Accueil
   Afrique Australe
   Afrique Centrale
   Afrique de l'Est
   Afrique
            de l'Ouest
   Droits de
            l'homme
   Développement
   Environnement
   Population
   Santé
   Education
   Finance
   Politique
   Energie
   Culture
 
 
   ENGLISH
   ESPAÑOL
   FRANÇAIS
   ARABIC
   DEUTSCH
   ITALIANO
   JAPANESE
   NEDERLANDS
   PORTUGUÊS
   SUOMI
   SVENSKA
   SWAHILI
   TÜRKÇE
RSS / SML
PrintSend to a friend

SENEGAL
Les 'écoles religieuses', des lieux d’exploitation
Marc-André Boisvert

DAKAR/BISSAU, 11 juin (IPS) - A Dakar, les banlieusards sont familiers avec des enfants âgés de cinq ans en train de mendier aux coins des rues à toutes les heures de la journée ou de la nuit, avec des vêtements déchirés et sales, collectant des dons dans une boîte de conserve vide.

Ici, ces garçons sont appelés talibés, ce qui signifie les élèves d'une école islamique, ou daara. Traditionnellement, ils étaient envoyés dans des maisons de quartier pour "apprendre la modestie à travers la mendicité", tout en passant une grande partie de leur journée à étudier le Coran avec leur maître, le marabout.

Mais les temps ont changé, et maintenant, nombre de talibés sont confrontés à une vie difficile puisque certains marabouts gagnent leur vie à partir de l'exploitation de ces garçons.

Plusieurs daaras peuvent être localisées à Yoff, un quartier pauvre de la capitale du Sénégal, un pays d'Afrique de l'ouest.

Dans l’une d’entre elles, située dans un bâtiment inachevé, environ 20 garçons dorment sur le sol en béton. Il n'est pas nécessaire d'y entrer; tout peut être vu à partir de la rue.

Un talibé dans les rues affirme qu’il a 12 ans, mais a l’air d’en avoir six. Il passe sa journée à répéter: "Donnez-moi l'aumône".

Plus tard, il déclare à IPS: "Je dois ramener (un dollar) à la daara, sinon mon marabout me fouettera avec un câble électrique". Il ne peut pas réciter un seul verset du Coran. Dans sa boîte de conserve, il a un peu de sucre et des pièces qui lui ont été offertes par des gens.

"Les gens donnent à ces enfants sans se rendre compte de ce qui se passe. Ces enfants sont invisibles", affirme à IPS, Isabelle de Guillebon, la directrice du Samusocial-Sénégal, une ONG qui aide les enfants des rues.

Dans un abri à Ouakam, un quartier de la classe moyenne en plein essor à Dakar, Guillebon et son personnel accumulent des histoires d'horreur. Sur son bureau, se trouve un plâtre utilisé pour retenir les poignets des talibés. Elle dit que beaucoup d'entre eux sont victimes de violences physiques, psychologiques et sexuelles.

Lorsque neuf talibés sont morts après qu’une daara a pris feu le 3 mars dans le quartier de Médina à Dakar, les gens étaient scandalisés au Sénégal. Les autorités ont fermé la daara et retourné les enfants à leurs familles, dont 10 originaires de la Guinée-Bissau voisine, au sud.

Ce n'est pas la première fois que le gouvernement a tenté d'agir. Plusieurs ONG, notamment 'Human Rights Watch', ont fait pression sur les autorités, soulignant souvent le point de rencontre des autorités islamiques et du pouvoir politique comme une raison pour l’inaction.

En 2005, le gouvernement avait adopté des lois plus strictes contre la mendicité, y compris des peines plus lourdes pour la maltraitance des enfants.

Mais quelque 8.000 talibés continuent toujours de mendier dans les coins de rues de Dakar. Et trois mois après la tragédie de Médina, peu de progrès ont été faits dans le sens d’une solution réelle à ce problème.

De Guillebon est sceptique quant aux solutions faciles, puisqu’elle voit que la question est beaucoup plus complexe que la religion et la politique.

"Ce ne sont pas des talibés. Ce sont des enfants de la rue", indique-t-elle. Selon elle, les soi-disant talibés font juste partie des 10.000 à 12.000 enfants de la rue qui errent dans les rues de Dakar.

Depuis 2003, le Samusocial a deux équipes mobiles qui sillonnent les rues de la capitale sénégalaise pour travailler avec ces enfants.

"Ces enfants sont confrontés à une rupture des liens familiaux. Beaucoup d'entre eux viennent de régions très éloignées. Ils ont vécu un choc psychologique et sociologique dur: ils passent du Moyen Age au 21ème siècle", déclare de Guillebon.

De Guillebon affirme que ces enfants ont besoin d’un appui psychologique afin d'être réunis avec leurs familles avec succès. "Il faut une médiation familiale. Il y a une raison pour laquelle ils sont là. C'est une crise sociologique. Et ils reviendront si vous ne prenez pas soin de cela".

Le nœud du problème, dit-elle, c’est de convaincre les parents de ne pas abandonner leurs enfants.

A Bissau, la capitale de la Guinée-Bissau voisine, Laudolino Carlos Medina dirige l’Association des amis des enfants, qui fournit une médiation familiale afin d’aider au rapatriement des garçons, et de les empêcher d'être attirés dans une vie de mendicité pour des marabouts. Ils sont maintenant occupés à se préparer pour recevoir les 10 garçons renvoyés de Dakar.

"Un certain nombre d'enfants sont attirés vers Dakar. Des marabouts viennent dans les villages et profitent de l'absence d'éducation et des opportunités".

Medina connaît plusieurs astuces utilisées par les marabouts pour convaincre les parents. "Ils amènent deux ou trois talibés qu’ils ont formés pour chanter une des sourates du Coran. Les parents voient comment les garçons sont bons, et confient leurs enfants aux marabouts pensant qu'ils réussiront eux aussi".

En Guinée-Bissau, 55 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et environ 50 pour cent des enfants n'ont jamais été inscrits à l'école, selon la Banque mondiale.

Ousmane Baldé, originaire de Guinée-Bissau, fait le trajet de 17 heures de son pays à Dakar plusieurs fois par mois. Sa sœur a envoyé son fils dans une daara dans la capitale sénégalaise.

"Je leur ai dit ce que j'ai vu à Dakar avant qu’ils n’envoient leur garçon. Mais ils sont sûrs qu'il est dans de bonnes mains, peu importe ce que je leur raconte. La famille croit qu'il est assuré d'un avenir meilleur, et qu'ils ne sont plus responsables". (FIN/2013)

 

 

 

  Dernières Nouvelles
News in RSS
DEVELOPPEMENT: Nous devons penser autrement à la "sécurité"
AUSTRALIE: Le port de Newcastle bloqué par les Guerriers du changement climatique
IRAN: L’examen d’un document clé à l’AIEA suggère un coup d’Israël
PAKISTAN: Les Ahmadis confrontés à la mort ou à l’exil
ETATS-UNIS: Le budget de la défense peut accroître alors que le public est fatigué de la guerre
OPINION: Il faut l’innovation pour aider les fermes familiales à prospérer
CISJORDANIE: Israël envisage une expulsion massive des Bédouins de la région
ENVIRONNEMENT: Le bambou pourrait être un sauveur face au changement climatique
ETHIOPIE: Le pays montre la voix pour faire prospérer une économie verte
AFRIQUE: Evaluer comment le changement climatique affecte la sécurité alimentaire
More >>